Sports

Masters de golf à Augusta: oubliez tout, y’a du golf à la télé!

Yannick Cochennec, mis à jour le 09.04.2011 à 11 h 19

La première épreuve du Grand Chelem est la plus conservatrice, mais c'est aussi la plus belle, la mieux filmée et, chose rare, elle sait dominer les demandes des télévisions.

Spectateur sur le 16e trou du parcours d'Augusta, en 2009. REUTERS/Brian Snyder

Spectateur sur le 16e trou du parcours d'Augusta, en 2009. REUTERS/Brian Snyder

Comment faire pour vous donner l’envie de bazarder une partie de votre week-end pour regarder du golf à la télévision? Oh, je vous entends. Le golf, c’est long, c’est ennuyeux, c’est pour les gens friqués, on s’en fiche et les Français ne gagnent jamais rien – sur ce dernier point, je ne vous donnerai pas complètement tort. Mais le Masters, premier tournoi du Grand Chelem de l’année qui se dispute jusqu’au dimanche 10 avril, ce n’est pas du golf, c’est LE golf divinement exposé dans l’écrin de verdure de l’Augusta National par les caméras de la CBS.

Dans la douce lumière d’une fin d’après-midi dans l’état de Géorgie, le Masters sublime ce sport parfois au-delà du réel par la grâce d’un coup de génie comme celui de Tiger Woods sur le trou n°16 en 2005:

ou du sauvetage miraculeux de Phil Mickelson sur le trou n°13 en 2010. Regardez et savourez.

 

J’ai découvert le golf en 1986 par la biais du Masters et d’un «Sports été», émission sportive de ce qui s’appelait alors Antenne 2. En plein mois de juillet, la chaîne avait rediffusé les deux derniers jours du Masters qui s’était déroulé quatre mois plus tôt et lors duquel Jack Nicklaus avait remporté son 18e et dernier titre majeur et son 6e Masters à l’âge canonique de 46 ans. Je ne pouvais pas rêver meilleure initiation. C’était juste sublime et émouvant. Depuis, quand vient le Masters, j’attends ce deuxième week-end d’avril avec la même impatience, presque la même urgence. En tant que téléspectateur, je peux rater l’US Open, le British Open et l’USPGA Championship, mais pas le Masters qui a la particularité d’être le seul tournoi du Grand Chelem ayant lieu chaque année au même endroit.

Le diktat

Le Masters est un événement sportif sans aucun autre équivalent. Avec presque certitude, il est possible d’affirmer qu’il s’agit du seul qui a le pouvoir de tout imposer à la télévision, une gageure à notre époque. Regardez les Jeux Olympiques et le Comité International Olympique (CIO) aux ordres de NBC: la chaîne de télévision américaine qui détient les droits avait obtenu, en 2008, à Pékin, que les finales de natation dans lesquelles était engagé Michael Phelps, héros américain, soient programmées le matin en Chine afin d’être en direct le soir aux Etats-Unis. Face à la puissance de l’argent, le CIO, aussi vertueux qu’il veut nous le laisser croire, est aux ordres et le doigt sur la couture du pantalon.

Au Masters, le tournoi commande tout et CBS, le diffuseur, file doux et marche droit face à son impitoyable diktat. De façon ahurissante, CBS, qui retransmet les deux dernières journées en direct (ESPN a la charge des deux premières), doit ainsi se contenter de renouveler année après son année son contrat avec les organisateurs de cette vénérable institution pour un montant évidemment énorme, mais jamais divulgué.

Imagine-t-on, sans rire, la ligue de football renégocier année après année son contrat avec Canal Plus et lui imposer tous ses desideratas? Car le Masters exige, par exemple, que CBS ne diffuse pas plus de quatre minutes de publicité par heure de diffusion (contre 12 dans tout autre programme) sachant que trois annonceurs, trois sponsors du tournoi, sont seulement autorisés à communiquer dans ce laps de temps. En 2003 et 2004, le Masters avait même carrément ordonné à la chaîne l’absence totale de publicité après l’affaire Martha Burk. Elle s’était exécutée sans mot dire.

«Pets coincés»

Le Masters interdit aussi à CBS d’utiliser un ballon survolant le parcours comme c’est la norme sur tous les tournois américains, impose un vocabulaire aux commentateurs (pour désigner les spectateurs, ils ne doivent pas dire «spectators» ou «fans» mais «patrons») et fait saquer tout journaliste qui viendrait à franchir une ligne jaune. Pour avoir osé parler en direct de «greens épilés comme des maillots» en 1995, Gary McCord fut ainsi purement et simplement viré par CBS sur ordre des dirigeants du Masters.

Et il n’y reviendra plus jamais après avoir eu l’impudence de déclarer pour se venger que «le Masters, c’est la plus grande concentration de pets coincés que je connaisse. En arrivant le jeudi, vous vous faites suturer les fesses au Memorial Hospital d’Augusta, et ça dure comme ça jusqu’au dimanche où vous y retournez pour faire enlever les points de suture

Précisions aussi que le Masters détermine également l’emplacement des caméras autour des greens, contraint le network à repeindre en vert tout objet de production afin qu’il se fonde dans le paysage sachant que CBS ne moufete pas ayant néanmoins obtenu à l’arraché de pouvoir diffuser enfin la totalité des 18 trous après avoir dû longtemps se contenter des 10 derniers.

Au moins, les membres aux célèbres vestes vertes ont-ils aussi un peu d’humanité puisque CBS a la confiance du Masters depuis 1956 –le plus long contrat en cours de l’histoire du sport aux Etats-Unis.

Audience quasi équivalente aux NBA Finals

Car aux Etats-Unis, le Masters est une institution intouchable dans l’univers télévisuel. Le golf a beau rester un sport de niche, avec le Masters, il draine d’immenses audiences, particulièrement le dimanche quand se déclenche l’emballage final. Lorsque Tiger Woods est aux commandes de l’épreuve (il s’y est imposé quatre fois), certains plafonds sont même atteints. En 1997, le taux d’audience, record pour un Masters depuis qu’existent les outils de mesure, avait été de 15,8 (Nielsen, soit plus de 20 millions de foyers) pour célébrer la première victoire de Woods.

En 2010, les spectateurs américains s’étaient à nouveau massés devant leur écran au moment du triomphe de Mickelson, avec un taux de 12, le troisième score jamais enregistré. A titre de comparaison, la meilleure audience pour un match décisif d’une finale NBA a été atteint en 1998 avec 18,7 lorsque Michael Jordan avait décroché son 6e et dernier titre avec les Chicago Bulls. Depuis 1998, le taux de 15 a été dépassé une seule fois, en 2010 lors du 7e match entre les Lakers de Los Angeles et les Boston Celtics (18,2). Et contrairement au golf, le basket a la chance de se jouer le soir et de pouvoir donc attirer un plus large public.

Si le Masters a autant de succès, il le doit à la magie de l’épreuve et à la maestria de sa mise en scène rendue possible à la fois par la théâtralité du parcours et la façon de filmer de CBS qui est un pur chef d’œuvre. A l’origine de cette perfection s’est trouvé un homme, Frank Chirkinian, le producteur de golf de CBS pendant 40 ans et qui révolutionna la télévision grâce au Masters. Chirkinian, qui vient de s’éteindre à l’âge de 84 ans voilà quelques semaines, était surnommé «l’ayatollah» en raison de sa rigidité qui allait si bien avec celle des organisateurs d’Augusta avec qui il a négocié pied à pied pour que la retransmission du Masters devienne ce moment de télévision unique.

Pas de CBS en France mais...

C’est notamment lui qui eut l’idée de faire disposer de multiples micros tout au long du parcours afin de rendre compte du bruit de l’impact du club avec la balle. C’est aussi lui qui proposa de disperser plusieurs reporters sur le parcours avec d’être au plus près de l’action sans oublier la soixantaine de caméras de plus en plus innovantes placées de tous les côtés.

Ce week-end, en regardant Canal Plus ou Canal Plus Sport, qui diffuse le tournoi en France, vous aurez la chance de ne rien manquer, en principe, mais vous ne saisirez pas toute la dimension extraordinaire du tournoi. Avec CBS, vous serez vraiment au cœur de la bataille avec une batterie d’experts comme Nick Faldo et Ian Baker-Finch et des images parfois surprenantes que le feed international ne donne pas en Europe.

Alors comment faire pour capter CBS en France? Par le biais du streaming évidemment. Les deux meilleures journées du Masters sont le samedi et le dimanche et vous ne devez pas les rater. Et c’est une certitude, lundi, vous parlerez de golf au bureau.

Yannick Cochennec

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte