La France fait son devoir d'ingérence
Les interventions françaises en Libye et Côte d'Ivoire marquent un rééquilibrage des grandes puissances du monde en faveur de l'Europe et l’amorce d’un bouleversement qui affectera l'Afrique.
- Des Libyens brandisssent le drapeau français sur un char des forces kadhafistes, le 27 mars 2011. REUTERS/Suhaib Salem -
Pourquoi la France s’est-elle engagée en Libye? Après avoir publié des points de vue sur les raisons uniquement électoralistes ou la volonté de grandeur personnelle de Nicolas Sarkozy, la parole est à la défense: les interventions françaises en Libye et Côte d'Ivoire marquent davantage un rééquilibrage des grandes puissances du monde.
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La Libye et la Côte d’Ivoire sont donc venues s’ajouter à la liste des engagements français à l’extérieur, dont notamment l’Afghanistan. Bien que, prise chacune séparément, ces interventions n’aient rien à voir, elles suscitent une critique montante. A la fois classique pour ceux qui mettent en avant les risques d’enlisement ou bien qui récusent par principe le fait d’agir, comme par exemple en Libye, au nom des droits de l’homme. Plus politique et inévitable, en année pré-présidentielle: les engagements français en Libye et en Côte d’Ivoire résulteraient d’une volonté de détourner l’attention, d’éviter que l’opinion se polarise sur une situation intérieure difficile et lui offrir, en quelque sorte, un dérivatif nationaliste. Sauf qu’il s’agit là du degré zéro de la critique.
Bien sûr, la politique est faite d’arrière-pensées. Et dans toute structure démocratique, les leaders pèsent le pour et le contre, font un calcul coût/avantage en termes électoraux; mais cela n’empêche nullement que dans certaines circonstances, comme c’est le cas ici, une réflexion puisse l’emporter, motivée par des principes plus que par des arrière-pensées.
Il est vrai que l’Histoire est pleine de dictateurs cherchant, à l’extérieur, les moyens de justifier leur main de fer à l’intérieur. La France est une vieille démocratie. Et les Français ne sont pas dupes. Et surtout, si Nicolas Sarkozy cherchait une garantie de réélection sur des théâtres extérieurs, il devrait savoir qu’il est à peu près sûr de se tromper. C’est en effet toujours le contraire qui est populaire: la non intervention.
Comme le montre le fait qu’un homme comme Dominique de Villepin peut prétendre construire une carrière politique sur la base d’un seul discours, celui par lequel, devant les Nations unies, à la demande de Jacques Chirac, il avait dit non à la guerre en Irak. Contexte fondamentalement différent certes et refus d’intervention alors totalement justifié.
Mais il n’empêche, le centre de gravité de nos pays en Europe aujourd’hui est plus proche de la Suisse que d’une quelconque volonté impériale ou aventurière. En outre, dans l’Histoire, à la différence des Etats-Unis, où l’on peut considérer que George Bush Jr a été réélu en 2004 en grande partie parce qu’il était chef de guerre, en Europe, c’est invariablement le contraire qui se produit: Clemenceau, vainqueur de la Grande Guerre et aussitôt remercié par les électeurs; plus près de nous, Churchill aussitôt la guerre terminée est renvoyé à ses chères études, ou bien encore De Gaulle que les Français écartèrent dès la Libération achevée. Le seul contre exemple récent est peut-être celui de Margaret Thatcher qui trouva brièvement dans la guerre des Malouines un moyen de ressaisir l’opinion de ses compatriotes.
Repli stratégique américain
En fait, les interventions françaises méritent d’être replacées dans leur contexte, celui de la conjonction de deux grands mouvements: des progrès dans l’organisation de ce que l’on appelle «la communauté internationale»; et l’amorce du repli stratégique des Etats-Unis.
On avait déjà observé, lors du déclenchement en 2008 de la gigantesque «crise financière» datée de la faillite de la banque Lehman Brothers, que les pays les plus importants ont fait face en s’organisant à l’intérieur du G20. Et les historiens inscriront sans doute l’opération libyenne à la suite de celle qui eut lieu au secours de la Bosnie comme l’une des traductions d’un droit, ou plutôt d’un devoir, d’ingérence. C’est l’un des principaux chefs d’Etat africains, le Sénégalais Abdoulaye Wade, qui le faisait remarquer récemment: «Il ne suffit plus, pour se maintenir à la tête d’un Etat, de museler l’opposition lorsque l’on est un dictateur, il faut aussi continuer d’être reconnu par ses pairs et donc être soutenu par la communauté internationale.»
Or Kadhafi comme Gbagbo ont perdu ce soutien. Et les interventions en Libye comme en Côte d’Ivoire ne sont réalisables que sous mandat des Nations unies.
Le vote de la résolution 1973, qui a permis le déclenchement des opérations en Libye, restera, pour la diplomatie française liée à la diplomatie britannique, comme un véritable succès. La marque en tout cas que l’un et l’autre pays conservent une capacité de convaincre et d’entraîner qui va bien au-delà de ce qui leur était traditionnellement prêté, c’est-à-dire peu de choses.
Il y a là, pour les Européens, un épisode marquant, et ce quel que soit le sort des armes. Car l’action franco-britannique est la conséquence directe moins des hésitations des Etats-Unis que de la révision de leur rôle. Bien sûr, on doit à Hillary Clinton comme à l’ambassadrice américaine aux Nations unies, d’avoir pesé de tout son poids pour que cette action soit possible.
Mais on voit bien, d’une part, que les Etats-Unis vivent en quelque sort une nouvelle ère post-Vietnam, en l’espèce l'ère post-Irak, qui les conduit chaque jour à davantage de circonspection vis-à-vis de toute action militaire; et d’autre part, qu’ils ne voudront plus, ni peut-être ne pourront, exercer dans un avenir proche le même leadership. Après tout, n’ont-ils pas, pendant tant d’années, instruit le procès d’une Europe pacifiste, vivant confortablement à l’abri du bouclier américain et refusant de prendre sa part du fardeau militaire?
Le bouleversement africain
Le moment est sans doute venu de rééquilibrer, sous l’effet d’une double nécessité, la relation transatlantique. Nécessité née de la complexité du monde multipolaire qui est désormais le nôtre. De ce point de vue, les abstentions et les critiques de l’Inde du Brésil, voire de la Russie, montrent qu’il y aura pour nos pays fort à faire dès lors que nous voudrions intervenir ici ou là.
Ces pays, en effet, vivent à l’abri du dogme de la souveraineté nationale, là où nous cherchons à introduire, dans la vie de la communauté internationale, la notion d’ingérence. Nécessité aussi pour les pays européens de mettre sur pied une défense européenne car ni la France ni la Grande-Bretagne n’ont plus à elles seules les moyens d’assumer précisément leur part du fardeau.
Il faut enfin introduire un troisième élément, qui est le développement bientôt très rapide de l’Afrique elle-même. Or, en Afrique, c’est la Chine qui est la puissance montante visible, au point que l’on a pu parler ici ou là d’une nouvelle forme de colonisation.
Mais les Etats-Unis développent fortement leur présence alors que, pour l’Europe, il s’agit en fait de pays quasi limitrophes. Il était donc essentiel de ne pas passer à côté de l’extraordinaire élan démocratique qui, à partir de la «petite» Tunisie et du «petit» peuple tunisien, est peut-être l’amorce d’un formidable bouleversement qui affectera tout le continent africain.
Jean-Marie Colombani


















































Cependant, jusqu'à présent, je n'ai pas encore trouvé sur quelque source d'information que ce soit, de vraie raison de critiquer sa décision d'intervenir en Libye... Bien entendu, au sol, il ne faudrait surtout pas nous faire représenter autrement que par des agents des forces spéciales! Les combats risquent de se prolonger encore un certain temps car ils se livrent désormais sur pied d'égalité, entre des camionnettes équipées de mitrailleuses, et il est bien difficile de distinguer qui est qui, depuis la verrière d'un Rafale... Et pour leurs derniers tanks, les partisans de Mr Kadhafi appliquent l'extraordinaire recette des courageux combattants modernes : ils veillent soigneusement à ce qu'ils soient sans arrêt protégés par la proximité rapprochée de "boucliers humains" de femmes et d'enfants...
En Côte d'Ivoire, la France se limite principalement à la protection de ses ressortissants...et cela semble vraiment assez avisé... En effet, ailleurs sur internet, on en apprend "des vertes et de pas mûres" sur Mr Ouattara, le "DSK africain", qui est en fait un vieux copain de Sarko : il s'est d'ailleurs marié à Neuilly...Et les informations que l'on peut glaner sur son épouse française sont, pour le moins, "sulfureuses"... Il est pas mal question de ce que l'on appelle en Afrique des "deuxièmes bureaux" et elle apparaît comme une redoutable femme d'affaires. Il ne semble malheureusement pas sûr du tout que la population ivoirienne va fondamentalement gagner au changement qui vient de s'opérer à la tête de l'État... La vraie démocratie n'est pas pour tout de suite et nous aurons peut-être nous aussi, un grand intérêt à suivre ce que donne le "petit livre de recettes du FMI" lorsqu'il est appliqué directement sur le terrain par un homme providentiel qui soit en même temps un technocrate expérimenté...
Depuis la décolonisation, que ce soit les Etats-Unis, l'ONU ou n'importe quelle autre organisation mondiale, dés qu'il y a un problème en Afrique, la France est parmi les prémières à qui ils font appel, de part son expérience militaire et de part sa connaissance de l'Afrique. Certains évoqueront simplement le Rwanda pour dénigrer ce fait, mais je leur demanderai de me donner le nombre d'interventions réalisées par la France en Afrique ces 50 dernières années et combien d'entre-elles sont entâchées de bavures plus ou moins graves. Ben finalement trés peu...
Sur le droit d'ingérence susnommé peut-être cela concerne-t-elle essentiellement les plus va-t-en guerre comme Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France, chacune souhaitant garder jalousement sa sacro-sainte zone d'influence, ses plus ou moins fiables partenariats, ses intérêts qu'ils soient géostratégiques ou purement économiques.
Force est de reconnaître, Sarkozy, comme avant lui d'autres gouvernants français, avait et a encore raison sur un point. Pour que la voix de la France existe encore sur la scène mondiale, cela passera uniquement par l'Union Européenne et donc un partenariat plus étroit avec notamment l'Allemagne et le Royaume-Uni n'en déplaisent aux eurosceptiques et aux anglophobes.
Voir dans l'intervention en Libye des buts électoralistes pour Sarkozy est une analyse facile et paresseuse centrée sur les affaires franco-françaises. D'ailleurs comme le précise Marianne Arnaud, quoique fasse Sarkozy, la majorité de la communauté journalistique française n'y voit que du négatif.
Siddartha, tout ce qu'on trouve sur le net concernant une personne qui fait parti intégrante de l'actualité Ouattara en l'occurence, n'est pas certifié comme fiable et évidement il y a toujours différents manières de présenter les faits.
C'est quand même un peu court comme analyse.
Pour ce qui est du succès de la diplomatie française et britannique, ça ressemble plutôt à un chant du signe. Qui va résoudre la crise libyenne ? L'Union Africaine, appuyée par la Turquie et soutenue par la Russie et la Chine et ce sont ces acteurs là qui ressortiront grandis et diplomatiquement renforcés de l'aventure. La "Sarkowar" est déjà tournée en ridicule aux états-unis.
Ne pas passer à coté de l'élan démocratique arabe dites vous ? L'intervention est rejetée unanimement en Tunisie et en Egypte, comme dans l'ensemble de l'Afrique. S'il veut remonter dans le train, Sarkozy ferait mieux de soutenir le peuple égyptien qui en est déjà à se battre pour éviter le dévoiement de sa révolution par l'armée au pouvoir.
Les conséquences diplomatiques de l'interventionnisme en Cote d'Ivoire seront terribles pour la France qui montre son incapacité à tourner la page coloniale.
La France dispose d'un réel capital de "soft power", de par son histoire, de par la francophonie, de par son opposition récente aux aventures irakiennes des USA, c'est ce capital que Sarkozy et Juppé sont en train de liquider.
Ce nouveau "devoir d'ingérence" n'est rien d'autre que de l'incompétence.