Les retombées de Fukushima

L'accident de la centrale japonaise remet en cause partout le rôle et la place du nucléaire. Le débat est légitime et inévitable. En France, l'opinion est en droit de demander plus de transparence dans un secteur traditionnellement porté au secret.

Fukushima, le 25 mars 2011. REUTERS/Kyodo

- Fukushima, le 25 mars 2011. REUTERS/Kyodo -

De toute évidence, il y aura un avant et un après Fukushima. Tant il est vrai que la question nucléaire ne peut plus se poser dans les mêmes termes avant ou après les accidents survenus sur cette centrale du nord-est du Japon submergée par la vague du tsunami.

Notons d’abord que les quatre réacteurs de cette centrale ont résisté à un tremblement de terre de magnitude 9, alors qu’ils étaient conçus pour résister à une intensité maximum de 7. En revanche, la digue de protection a été insuffisante car la vague du tsunami a atteint une hauteur qui n’avait manifestement jamais été enregistrée auparavant. Nous ne sommes pas en présence d’un accident proprement dit, mais de la conséquence d’une catastrophe naturelle.

Avant celle-ci, la planète était instamment priée de se convertir, au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, à des énergies non productrices de CO2. Le nucléaire était vu comme l’industrie du futur, en même temps que commençait d’être programmée l’accélération d’équipements en énergies renouvelables. Les premiers à se convertir avaient été les Finlandais, qui avaient accepté par référendum le tournant nucléaire.

Puis l’Allemagne d’Angela Merkel s’apprêtait à prendre le même chemin, après que l’Italie de Berlusconi eut annoncé un plan de construction de centrales. Si on y ajoute la pression qu’exerce la croissance dans les pays dits émergents, et donc leur besoin exponentiel d’énergie, on comprend mieux les prévisions qui étaient, pour un parc mondial actuel de 440 centrales, d’accroître la capacité nucléaire d’un bon tiers dans les 15 à 20 prochaines années.

Coup d'arrêt

Après Fukushima, la peur du nucléaire a refait surface. L’Allemagne, et Angela Merkel elle-même, ont aussitôt décidé de geler le fonctionnement de certaines centrales en activité, tout en annonçant leur ralliement à l’idée d’un renoncement au nucléaire.

L’Italie a proclamé un moratoire d’un an. La Chine elle-même a suspendu son programme d’équipement, en attendant de faire le point sur la sécurité de ses centrales existantes. Il faut se souvenir que, après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, l’Italie avait renoncé à son programme nucléaire. Tandis qu’avec l’accident nucléaire de Three Mile Island, aux Etats-Unis, ces derniers avaient stoppé le renouvellement et l’extension de leur parc de centrales.

En France, le gouvernement a promis l’ouverture d’un débat, précédé par un audit, de tout le parc existant. Dans l’opposition, les écologistes proclamaient la nécessité de «sortir du nucléaire». Certains en ont fait aussitôt une condition de la signature de l’accord de gouvernement avec le Parti socialiste en vue de l’élection présidentielle de 2012.

Garantir la transparence

Pour le moment, l’opinion continue globalement de faire confiance aux scientifiques dans ce domaine, tandis qu’une majorité reste favorable au nucléaire ou n’envisage pas d’en sortir. Le débat devra s’ouvrir malgré tout. L’opinion est en droit de demander une garantie de transparence et de sécurité plus grande dans un domaine où la tradition portait davantage au secret. Les Français attendent la fin de l’épisode japonais pour stabiliser leur représentation et éventuellement reformuler leur jugement.

Face à une opinion sous tension, le gouvernement peut invoquer l’orientation prise à l’occasion du Grenelle de l’environnement: la part prise par les énergies renouvelables sera supérieure à 20% dès 2012, trois ans avant le délai promis. L’opposition, quant à elle, au sein de laquelle socialistes et communistes sont, par tradition, favorables à l’énergie nucléaire, devra arrêter une doctrine qui intègre les retombées de Fukushima.

Jean-Marie Colombani

Chronique également parue sur Emploiparlonsnet

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L'AUTEUR
Jean-Marie Colombani est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste et essayiste, il a été directeur du journal Le Monde de 1994 à 2007. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Un Américain à Paris et J'adopte: journal. Ses articles
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Publié le 02/04/2011
Mis à jour le 02/04/2011 à 9h09
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