Monde

L'Afghanistan laissé à ses démons

Françoise Chipaux, mis à jour le 10.04.2009 à 18 h 57

La communauté internationale n'a jamais mis les moyens humains et financiers nécessaires pour reconstruire un pays et une société exsangues.

Femme en burqa dans l'ancien bazar de Kaboul  Ahmad Masood / Reuters

Femme en burqa dans l'ancien bazar de Kaboul Ahmad Masood / Reuters

Le débat engagé depuis plusieurs jours sur une loi controversée touchant aux statuts des femmes chiites afghanes illustre une fois de plus les malentendus et contradictions de la communauté internationale en Afghanistan.

Selon la commission des Droits de l'Homme des Nations Unies, ce texte stipule que les femmes n'auront pas le droit de quitter leur domicile sans «un but légitime» et soumet leur volonté d'éducation ou de travail à la permission de leurs maris. La loi a d'abord été signée par le président Hamid Karzai qui a ensuite demandé sa révision sous la pression de l'étranger. Aujourd'hui en suspens, cette loi légitime aussi le viol marital puisque la femme est tenue de répondre aux désirs sexuels de son mari.

L'indignation de la communauté internationale sonne toutefois faux aux oreilles de nombreux Afghans qui, lors de la chute des talibans, avaient espéré qu'une présence occidentale contribuerait au retour de la loi et de l'ordre, de la justice et des droits de l'Homme. Les étrangers ont pactisé avec les seigneurs de guerre et Moudjahiddines qui, bien avant les talibans, avaient voilé les femmes et s'étaient publiquement interrogé sur le besoin de les instruire.

En terme de législation, la période sombre pour les femmes afghanes commence lors de la chute du dernier président communiste Mohammed Najibullah et de la victoire des Moudjahiddines en 1992. Ces derniers ont été les grands bénéficiaires de l'invasion étrangère. En utilisant et payant leurs hommes comme supplétifs, les Etats-Unis leur ont donné une nouvelle vie et ces seigneurs de guerre se sont servis des urnes pour légitimer définitivement leurs pouvoirs.

La communauté internationale s'est réjouie en 2005 des élections législatives afghanes alors que celles-ci, se déroulant en l'absence de toute sécurité, ont porté au Parlement les hommes qui détenaient la force et dont le seul but était de garantir la pérennité de leur pouvoir dans le nouveau régime. Qui a protesté quand dans une de leurs premières actions ils ont voté une amnistie pour leurs crimes pourtant bien documentés? Qui a protesté quand ils ont exclus du Parlement la jeune députée de Farah, Malaya Joya, qui les critiquait? Les femmes en Afghanistan restent encore largement confinées entre les quatre murs de leur domicile et aucun dirigeant n'a pas exemple pris le risque d'apparaître publiquement avec sa femme. Qui a jamais vu la femme du président Karzai, médecin gynécologue, qui aurait pu servir d'exemple à l'émancipation féminine ?

Depuis la chute des talibans, la communauté internationale a été incapable de définir, en accord avec les Afghans, l'avenir politique, économique et social du pays. Aucune stratégie commune n'a jamais uni les multiples acteurs du théâtre afghan et, aujourd'hui, la tendance de tous est à la réduction des ambitions en Afghanistan. Tout en qualifiant cette loi de «répugnante», le président Barack Obama a de façon significative affirmé que, si améliorer la condition des Afghans était un but louable, personne ne devait oublier que les soldats américains se battaient en Afghanistan d'abord pour protéger les Américains contre des attaques terroristes.

La nouvelle stratégie afghane — mélange d'un renforcement des pressions militaires et des activités de développement — est loin de répondre à toutes les interrogations que se posent les Afghans. Son caractère principal est de ressembler dangereusement à une stratégie de sortie honorable pour la communauté internationale mais qui prend peu en compte les besoins et désirs des Afghans.

La lassitude internationale perceptible face à un conflit qui dure maintenant depuis plus de sept ans et ne cesse de s'aggraver joue en faveur de tous ceux qui parient sur l'échec de la communauté internationale. Les talibans ont coutume de dire pour souligner qu'ils sont là pour rester et ne sont pas pressés «les étrangers ont la montre, nous avons le temps».

Celui-ci pourrait manquer à la communauté internationale pour renverser de façon drastique la situation et redonner aux Afghans des raisons de s'engager à ses côtés. La communauté internationale n'a pas dès le départ, investi les moyens financiers et humains nécessaires à la fin d'un conflit dont l'origine remonte au coup d'état anti-monarchique de 1973. Pour pallier ses manques, elle s'est appuyée sur des responsables rejetés par la majorité des Afghans qui avaient payé le prix de leurs exactions entre 1992 et 1996 et en cela elle a gravement compromis le rêve des Afghans.  

Françoise Chipaux

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Journaliste
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