France

Laïcité: enterrement de troisième classe pour un débat sans intérêt

Vincent Glad, mis à jour le 06.04.2011 à 16 h 17

À quoi ressemble un «débat» de l'UMP alors que le vrai débat a lieu dans les médias depuis deux mois?

Valérie Pécresse, Jean-François Copé et Bruno Le Maire, le 5 avril 2011 lors du débat sur la laïcité. REUTERS/Charles Platiau

Valérie Pécresse, Jean-François Copé et Bruno Le Maire, le 5 avril 2011 lors du débat sur la laïcité. REUTERS/Charles Platiau

Le débat sur la laïcité aura surtout été un débat sur l'opportunité du débat, deux mois de polémique après que Nicolas Sarkozy a décrété mi-février que l'UMP devait débattre du multiculturalisme et plus particulièrement de la place de l'islam dans la société. Entre-temps, le débat sur l'islam était devenu un débat sur la laïcité, face aux réserves exprimées par certains membres de la majorité, dont François Fillon. Restait pour l'UMP à organiser un vrai «débat» pour en finir avec le débat médiatique et passer à autre chose. 

Ce fut fait mardi 5 avril lors d'une convention organisée dans un grand hôtel parisien et intitulée «Laïcité pour mieux vivre ensemble». Difficile de faire plus consensuel, un message pour les 200 journalistes présents: l'UMP ne lorgne pas vers l'extrême droite. Jean-François Copé avait décidé de rétropédaler et d'éviter toute stigmatisation de l'islam au lendemain de nouveaux propos controversés du ministère de l'Intérieur, Claude Guéant:

«En 1905, il y avait très peu de musulmans en France, aujourd'hui il y en a entre 5 et 6 millions. Cet accroissement du nombre de fidèles et un certain nombre de comportements posent problème.»

L'UMP ne se souvient plus du nom des intervenants

Le «débat» sur la laïcité fut 3h30 d'ennui où l'intérêt principal était de noter les présents et les absents. Pour ne pas fâcher Tonton Copé, plusieurs ministres sont passés en coup de vent sans prendre la parole, comme Eric Besson ou Brice Hortefeux. Jean-Pierre Raffarin a lui débarqué trois heures après le début des débats, sans doute pour afficher la «loyauté» à Nicolas Sarkozy qu'il exige de François Fillon. Au rang des bons élèves, on note les prestations à la tribune de Bruno Le Maire, Valérie Pécresse, Luc Chatel, Gérard Longuet (malgré ses 3 guerres à mener) et surtout de François Baroin qui avait appelé à mettre un terme à ce débat. Comme prévu, François Fillon et Roselyne Bachelot boudent la manifestation.

Du côté des responsables religieux, qui avaient signé quelques jours plus tôt une tribune critique sur ce débat, c'est la bérézina. La pauvre Valérie Rosso-Debord, députée UMP chargée d'animer des débats, complètement dépassée par l'enjeu, rajoute au malaise en présentant les invités de la première table-ronde. Elle bute une première fois sur le nom du seul musulman présent, le journaliste Farid Hannache, qui remplaçait au pied levé l'imam de Drancy qui a annulé à la dernière minute. Et Rosso-Debord va passer une minute le nez dans ses fiches pour trouver le nom du président du Consistoire central de France, Joël Mergui. Copé doit l'excuser:

«Elle n'est pas journaliste, soyez indulgents.»

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) et l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) ont refusé de venir. Le seul catholique présent à la tribune est... l'aumônier des parlementaires. La Fédération protestante de France a accepté de participer, mais uniquement depuis la salle. Gilles Bernheim, le Grand rabbin de France, monte à la tribune pour la première table-ronde, mais refuse de s'exprimer à la tribune pour la seconde sur l'«islam de France» et prend le micro depuis la salle. Ce n'est plus un débat sur la laïcité, mais sur le plan de salle.

Cours de philo

Valérie Rosso-Debord pose toujours la même question à ses invités:

«Pour vous, c'est quoi la laïcité?»

Avec quelques fines variantes comme: «Pour vous Luc Châtel, c'est quoi la laïcité à l'école?» On l'avait découvert avec le débat sur l'identité nationale, les débats UMP, c'est d'un côté des dérapages contrôlés en direction de l'électorat FN et de l'autre, un pénible cours de philosophie. Les ministres et les religieux étaient chargés du consensuel cours de philo, Christophe Barbier, présent, s'est concentré sur la promotion de L'Express alors qu'il a fallu attendre l'intervention dans la salle du maire UMP de Montfermeil, Xavier Lemoine, pour trouver un discours musclé sur l'islam:

«J'aimerais que dans les écoles, au moment du ramadan, ceux qui souhaitent le respecter puissent le respecter et ceux qui ne le font pas [...] puissent sortir tranquillement à quatre heures et demie un goûter sans que celui-ci ne soit piétiné.»

Jean-François Copé n'était pas là non plus pour passer le bac de philo. Le secrétaire général de l'UMP en a profité pour prononcer deux discours plutôt modérés. Il a répété trois fois son nouveau slogan:

«Entre les Français et le FN, il y aura toujours une différence majeure: les Français ont besoin de solutions, le FN a besoin de problèmes.»

Et des solutions, Copé en a proposé 26, essentiellement des mesurettes dont l'obligation d'une demande préalable pour les prières dans la rue ou la création d'un «Code de la laïcité et de la liberté religieuse». Quelques minutes plus tôt, le réprésentant catholique, Matthieu Rougé, rappelait malicieusement que «le code de la laïcité existe, c'est l'ouvrage La liberté religieuse et régime des cultes en droit français. Si par hasard, il s'est perdu dans les étagères des ministères, je peux vous le renvoyer»

Souhaitant en finir au plus vite avec le débat, Copé n'a pas pris la peine d'annoncer la création d'une commission sur la laïcité, comme le gouvernement l'avait fait pour «approfondir» le débat sur l'identité nationale en février 2010. Une commission dont on n'a toujours aucune nouvelle.

Vincent Glad

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