France

PS: un programme sérieusement décevant

Eric Le Boucher, mis à jour le 07.04.2011 à 12 h 01

Il y a de bonnes choses dans les propositions socialistes, mais l'ensemble n'apporte pas de solution à la hauteur.

REUTERS/Ali Jarekji

REUTERS/Ali Jarekji

Le projet 2012 présenté par Martine Aubry se veut «sérieusement de gauche et d’une gauche sérieuse». Il en a toutes les apparences. Il y a du travail. Il vise large. Il est chiffré. Il est même DSK compatible, au sens où les facilités démagogiques, j’y reviendrai, sont acceptables par un social-démocrate comme la dose qu’il faut céder à la gauche de la gauche sur le front de la symbolique.

Pourtant l’ensemble déçoit. Le projet part du diagnostic que la France est «en déclin» et que les classes populaires et moyennes sont «en déclassement», aspirées vers le bas. On peut discuter de ce diagnostic: je pense que le déclin est réel, mais que le déclassement est relatif et qu’il est dû pour beaucoup à l’échec scolaire, dont le PS nous parle peu et plutôt mal.

Mais supposons vrai cet état de la France. Alors dans ce cas, le parti de Martine Aubry ne nous apporte pas de solution à la hauteur. Un déclin mérite des politiques autrement ambitieuses. Le PS revient à son sempiternel «retour de l’Etat» mais comme cet Etat est sans grands moyens, il déploie petitement une panoplie vieillotte. Que de facilités! Le meilleur exemple est la jeunesse décrétée «cause nationale» mais à qui l’on offre que 300.000 emplois d’assimilés fonctionnaires. Est-ce cela «l’avenir» des jeunes?

La crise est prétexte, pour le PS, d’en revenir à son idéologie traditionnelle:

  • 1- le capital libéral est mauvais, il faut que l’Etat s’impose pour le contraindre
  • 2- plus je prends au capital, plus je peux donner au travail

C’est fondamentalement, et depuis trente ans, la vision d’une économie «jeu à somme nulle» qui est fausse. Sur ce point d’ailleurs DSK ne sera sûrement pas d’accord. Il peut accepter certaines mesures démago mais pas l’esprit, pas le fond de cette idéologie dépassée du PS.

La crise, certes, révèle les excès du capitalisme; ils sont nombreux. Mais l’erreur dans laquelle tombe le PS est de rêver en revenir à la période pré-libérale. Fausse piste, l’avenir est donc une révision fondamentale de l’Etat-providence en fonction de la mondialisation et de l’individualisme, sûrement pas dans le retour à l’Etat des années 1970.

A côté de la plaque

Une France «en déclin», cela se manifeste par une croissance faible et une désindustrialisation rapide. Tout s’observe dans un seul chiffre: le déficit extérieur de 50 milliards d’euros. C’est à partir de là que devrait être bâti le projet du PS car c’est le problème le plus grave du pays. Ce chiffre dit que la compétitivité est en recul. Il y a de moins en moins d’entreprises exportatrices. Les gloires du CAC40, nos «champions», sont les quelques arbres qui cachent un désert productif. Ils font de plus en plus leurs chiffres d’affaires, leurs profits, leurs investissements et leurs embauches ailleurs qu’en France. Les marges de toutes les autres entreprises, petites et moyennes, sont à la baisse. Bref, l’offre française est en atrophie. Pourquoi? Le PS ne nous le dit pas. Il n’en parle pas. Le mot de compétitivité n’existe pas. Le rapport à notre voisin-concurrent allemand n’existe pas.

En clair, le PS est à côté de la plaque. La France manque d’abord d’une politique d’offre d’innovation, d’investissements. Le déclin et le déclassement ne seront combattus qu’à partir de là.

Mais pour ce faire, encore eut-il fallu que le PS inverse sa vision punitive des entreprises. On l’observe à chaque mesure: le capital abuse, il faut le contrôler, il faut le réguler, l’encadrer, le sanctionner. Le travail est trop précaire? Les aides seront conditionnées à un retour aux CDI. (Mais le travail est si précaire parce que les marges sont mauvaises alors que le PS pense qu’elles sont trop hautes).

Les rémunérations des dirigeants seront limitées d’une façon générale (les stock options révisées) et plafonnées d’une façon  particulière, là où l’Etat est présent au capital. Par parenthèse comme le PS veut par ailleurs augmenter les interventions du Fonds stratégique, le nombre des entreprises étatisées va  augmenter. Est-ce alors possible de borner à 500.000 euros les salaires de tous ces patrons? Accepteront-ils l’aide de l’Etat à ce prix? On se demande. En tout cas, chez Renault, EDF, GDF Suez ou Areva, là où l’Etat est déjà présent, voici des PDG replacés dans la case «fonctionnaires» comme à La Poste ou la SNCF. Est-ce un progrès? Cette mesure ne sera-t-elle pas illico détournée? On se demande.

Des objectifs contradictoires

Cette vision punitive s’exprime aussi dans le logement avec un retour à l’antique «encadrement» des loyers. Elle s’accompagne de mesures pour le moins contestables comme «un rattrapage» du smic qui fait craindre le pire: le smic est en France destructeur d’emplois (surtout pour les jeunes) et cause précisément un resserrement des bas salaires qui est à la racine du sentiment de déclassement.

La hausse du smic est hautement contradictoire avec l’objectif prioritaire des classes moyennes. On rangera-là, parmi les franches bêtises (ou des hypocrisies) le rétablissement de la retraite à 60 ans. Idem pour une sortie du nucléaire en 20 ans, totalement irréaliste: ce serait investir dans des énergies renouvelables trop coûteuses et dont la technologie évolue si vite que la France ferait vite le choix de systèmes énergétiques dépassés.

Les bonnes idées

Le projet comporte bien entendu des pistes «sérieuses» comme la priorité à la petite école ou l’installation de médecins en zone rurale (encore que cela dépende des incitations).

Reste une grande mesure, la révolution fiscale: fusion CSG et impôt sur le revenu payés à la source. Merci à l’économiste Thomas Piketty sans lequel le projet PS serait bien maigrelet. Cette révolution en est une, simplificatrice, probablement efficace. Les contestations portent sur la tranche supérieure qu’il faut instituer: à quelle hauteur? et sur le risque de fuite des capitaux des riches. Là encore on retrouve une vision punitive du capital.

Reste aussi le bouclage financier du tout. Ce n’est pas la partie la plus faible. Le PS se veut «sérieux», il ne l’est pas moins que Nicolas Sarkozy sur ce sujet. La suppression des cadeaux TVA-restauration ou heures supplémentaires ont été des erreurs, les supprimer est une bonne chose.

Eric Le Boucher

Retrouvez ceux qui feront 2012 sur Wikipol.

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte