Monde

Le guide de l'extrême droite européenne

Jean-Sébastien Lefebvre, mis à jour le 10.04.2011 à 18 h 54

Il n'y a pas qu'en France que l'extrême-droite prospère. Partout en Europe, ces partis pèsent de plus en plus lourd. Tour d'horizon.

Parade de la garde hongroise Jobbik, en 2007. REUTERS/Laszlo Balogh

Parade de la garde hongroise Jobbik, en 2007. REUTERS/Laszlo Balogh

En attendant 2012, la France fait encore partie des pays européens où il n’y a aucun député d'extrême droite dans son Parlement, alors que depuis 10 ans, sous différentes formes, elle s'est implantée dans de nombreux paysages politiques nationaux.

S'opère actuellement une mutation de nombreux partis, abandonnant les discours hérités de la Seconde Guerre Mondiale pour une rhétorique plus populiste, grignotant l'électorat de droite traditionnelle, mais aussi les déçus de gauche. Au point que pour certains, la dénomination « extrême droite » devient de moins en moins approprié au sens consacré du terme. Notre Guide de l'extrême droite européenne:

Les parias

Ils sont puissants, représentent parfois plus de 20% de l'électorat d'un pays, mais n'ont pourtant  jamais accédé au pouvoir, les autres partis les considérant comme «non fréquentables».

Le Vlaams Belang (Belgique, Flandre): ses principaux fonds de commerce ont toujours été la lutte contre l'immigration et l'indépendance de la Flandre. Son cri de ralliement: België Barst (crève Belgique).

Sa progression depuis 2000 a été fulgurante. Dans la première ville de Flandre, Anvers, le Vlaams Belang a récolté 33% des voix en 2005, son apogée. L'ensemble des autres partis a dû se coaliser («le cordon sanitaire ») pour éviter à ce dernier de prendre le contrôle de la ville.

Plus récemment, le développement de nouveaux partis moins extrémistes mais toujours indépendantistes l'ont vidé d'une partie de son électorat. Alors qu'en 2004, il obtenait 24% des voix aux élections législatives, il n'est plus qu'à 12% en 2010.

Le mouvement peine à casser son image xénophobe. Toujours en 2004, la Cour d'appel de Gent en condamnant lourdement des associations proches de ce qui se nommait à l'époque le Vlaams Blok - pour xénophobie et racisme - avait forcé l'ancienne formation à s'auto-dissoudre.

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Le Front National (France): créé en 1972, le Front National est maintenant une référence pour toute l'Europe, même s'il n'a jamais gouverné. Sa longévité impose le respect.

L'arrivée à sa tête de Marine Le Pen au début 2011 marque un tournant après quarante ans de domination de Jean-Marie Le Pen, son père. Focalisant son discours sur les valeurs de la République et sur la défense des citoyens, elle se rapproche partiellement de la rhétorique développée aux Pays-Bas, par le populiste Geert Wilders du Parti de la Liberté. L'immigration reste un de ses thèmes préférés ainsi que celui de l'euroscepticisme. Le FN préconise une sortie rapide de l'Union européenne et de l'euro, permettant le rétablissement de toutes les frontières et barrières douanières, censées protégées la France et ses citoyens de la mondialisation.

Le parti est en pleine renaissance. Après son score décevant aux Présidentielles de 2007, de seulement 10%, alors qu'en 2002, il réalisait l'exploit d'accéder au second tour avec 17% . La survie de la formation politique fut même menacée, en raison de problèmes financiers, l'obligeant à vendre « le paquebot », son quartier-général historique.

Si le FN ne dispose d'aucun député à l'Assemblée nationale du fait des règles électorales, son implantation au niveau local est important dans certaines régions. Lors des dernières régionales, le FN a obtenu 22,87% en PACA, 22,2% dans le Nord-Pas-de-Calais, 19,38% dans le Languedoc Roussillon, 19,30% en Picardie, 18,44% en Lorraine. Le système à la proportionnelle lui permet ainsi d'entrer dans les assemblées régionales. A titre d'exemple: 17 élus frontistes pour le Nord-Pas-de-Calais pour un hémicycle de 113.

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Le Parti du Progrès (Norvège): d'extrême droite ou juste populiste libéral ? La question fait toujours débat concernant le Parti du Progrès norvégien, deuxième force politique du pays avec 22,9 % de voix. Officiellement, il serait libéral, prônant l'ouverture des frontières commerciales, la baisse des impôts et voulant réduire l'intervention de l'État dans la vie quotidienne. Ce sont ses positions strictes sur l'immigration qui cristallisent les interrogations.

En 1997, le quotidien Libération écrivait à son sujet : « il glorifie «la famille norvégienne», prône une «société sans mélange» où «l'argent profite d'abord à la nation et non aux pays du tiers monde».

Malgré le poids important de la formation dans la vie politique nationale, elle n'a jamais fait partie de coalition gouvernementale, les autres s'y refusant.

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Les abonnés du pouvoir

A l'inverse des formations précédentes, d'autres partis politiques mélangeant conservatisme, populisme et nostalgie d'époques révolues ont réussi à accéder au pouvoir.

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Le Parti du Peuple Danois (Danemark): un incontournable de la scène politique danoise depuis les élections législatives de 2001 lorsqu'il a obtenu 12%. Après ce scrutin, le parti a développé une stratégie originale: accepter de soutenir la coalition de l'époque — de l'extérieur (c'est-à-dire sans rentrer au gouvernement) — composée des conservateurs et des libéraux, en échange de «cadeaux» politiques, dans le domaine de la politique d'immigration (pour les non-européens), pouvant ainsi exercer une pression constante en particulier lors des votes du budget.

Et le résultat est là. En moins de 10 ans, le pays a adopté une des législations les plus dures d'Europe et le Parti du Peuple Danois a conservé toute sa popularité en s'installant comme la troisième force du pays. Son image est devenue respectable et nombre de ses idées qui faisaient scandales il y a 10 ans de cela, font aujourd'hui l'unanimité.

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La Ligue du Nord (Italie): l'idée première de ce mouvement était l'indépendance de la Padanie, région imaginée par une nouvelle droite italienne du Nord de l'Italie qui ne voulait plus payer pour le sud en retard. Un «nationalisme de prospérité» comme l'expliquerait le politologue Jean-Yves Camus.

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Depuis son lancement dans les années 1990, le parti a mis en retrait cette revendication (en échange du fédéralisme fiscal, toujours en cours de négociation) pour se focaliser sur la défense d'une Europe chrétienne et blanche. Parmi ses membres, des anciens des mouvements fascistes. L’un des plus connus est Mario Borghezio, ancien sous-secrétaire d'État à la justice (1994), il est actuellement député européen.

Voici ce qu'il déclarait devant des militants d'extrême droite français:

 


Aujourd'hui, la Ligue du Nord est fortement implantée en Vénétie et dans le Piémont, deux régions  contrôlées par le parti. Alliée de Silvio Berlusconi au niveau national, le parti dispose de trois ministres et huit secrétaires d'État.

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Le Parti Autrichien de la Liberté (Autriche) puis l'Alliance pour l'Avenir de l'Autriche (FPÖ): un des partis les plus connus. En 1999, les conservateurs acceptent de faire alliance avec ce parti pour contrer les socialistes. Toute l'Europe s'émeut de ce retour inédit de l'extrême droite au pouvoir dans un pays berceau du nazisme. Même l'Union européenne décide de mettre le pays sous surveillance.

Mais cela ne dérange nullement son leader charismatique, un certain Jorg Haïder qui n'avait pas hésité à déclarer alors qu'il était gouverneur de la région de Carinthie (sud du pays), que la politique de l'emploi du IIIe Reich était meilleure que celle du gouvernement de Vienne.

Dès 2002, le déclin du parti est enclenché. Haider décide alors de lancer sa propre formation en 2005, plus radicale, l'Alliance pour l'avenir de l'Autriche (BZÖ). Il obtient 11% des voix dès 2008 mais ne peut profiter du succès: il décède dans un accident de voiture (il était ivre et rentrait d'une soirée homosexuelle, provoquant un débat sur son double discours). En Carinthie, le BZÖ reste la première force politique.

De son côté, le FPÖ existe toujours. Il est surtout implanté à Vienne, où son jeune leader Heinz-Christian Strache, n'hésite pas à faire campagne en chanson:

 

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L'Union démocratique du Centre (Suisse): libéral sur le plan économique, cette formation s'est fait connaître dans toute l'Europe par l'organisation de votations populaires en particulier celle qui a permis l'interdiction de la construction de minarets dans tout le pays. En 2007, son affiche électorale représentant des moutons blancs rejetant un mouton noir hors de Suisse avec pour slogan «Pour plus de sécurité» avait déjà fait scandale.

Son succès ne faiblit pas: il est le premier parti au Conseil national avec 58 des 200 sièges. 2011 sera une année test puisque des élections générales doivent avoir lieu. Tout comme le Front national de Marine Le Pen, la force de ce parti réside dans les distances prises avec l'extrême droite traditionnelle, lui préférant un conservatisme populiste.

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Les étoiles montantes

Les Démocrates Suédois (Suède): nouveauté de l'année 2010. Alors que la Suède faisait figure de pays tolérant et ouvert et chose unique pour la Scandinavie, sans extrême droite siégeant à son Parlement, les Démocrates suédois ont fait leur entrée dans l'hémicycle à l'occasion des élections législatives de septembre 2010. Avec 5,7%, ils ont décroché 20 sièges.

Leur rhétorique se veut très prudente, dans un pays marqué par 50 ans de social-démocratie.

Leur clip de campagne, imaginant une course à l'argent de l'État entre une retraité et des femmes en burqa avait fait scandale:

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L'Ataka (Bulgarie): dans un pays avec une minorité turque représentant 12% de la population, le bouc émissaire est tout trouvé pour l'Ataka, le parti d'extrême droite bulgare le plus populaire. Créé en 2005, il a fait son entrée au Parlement la même année avec 9% des voix.

Le programme du parti est clair: il ne doit avoir que des Bulgares en Bulgarie (reconnaissance d'aucune minorité et d'aucune autre langue) et leur slogan ressemble à celui d'un parti français: la Bulgarie aux Bulgares. D'ailleurs, Jean-Marie Le Pen s'était déplacé à Sofia en 2007 pour soutenir la première campagne municipale de l'Ataka.

Particularité d'un pays qui a vécu 50 ans de communisme: l'Ataka voudrait revenir sur certaines privatisations d'entreprises.

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Jobbik (Hongrie): Le «mouvement pour une meilleure Hongrie» a connu un succès grandissant depuis sa création en 2003. Aux dernières élections législatives, il a recueilli 16,6% des voix soit 47 sièges sur les 386 que compte l'Assemblée nationale hongroise.

Ses idées sont marquées par la nostalgie de la Grande Hongrie, d'avant la Première Guerre Mondiale, incorporant les territoires roumains, slovaques et balkaniques où vivent des minorités hongroises. Le parti dispose même d'une «Garde Hongroise», à l'uniforme noir et défilant aux couleurs de la Hongrie Impériale.

Son développement politique est entravé par le parti conservateur Fidesz – actuellement au pouvoir – qui n'hésite pas à reprendre ses thèmes pour siphonner ses voix. 

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Le Parti des Vrais Finlandais (Finlande): ultra-nationalistes et anti-immigrés, les «vrais finlandais» sont sur le point de réussir le pari de s'imposer dans la vie politique du pays.

Des élections législatives sont prévues le 17 avril prochain. D'ores et déjà, les deux partis actuellement au pouvoir (Parti du Centre et Parti de la Coalition nationale) ont annoncé qu'ils seraient prêts à s'allier avec ces nouveaux venus, crédités jusqu'à 18% des voix par les sondages.  

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A surveiller

Le Parti National Slovène (Slovénie): présent depuis 20ans sur la scène politique slovène, le parti n'a jamais atteint les sommets mais se maintient toujours à l'Assemblée nationale, avec actuellement 5 élus sur 90.

Particularité: un des symboles de l'organisation est une vieille carte de la « Slovénie Unie », territoire censé regrouper tous les locuteurs de langue slovène en empiétant largement sur les frontières croates, italiennes et autrichiennes.

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Le Parti national-démocrate d'Allemagne (Allemagne): dans un pays longtemps vacciné contre l'extrême droite, le NPD sait exploiter les déçus de la réunification. C'est dans les anciens Lands d'Allemagne de l'Est qu'il obtient ses meilleurs scores.

En 2004, il rentre au Parlement régional de Saxe avec 9% des voix. Il sera de même en 2006 en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Son leader, Udo Voigt n'hésite à minimiser les morts de la Shoah et qualifié l'holocauste de « grand crime présumé ». Autre crédo: la restitution des territoires de l'Est, perdus à la fin de la Seconde Guerre Mondiale au profit de la Pologne (Silésie, Gdansk) ou de la Russie (Kaliningrad).

Étroitement surveillée par la police allemande, l'organisation fait parler d'elle tous les ans lors de sa traditionnelle commémoration du bombardement de Dresde par les Alliés en 1945.

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Le Parti National Slovaque (Slovaquie): entre 2006 et 2010, l'extrême droite slovaque était membre de la coalition au pouvoir à Bratislava pourtant dirigée par les... sociaux-démocrates. Ces derniers furent alors exclus du groupe socialiste du Parlement européen avant d'être réintégrés en 2008 alors que rien n'avait changé.

Les thèses du Parti National Slovaque sont pourtant très claires: ouvertement nationaliste, il attaque régulièrement les minorités roms et hongroises du pays. Ján Slota, le leader a ainsi déclaré en 2006 que les Hongrois devaient tous être « renvoyés à Budapest » alors que « les Roms n'existent pas, ce ne sont que des gitans qui volent, dévalisent et pillent ».

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L'alerte populaire orthodoxe (Grèce): dans un pays durement touché par la crise économique, l'extrême droite progresse doucement. Entre 2004 et 2009, l'alerte populaire orthodoxe (LAOS) est passée de 2,2% des voix à 5,63%, lui permettant de rentrer au Parlement avec 13 députés. Aux dernières élections régionales, son score s'est légèrement réduit à 4%.

L'arrêt de l'immigration est une de leur priorité et ainsi que le refus de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. Problématique très grecque: le LAOS est aussi contre la reconnaissance de la Macédoine sous son nom actuel, appellation qu'il considère comme faisant partie du patrimoine et de l'histoire grecque.

Les tensions sociales actuelles, découlant des plans d'austérité, pourraient le renforcer dans les années à venir. La Grèce a vécu jusqu'en 1974 sous une dictature militaire du même type que l'Espagne de Franco ou le Portugal de Salazar.

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Parti pour l'Indépendance du Royaume-Uni (Royaume-Uni): son plus grand adversaire est le système électoral national qui favorise les grandes formations. Seulement 2 élus à la Chambre des Lords (sur 650) alors que les élections européennes de 2009 (à la proportionnelle) lui ont permis d'obtenir 12 députés sur les 72 britanniques.

Son principal cheval de bataille: faire sortir leur pays de l'Union européenne pour restaurer la souveraineté nationale du Royaume-Uni. L'un de ses leaders, Nigel Farage, est connu pour ses discours enflammés au sein du Parlement européen, en particulier lorsqu'il s'agit de qualifier le Président du Conseil européen de personnage au « charisme d'une serpillère humide ».

 

Les insignifiants (pour le moment)

Ils existent mais ils ne percent pas. Ils n'arrivent pas à séduire les électeurs. Soit en raison de la présence d'un parti conservateur encore puissant (Samoobrona en Pologne), soit en raison d'un système électoral leur bloquant l'entrée du Parlement (Parti National Britannique).

Le Parti National Britannique (Royaume-Uni) / Parti de la solidarité chrétienne (Irlande) /  Parti national rénovateur (Portugal) / Démocratie Nationale (Espagne) / Le Front National (Belgique) / Le Parti de la Grande Roumanie (Roumanie) / Samoobrona (Pologne) / Parti national (République tchèque).

 

L'OVNI

Dernière catégorie que nous nommerons « Objet de Vote Non Identifié » et qui ne regroupe qu'une formation politique. Souvent classé d'extrême droite, ce parti ne l'est pourtant pas. Son discours est avant tout populiste.

Le Parti de la Liberté (Pays-Bas): son leader est probablement plus connu que sa formation: Geert Wilders, jeune politicien néerlandais reconnaissable à ses cheveux faussement blonds toujours parfaitement tirés en arrière. 

Ses diatribes se concentrent surtout envers l'Islam, religion qu'il considère comme insoluble dans la démocratie et dangereuse pour l'avenir des Pays-Bas. Il n'a pas hésité à comparer le Coran à Mein Kampf. Il se présente avant tout comme le défenseur des valeurs européennes et a développé une rhétorique unique. Il n'existe chez lui aucune revendication passéiste ou territoriale. A l'inverse, il défend des idées impensables dans un parti comme le Front National ou la Ligue du Nord comme l'égalité des droits des homosexuels.

Cet étrange mixte fonctionne. Dans un pays auparavant réputé pour son ouverture d'esprit, le PVV s'est imposé en quelques années comme la troisième force politique. Aux dernières élections législatives de 2010, il a raflé 15,4% des voix. Après une longue négociation, le PVV a accepté de soutenir la coalition libérale au pouvoir mais... de l'extérieure. Tout comme l'avait fait le Parti du Peuple Danois au début des années 2000 (voir le paragraphe à leur sujet).

Slate.fr lui avait déjà consacré un article détaillé : « Geert Wilders, la nouvelle extrême droite ».

Jean-Sébastien Lefebvre

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Jean-Sébastien Lefebvre (30 articles)
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