France

Nankin, Sarkozy et DSK

Richard Arzt, mis à jour le 03.04.2011 à 9 h 16

La réunion du G20 en Chine rassemblait l'actuel hôte de l'Elysée et son potentiel concurrent socialiste à la présidentielle. Derrière les propositions économiques, leur rivalité.

Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn à l'Elysée le 18 février 2011. REUTERS/Philippe Wojazer

Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn à l'Elysée le 18 février 2011. REUTERS/Philippe Wojazer

Comme tous les gouverneurs de banque centrale, le Chinois Zhou Xiaochuan est réputé pour soigneusement peser la moindre de ses déclarations. Le 31 mars, à Nankin, au début du séminaire du G20 consacré à la réforme du système monétaire international, il lance:

«Nous sommes dans une réunion française!»

Pour la plupart, les hauts dignitaires de la finance mondiale présents voient dans cette phrase un hommage au pays qui préside cette année le G20 et qui a voulu ce moment de réflexion sur la réforme du système monétaire international. Mais certains, au contraire, jugent que le propos indique que la Chine tient à garder ses distances. Dominique Strauss-Kahn semblerait plutôt de cet avis.

Pourquoi Nankin?

En ce début de printemps où l’air reste frais dans cette région de Chine, le directeur du Fond monétaire international fait naturellement partie de la cinquantaine de participants conviés à ce séminaire. Quatorze ministres des Finances, dont l’Américain Timothy Geithner ou l’Allemand Wolfang Schauble, ont fait le voyage. Des gouverneurs de banques centrales sont également là, dont l’Européen Jean-Claude Trichet. Il y a enfin des économistes appartenant à de prestigieuses universités anglo-saxonnes ou asiatiques.

A l’origine, c’est Nicolas Sarkozy qui, en novembre, lors du voyage en France du président Hu Jintao, a obtenu que la Chine accepte sur son territoire une discussion internationale sur les questions monétaires. Sa tenue est incontestablement une première.

Mais pourquoi les dirigeants chinois ont-ils voulu qu’elle ait lieu à Nankin? Ont-ils voulu tenir à distance de Pékin une réunion dans laquelle ils craignaient que leur politique monétaire soit mise en accusation?

Un membre éminent du rapide voyage  en Chine de Nicolas Sarkozy balaie ce genre d’arguments:

«Nankin est une ancienne capitale impériale. De plus, avant le communisme elle a été au cœur du nationalisme chinois. On est là au cœur de la politique chinoise!»

Selon ce point de vue, la réunion ne serait pas d’une telle importance qu’elle doive se passer à Pékin mais le choix «symbolique» de Nankin indiquerait que «ce n’est pas un séminaire comme les autres».

Du côté de Dominique Strauss-Kahn, on constate surtout qu’il n’y a pas de vols internationaux vers Nankin et on laisse entendre qu’il n’est ni commode ni valorisant pour ceux qui sont venus d’un peu partout dans le monde de se retrouver là.

Vers 9h30, Nicolas Sarkozy arrive pour prononcer le discours d’ouverture du séminaire. Celui qui n’a pas eu à faire campagne contre lui en 2007 faute d’avoir remporté les primaires du Parti socialiste est assis parmi d’autres sommités financières.

A la tribune, le chef de l’Etat détaille avec conviction les pistes de réformes qu’il avance depuis des mois. Selon une source française, il a parlé la veille avec le Président Hu Jintao de la possibilité d’internationaliser le yuan. Ce qui l’autorise à suggérer que la monnaie chinoise entre dans un élargissement des droits de tirages spéciaux du FMI. Ces DTS, inventés il y a plus de quarante ans pour servir d’actifs de réserves à côté de l’or et du dollar, sont composés par quatre monnaies: dollar, euro, livre et yen. Selon un calendrier qui reste à fixer, le yuan s’y ajouterait.

Les propositions françaises portent aussi sur la coordination internationale des taux de change et sur la nécessité de contrôler les flux de capitaux afin d’éviter la guerre des monnaies. Nicolas Sarkozy est favorable à une modification des statuts du FMI, notamment pour renforcer sa capacité de surveillance des mouvements de capitaux.

Des propos très proches

Nicolas Sarkozy part ensuite pour Tokyo et le séminaire se poursuit à huis clos. DSK prend la parole avant le déjeuner. Ses auditeurs constatent à quel point ses propos sont proches de ceux du président français.

Le directeur du FMI n’est pas dans une position qui lui permettrait de dire ce qu’il ne confie qu’en confidence et à demi-mots: la réforme monétaire envisagée par la France est peut-être trop générale. Mieux vaudrait sélectionner des objectifs plus précis. 

A 17h30, Christine Lagarde donne une conférence de presse de conclusion où elle proclame au contraire que la France souhaite «faire avancer toutes ses idées de réformes sans nécessairement les faire toutes aboutir». Elle appuie le «magnifique succès de la journée» sur «l’intervention très appréciée du président Sarkozy» et sur «l’audace» de ses propositions.

Dominique Strauss-Kahn a fait savoir dans l’après-midi qu’il annulait sa conférence de presse finale. Sitôt le séminaire terminé, il se dirige vers la sortie. A une journaliste française qui lui demande de répondre en 40 secondes à une seule question, il répond:

«Non! Je n’ai pas 40 secondes à vous consacrer.»

Son entourage explique qu’il doit prendre le train pour aller à Shanghai. Une ville où on trouve des vols internationaux permettant de rentrer à Washington.

DSK semble surtout garder le souvenir de s’être fait piéger au cours du G20 à Paris en février où toute la presse ne cherchait qu’à lui faire dire ses intentions pour 2012.  Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la Banque centrale de Chine, savait de quoi il parlait en disant que ce séminaire de Nankin était une réunion française.

Richard Arzt

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