Culture

Portrait d'un fan de séries

Pierre Langlais, mis à jour le 06.04.2011 à 16 h 16

Qui est le sériephile français?

Bob's television dream / Robert Couse-Baker via FlickrCC License by

Bob's television dream / Robert Couse-Baker via FlickrCC License by

Genre pluriel, aux multiples formats, types et nationalités, la série télé échappe en partie aux calculs d’audiences tant elle est téléchargée, échangée, vue sur écrans de télé, d’ordinateur ou même de smartphone. Comment dès lors saisir celle ou celui qui la regarde?

Comment faire la part de ceux qui se plantent machinalement devant Mentalist sur TF1 et de ceux qui streament nerveusement le dernier épisode de Fringe à peine la diffusion américaine terminée?

Le sériephile n’est pas le geek qui n’est pas le téléspectateur de TF1 qui n’est pas le consommateur de DVD. En l’absence de chiffres précis, il faut y aller à l’aveuglette, s’amuser un peu. D’où cette tentative de recensement subjectif, portrait robot incomplet des sérievores par un sériephile.

Quel âge a-t-il?

A chaque tranche d’âge son genre préféré. Ici, il existe des chiffres, qui se concentrent évidemment sur la télé, mais c’est déjà ça (1).

Premier constat, les plus âgés préfèrent les séries françaises. Nos séries maisons sont vues à 41,7% par des plus de 60 ans (et seulement à 15,6% par des moins de 35 ans). Les jeunes, eux, préfèrent les séries américaines, vues à 32,2% par des moins de 34 ans, et surtout les comédies, quand les plus âgés redemandent du polar.

A en croire ces chiffres, le fan de séries n’a donc pas d’âge, mais les seniors penchent vers la fiction française et le polar, et les jeunes vers la fiction américaine et les comédies. Caricatural, mais apparemment véridique.

Maintenant, soyons subjectif: le sériephile moyen –pas celui qui regarde Les Experts en VF sur TF1– est plutôt jeune, a entre 15 et 45 ans, mais surtout entre 15 et 35 ans. C’est un fait de génération, lié à la consommation en ligne et à l’accentuation de l’impact médiatique des séries, qui a marqué profondément ceux qui ont eu 20 ans dans les années 2000. Comme à chaque fois que la subjectivité rentre en compte, ça ne veut pas dire qu’un sériephile ne peut pas avoir 55 ans. Ça veut juste dire que le sériephile moyen en a plutôt 30.

De quel sexe est-il?

Là-dessus, les chiffres sont clairs: le fan de séries moyen est une femme.

L’écart est plus important sur les séries françaises (62% de femmes contre 38% d’hommes) que sur les séries américaines (59% contre 41%). L’image du geek à grosses lunettes est ébranlée, mais la place que prend la fameuse ménagère dans les audiences télé n’est certainement pas anodine à cette domination féminine dans les chiffres.

Plus subjectivement, celle-ci se confirme dans une féminisation grandissante des séries, qui s’ouvrent de plus en plus aux personnages féminins forts, de Damages à 30 Rock en passant par Desperate Housewives. Le monde des séries reste essentiellement masculin, mais les vieux machismes reculent doucement. La preuve, sans doute, que les producteurs prennent conscience qu’on ne dit pas «un» sériephile, mais plutôt «une» sériephile.

Comment consomme-t-il ses séries?

Il n’existe aucune étude «professionnelle» sur la consommation des séries. Mon excellent confrère Pierre Serisier avait sondé les lecteurs de son blog, il y a déjà deux ans, sur la nature de leur consommation –accros ou pas accros? D’autres ont écrit de grands articles ou même des mémoires sur la consommation des séries… mais sans chiffres solides. Du coup, on peut relever les différentes pratiques, et tenter quelques explications, mais sans preuves «scientifiques».

Il y a deux genres de consommateurs: d’abord, le fan de séries pur et dur. Les séries étrangères, il les télécharge. Légalement, illégalement, en streaming ou en VOD payante, peu importe. Il consomme à sa guise, et en VO. Ce sériephile n’est pas allergique aux DVD, qui lui permettent de garder sous la main ses œuvres préférées.

Pour les séries françaises, c’est une autre histoire. Là, il se plie plus volontiers aux diffusions, et se rabat sur les DVD. Si les séries américaines lui arrivaient «à l’heure», et non 6 mois à 1 an plus tard, il ferait de même.

Le second genre de consommateur apparaît plus nettement dans les enquêtes de Médiamétrie. C’est le téléspectateur, celui qui est au rendez-vous, qui se fond avec le sériephile sur nombre de séries hexagonales, mais qui est en général largement majoritaire sur les séries américaines. Celui-là découvre peu à peu internet, la VOD, voire s’essaye au streaming et à quelques téléchargement. Ce n’est pas encore un pirate, et il préfère un bon DVD à un DivX tombé du torrent.

Quelles sont ses séries préférées?

Là encore, si on cherche des sources fiables, c’est le règne du téléspectateur. Deux classements sont disponibles, qui ne sont pas franchement réjouissants. En juin dernier, le Parisien sortait ainsi un «Top 10» des séries américaines, en fonction des audiences.

Résultat: 7 programmes de TF1 en tête, Mentalist, Esprits Criminels, House, Les Experts Manhattan, Les Experts Miami, Les Experts, Grey’s Anatomy. Puis, Cold Case, New York Section Criminelle et enfin NCIS. Huit polars, deux séries médicales. Vive la diversité.

En 2008, la chaîne Séries Club, pour fêter ses 15 ans, faisait elle un sondage un poil plus représentatif des goût des Français: Desperate Housewives arrivait en tête, devant Les Experts, House, Prison Break, NCIS, Grey’s Anatomy, Friends, Stargate SG-1, Lost et Heroes.

Jeter un coup d’œil aux séries les plus téléchargées offre une dernière liste des favoris (même si le classement n’est pas français mais mondial): Lost, Heroes, Dexter, The Big Bang Theory, House, How I Met Your Mother, 24, True Blood, Glee, Les Griffin.

A l’exception notable de House, aucune de ces séries ne figure dans le Top 10 des audiences. Dans cette liste apparaissent aussi des séries aux diffusions confidentielles chez nous, mais aux fans-clubs fournis, The Big Bang Theory, How I Met Your Mother, True Blood et Glee.

On en conclura donc, très subjectivement encore une fois, que la liste des séries les plus téléchargées ne doit pas être bien loin de la liste des séries préférées des fans de séries. Et ce sans aucun snobisme, car il s’agit majoritairement de séries grand public (seules Dexter et True Blood viennent du câble américain) –les sériephiles purs et durs voteraient certes True Blood, peut-être Dexter, mais aussi Mad Men, Breaking Bad ou Treme.

Quel genre de fan est-il?

Tâchons enfin, dans un ultime souci de ne pas mettre tous les amateurs de séries dans le même panier, de les classer par familles, encore une fois selon mon expérience toute subjective. Nous parlerons d’un «téléspectateur», qui peut être aussi bien masculin que féminin.

Le passif

Téléspectateur lambda, il laisse sa télé allumée, et passe le gros de ses soirées à zapper. A force, il connaît Les Experts, qui sont diffusés jusqu’à trois soirées par semaine sur TF1. Il a vu quatre fois chaque épisode de NCIS, mais ne s’en est jamais rendu compte.

L’attentif

Téléspectateur assidu, il lit son canard télé avec attention, et suit les nouvelles saisons de Mentalist, de Cold Case, et même de Dexter s’il a Canal+. Comme le passif, il regarde un peu de tout. Il connaît les intrigues, mais n’a jamais cherché à savoir s’il y avait d’autres moyens de voir les séries que sa télé. Il a reçu pour Noël une intégrale d’Un gars / Une fille, mais n’a pas encore défait l’emballage.

Le curieux

Téléspectateur sélectif, il fait attention à ce qu’il regarde, et a ses séries préférées. Mieux, il lit les hebdomadaires culturels, et s’est abonné au câble pour voir plus de séries d’«auteur». Il a vu Mad Men, et sait qu’A la Maison Blanche n’est pas le nom de l’autobiographie de Bill Clinton.

L’intellectuel

Il n’aime pas la télé, et préfère le cinéma, mais il sait que les séries sont désormais un art à prendre en considération. Il a vu Mad Men, Breaking Bad, bien entendu Twin Peaks, et sait que Mulholland Drive était un pilote de série, à la base. Il achète des DVD, possède sans doute un abonnement au câble. 

Le monomaniaque

Il s’attache prioritairement à une série, sur laquelle il pourrait écrire une thèse –en trois volumes. Il la télécharge dès sa diffusion au Etats-Unis, va sur des forums, tient sans doute un blog. Il a les DVD, des goodies, et peut mordre si on lui fait remarquer que le cliffhanger de l’épisode 12 de la saison 4 était un peu faible. Plus sa série fétiche sera obscure, plus il sera dur de lui faire admettre ses faiblesses.

Le sériephile

Il a tout vu, il voit tout, il verra tout. Et même ce qu’il n’a pas vu, il peut vous en parler, parce que son voisin l’a vu, qu’il lit tous les hebdos culturels et qu’il dévore les blogs sur les séries. Il sait qui sont Matthew Weiner, John Truby, Bryan Cranston, Walton Goggins et même Garret Dillahunt. Il allume sa télé de temps en temps… pour voir un DVD. Sinon, il télécharge, légalement, illégalement, en streaming, en VOD, par tous les moyens.

Pierre Langlais

Les chiffres de cet article sont tirés d’une étude de NPA Conseil pour le 11e Festival de la Fiction TV de la Rochelle, d’après les chiffres de Médiamat/Médiamétrie, chaînes TF1/France 2/France 3/M6, saison 2008-2009.

Pierre Langlais
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