Culture

Carré ViiiP, la télé-poisson d'avril

Temps de lecture : 2 min

La réalité a complètement disparu de la télé-réalité d'enfermement. Il n'est pas étonnant que beaucoup n'aient pas cru à l'arrêt de Carré ViiiP sur TF1, soupçonné d'être un poisson d'avril.

Marie se Toet / Peter Baker via FlickrCC License by
Marie se Toet / Peter Baker via FlickrCC License by

En déprogrammant Carré ViiiP, TF1 a perdu une bataille économique, mais a gagné une guerre idéologique. La décision est tombée par communiqué officiel le 31 mars à 20h, sans doute pour éviter le télescopage avec le 1er avril. Pourtant, la réaction immédiate du public (et des candidats) a été de crier au poisson d'avril, comme on a pu le voir sur Twitter ou sur le forum officiel.

Malgré les reprises de l'information dans les médias, selon de nombreux internautes, il ne pouvait s'agir que d'un buzz destiné à relancer l'audience de l'émission. Des théories du complot se montent même. Une victoire idéologique pour TF1 qui nous enseigne depuis 10 ans la culture du faux avec ses émissions de real-TV. La chaîne établit ainsi la nouvelle donne de l'information: 0,55% de l'année est banalisé, les 31 mars et 1er avril tombant dans un régime de crédibilité affaibli.

«La prod», la nouvelle star

Depuis 10 ans et le premier Loft Story, la télé-réalité d'enfermement tend vers toujours plus de manipulation. Alors que les anonymes et leur ennui quotidien étaient l'élément central du premier Loft, progressivement, le dispositif s'est détourné vers «la Prod», figure toute-puissante qui assume sa manipulation du programme en multipliant les défis aux candidats. Dans le Loft, la star, c'était Loana. Dans Secret Story, c'est La Voix. «La prod», figure abstraite, devient un personnage à part entière, et traitée comme tel par la presse spécialisée.

«La prod'» ne baise pas dans une piscine, mais elle peut à peu près tout faire sinon. Y compris, donc, décréter que l'émission est finie pour mieux la relancer ensuite. Ce n'aurait été qu'une étape supplémentaire après des émissions dont le thème central était le mensonge de «la prod» comme Greg le Millionaire qui n'était pas millionnaire, ou Mon Incroyable fiancé qui était en fait un acteur.

Un seul objectif, faire le buzz

La télé-réalité ne fait pas qu'offrir un quart d'heure de célébrité aux anonymes, elle donne aussi son quart d'heure de célébrité à la fabrique des célébrités: «[Les programmes de télé-réalité] reposent sur le spectacle d’un dispositif panoptique qui met en scène à différents degrés une coulisse: coulisse sociale, coulisse télévisuelle et bien sûr coulisse économique ou industrielle», écrit Olivier Aïm, chercheur en sciences de l'information et de la communication au Celsa.

Carré ViiiP proposait de passer une étape supplémentaire dans ce dévoilement (bien sûr contrôlé) de l'industrie du divertissement. La règle du jeu était claire:

«Un seul objectif, faire le buzz. Le buzz consiste à faire parler de soi de n'importe quelle manière.»

La presse people était ainsi intégrée au dispositif pour la première fois, un des objectifs donnés par «la prod'» étant d'apparaître en une de Public, Voici ou Closer, avec des candidats qui peuvent communiquer avec l'extérieur pendant le jeu et même sortir pour quelques jours pour faire une tournée promo. La presse people s'y prêtait de plus (Voici) ou moins (Public) bonne grâce. (Encore que Public fait aussi le jeu de l'émission en dénonçant les faux couples montés pour faire le buzz.)

En dévoilant crûment le dispositif de la starification, TF1 montre une industrie du faux: les candidats jouent tous un personnage, les couples sont truqués, les couv' de la presse people font mine d'y croire. Michael Vendetta est le symbole de cette disparition de la réalité: deux ans après, on ne sait toujours pas si ce mec joue un rôle ou pas. La «télé-réalité» devient une «média-réalité», ne montrant plus qu'une seule réalité, celle de l'usine à stars jetables.

Avec Carré ViiiP, la télé nous enseigne à douter d'elle-même. En ce sens, Endemol a produit une vraie émission éducative. Normal qu'elle n'ait pas marché, on ne fait pas du Schneidermann en prime time.

Vincent Glad

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