La France des optimistes
Jean-Hervé Lorenzi a raison: il faut que le pays donne un bon coup de talon au fond de la piscine pour remonter. Mais pour que les Français retrouvent confiance, il reste à rénover d'urgence les outils de l'Etat providence.
- Pendant le Tour de France 2010. REUTERS/Eric Gaillard -
Assez du pessimisme! Assez du déclin! Assez de la déprime nationale! Le temps est venu du sursaut optimiste. Du regard objectif sur les atouts du pays. Du projet. De la confiance. Jean-Hervé Lorenzi, le fondateur et président du Cercle des économistes, vient d'écrire un livre qui claironne ce sursaut en même temps qu'il a créé un site Internet, Tousoptimistes.com. Sa démarche en rencontre d'autres. Un ras-le-bol du pessimisme monte en France. Lorenzi résume:
«Eloignons cette fatalité selon laquelle il nous serait impossible de nous soustraire au destin de l'échec programmé.»
Pour un chroniqueur dont l'une des dernières parutions était titrée «La France dans un état critique», l'offensive est dérangeante. Essayons de faire la part des choses.
Les optimistes ont raison de souligner que la France garde des atouts considérables. Jean-Hervé Lorenzi en liste plusieurs. La natalité d'abord qui remet en cause, au coeur et au ventre, le discours décliniste. Malgré la crise financière, les naissances continuent de croître. L'indicateur de fécondité atteint 2,00 enfants par femme, un niveau jamais atteint depuis la fin du baby-boom, il y a plus de trente-cinq ans. Ensuite, «une soif de savoir» couplée à «une soif de travail».
«Le goût du travail est bien réel mais on le cache derrière un écran idéologique, un mythe, qui consiste à dire que la France est un pays d'assistés.»
La vérité, plus simple, est un «Code du travail
carcan» qui décourage. L'immigration qui «nous oblige à remettre en cause notre modèle de société mais qui
réactive les valeurs auxquelles nous croyons». Le goût du loisir très
développé par nos RTT mais dans lequel il faut voir «un appétit du bonheur, harmonisant vie professionnelle, vie familiale
et partage», autonomie et engagement collectif. Les Français
s'affirment comme sujets d'un «style
de vie» qui leur est propre. Le désir de justice sociale, enfin, qui
reste une valeur très partagée. Voilà des aspects très positifs incontestables
de l'exception française.
S'ajoute un argument fondamental d'un autre type: générationnel. Le discours décliniste est tenu, dit l'optimiste, par une génération de sexagénaires qui trustent les postes et les titres et n'en cèdent rien au prétexte qu'après eux arrivent la fin de la France, la fin de la culture, la fin de l'Europe, la fin des valeurs et la fin des haricots. Ils déblatèrent contre le monde tel qu'il vient dans un réflexe défensif de justification conservatrice.
Les discours pessimistes s'autoconsolident autour d'«une France inactive, sclérosée et dépassée» et interdisent l'éclosion d'«une France active, jeune et innovante». Ils brisent «la confiance» dans l'oeuf. Pour «y croire» la France a besoin de l'inverse, d'optimisme appuyé sur un projet. «Les contours» sont: la cohésion sociale, un contrat de travail unique, une fiscalité du travail très allégée, un investissement de 150 milliards d'euros dans les secteurs porteurs d'emplois et le retour du goût du risque.
Au bout du livre, on adhère volontiers à la thèse. Oui, la France déprimée doit donner le coup de talon au fond de la piscine qui la fera remonter à l'air libre. Ce coup de talon est d'abord psychologique, il doit venir du discours des élites. Mais est-ce si facile? Le président du Cercle des économistes ne traite pas, curieusement mais volontairement, des raisons macroéconomiques (compétitivité, déficits) qui motivent l'inquiétude des pessimistes. Il y aurait beaucoup à dire car les fondamentaux de la France sont alarmants. Mais restons dans le champ des mentalités choisi par l'auteur.
L'idée du livre est que le modèle français n'est pas menacé, sauf par la perte de la foi en lui. C'est là que tout se joue, car c'est vrai en profondeur: la France restera un pays de justice sociale forte. Mais ce qui est démoli par la mondialisation, ce sont les outils de sauvegarde de ce modèle. La solidarité est tuée par un marché dual du travail avec les in et les out (les jeunes). L'élitisme républicain est tué par une école en échec. L'innovation est tuée par l'égalitarisme des chercheurs. La classe moyenne est tuée par l'atrophie de l'industrie. Le regain de confiance en l'avenir passe par la rénovation urgente et complète de ces outils de l'Etat providence. Le désarroi des Français vient de cette confusion entre le but et les moyens. Elle est entretenue non par les discours des clercs mais par ceux, obscurs et hypocrites, des politiques.
Eric Le Boucher
Chronique également parue dans Les Echos
Mis à jour le 02/04/2011 à 9h06














































Cette époque est terminée. La société qui autrefois fournissait à tous un minimum, ne le fait plus ou elle le fait mal. Elle le fait en humiliant, elle fige dans la peur de perdre ce que l'on a, ce que l'on est.
Pour pouvoir aller de l'avant, et vivre dans la confiance du lendemain, il me semble que la solution simple est le revenu citoyen, proposé désormais même à droite par Dominique de Villepin. Un impôt négatif et mensualisé pour tous et remplaçant les systèmes d'assistance divers et les allocations de chômage. En échange, un engagement moral à être utile à la société, à se former, à pratiquer les arts, etc.
La seule assistance qui resterait pourrait être une mise sous tutelle de tout ou partie de ce revenu citoyen, pour ceux qui seraient incapables de gérer cet argent et de respecter leur engagement moral.
Et les entreprises pourraient désormais embaucher à des salaires compétitifs par rapport aux pays émergents.
Comment payer tout ça ? TVA sociale, par exemple. Cette TVA élèverait une barrière protectionniste puisqu'elle augmenterait le prix des produits importés alors que les produits locaux, bénéficiant d'un coût de main d'oeuvre abaissé, pourraient rester stables.
Bref il faut repenser le modèle et se rappeler que l'économie c'est avant tout de la psychologie permettant d'établir un climat de confiance.
La télévision publique ("Envoyé Spécial") vient justement de nous montrer ces centaines de milliers de jeunes adultes qui sont ceux qui font réellement fonctionner des entreprises telles que : agence de publicité ou grand magasin de vêtements, en tant que "stagiaires", payés entre zéro et 400 euros par mois. Ils ne sont jamais engagés en fin de stage et n'ayant pas d'autre choix que rester enfermés dans ce nouveau goulag tricolore,ils s'inscrivent comme étudiants fictifs (en langue serbo-croate) dans des universités complices du système. Voilà la France d'aujourd'hui telle qu'elle est, et vraiment, il faut reconnaitre que ces veinards sont des assistés ! Pudiquement, Mr Le Boucher reconnaît que les jeunes sont "out".
Et la même émission nous montre des français normaux et raisonnables, qui en viennent, avec beaucoup d'hésitation et de remords, à ne plus voter pour les partis "officiels"...
Quant à l'article en lui-même , la Joie de Vivre devra sans doute être retrouvée ailleurs que dans les indicateurs économiques et dans d'autres concepts subjectifs que le bonheur, notion on ne peut plus socialisante . La définition du bonheur étant suceptible de trouver des milliers de qualificatifs selon l'individu et le lieu de son habitat . Nous avons perdu en quelques siècles notre rapport à l'Univers et à nous-mêmes .
Alors que faire? Je prône de suivre les solutions exprimées dans un livre lumineux "La société de défiance", dont un des auteurs principaux est Pierre Cahuc. Ce livre postule que nous vibvons dans un système opaque, et que cette opacité est une création volontaire issue de corporatismes afin de perpétrer des abus sans que cela soit -trop- visible. Il faut donc un système qui soit au contraire système simple, lisible et équitable, et dont les piliers seraient: un seul régime de retraite pour tous (hors cas exceptionnel comme une pénibilité physique particulière). un seul impôt, à la source et progressif en fonction du revenu, et payé par tous même symboliquement pour les plus modestes. un seul contrat de travail sur le mode CDI/CDD.
Ainsi que l'a dit justement Jacques Marseille, la France est sans cesse en guerre entre 2 factions, celle des travailleurs et celle de ceux qui essaient surtout de vivre du travail d'autrui. C'est cette dernière qui règne depuis le début des seventies et nous mène au bord du gouffre, mais les entrepreneurs (au sens philosophique du terme) de ce pays sont demeurés nombreux et combatifs, et j'espère que le souffle optimiste qui passe en ce moment les portera encore plus avant.
En France au contraire le code du travail est flexible et ouvert jusqu'à l'obscène.
CDD, intérim, alternances, stages non rémunérés, emplois aidés, contrats saisonniers, heures supplémentaires détaxées, immigration choisie, directive Bolkestein... L'employeur qui ne veut pas s'engager n'a que l'embarras du choix pour trouver de la main-d'œuvre bon marché.
Cessons de vider le code du travail des dernières maigres garanties qu'il offre à quelques bénéficiaires de moins en moins nombreux, et intéressons nous plutôt au code du commerce et à celui de l'urbanisme : c'est là qu'on trouvera les vrais carcans qui étouffent l'économie, brident la consommation, bloquent l'activité et l'emploi.
Pourquoi les libéraux ne dénoncent ils donc jamais les vrais rigidités qui ligotent notre économie ? Parce qu'elles ont été édictées pour protéger non pas les travailleurs en place, mais les patrons en place, non pas les jeunes entrepreneurs, mais les vieux rentiers.
La droite française n'a pas d'idée, uniquement des intérêts, disait François Mitterrand.
"une génération de sexagénaires qui trustent les postes et les titres et n'en cèdent rien au prétexte qu'après eux arrivent la fin de la France, la fin de la culture, la fin de l'Europe, la fin des valeurs et la fin des haricots. Ils déblatèrent contre le monde tel qu'il vient dans un réflexe défensif de justification conservatrice"
Rien n'est plus éloigné de la vérité !
Les sexagénaires restent vissés à leurs sièges parce qu'on leur a volé leurs retraites. C'est contraints et forcés qu'ils bloquent les emplois qu'ils occupent, ils n'éprouvent aucun plaisir à travailler jusqu'à 67 ans pendant que leurs enfants crèvent la bouche ouverte en attendant que les places se libèrent enfin.
Le "contrat de travail unique" une bonne idée pour redonner confiance et optimisme aux français ? A condition que ce soit un CDI !
Mais j'avais cru comprendre qu'au contraire les partisans du contrat de travail unique pensent plutôt à un CDD. Exactement ce qu'il faut pour déprimer, écœurer et désespérer encore un peu plus nos compatriotes.
"un investissement de 150 milliards d'euros dans les secteurs porteurs d'emplois"
Facile, et on peut faire même beaucoup mieux.
Il suffit d'abolir les normes d'urbanisme malthusiennes qui interdisent la construction des centaines de milliers de logements (probablement un million au bas mot) dont le peuple français a absolument besoin pour retrouver foi en l'avenir.
"la France restera un pays de justice sociale forte."
Elle ne l'a jamais été, et aujourd'hui moins que jamais.
"L'élitisme républicain est tué par une école en échec"
Il y avait pourtant tellement de reproches justifiés à faire à notre système scolaire et universitaire...Mais là vraiment, non, ce n'est pas la faute de l'école ni de l'université s'il n'y a pas de boulot à la sortie.
"L'innovation est tuée par l'égalitarisme des chercheurs."
Ah bon, c'est pour satisfaire leur morale égalitariste qu'on les recrute en CDD et qu'on les paie au lance-pierre ?
Mais alors comment expliquer qu'ils sont si nombreux à s'exiler aux USA, par exemple ?
"Le regain de confiance en l'avenir passe par la rénovation urgente et complète de ces outils de l'Etat providence"
Le welfare state (Wohlfahrtstaat en allemand, Välfärdsstaten en suédois...) n'est rien de plus que l'état qui traite le bien-être des citoyens comme une affaire qui le concerne.
Le choix de traduire si improprement cette expression par "Etat providence" illustre bien la malhonnêteté foncière des élites françaises, et révèle tout le mépris qu'elles éprouvent envers le peuple.
C'est plus gros encore que la traduction, tout aussi malhonnête, de l'anglais "affirmative action", qui n'est pas un oxymore, par l'oxymore "discrimination positive"
Ceux qui ont traduit "welfare state" par "Etat providence" n'ont jamais eu une once d'honnêteté, ni la moindre intention de donner au peuple de France les mêmes droits qu'en Suède, au Danemark, ou en Angleterre avant Thatcher.
Et de fait, ils se sont attaqués au démantèlement de notre système social dés les années 1980, alors qu'il était encore largement inachevé.
Plutôt que de rester dans le dogme politique (la gauche est gentille, ma droite fondée sur l'exploitation la plus basse de l'homme) entretenu par certains médias qui vivent sur ces peurs, posons nous plutôt au moins les bonnes questions.
Pourquoi notre système éducatif, premier budget de l"état, auquel on consacre un point de plus de PIB que la Finlande, est-il aussi inadapté aux besoins.
Pourquoi la sécurité sociale perd t-elle 25 ou milliards d'€uro par ans?
....
Nous ne serons surement tous jamais d'accord sur les solutions à prodiguer, mais une société qui se refuse à regarder certaines vérité en face est une société qui court à sa perte.
N'oublions pas la maxime sur parquait la fin du film la Haine:
c'est un gars qui tombe d'un building et à chaque étage il se dit, l'important ce n'est pas la chute mais l'atterrissage. (cité approximativement de mémoire).
Ps: je ne suis pas un dangereux libéral, mais un homme qui tient au social et ce qu'il soit de gauche ou de droite.
Pps: même si les solutions de Mr le boucher me paraissent parfois assez radicale, il a pour qualité de poser des problématiques pour lesquelles je diverge également sur leurs origines.