France

Le problème Buisson

Thomas Legrand, mis à jour le 31.03.2011 à 12 h 35

Si Nicolas Sarkozy continue de mettre en oeuvre les idées de son extrême droitier conseiller, Marine Le Pen n'aura aucun mal à être au second tour de l'élection présidentielle.

Nicolas Sarkozy le 31 mars 2011 à Nankin. REUTERS/Aly Song

Nicolas Sarkozy le 31 mars 2011 à Nankin. REUTERS/Aly Song

Le débat sur la laïcité plombe l'UMP. Face à ce naufrage stratégique, idéologique, caractérisé par la parution dans La Croix d’une tribune œcuménique et ravageuse des responsables de l’ensemble des cultes de France pour dénoncer l’agitation permanente autour des thèmes identitaires, face, donc, à cette récrimination généralisée (puisque même le Premier ministre refuse de se rendre au débat organisé par l’UMP), Jean-François Copé tente de justifier le bien-fondé de son initiative en la redéfinissant.

Il le fait dans une interview au Figaro ce jeudi matin et surtout, dans une «lettre à un ami musulman» publiée dans L’Express. Copé écope à la petite cuillère la barque qu’il a lui-même (avec le Président) précipitée sur le récif de la laïcité. Le député-maire de Meaux qui, c’est vrai, a longtemps milité, par exemple pour développer l’apprentissage de l’arabe à l’école pour les élèves issus de l’immigration maghrébine, s’intéresse vraiment et depuis longtemps à la question de l’intégration.

Dans cette lettre, donc, Jean-François Copé explique que son idée de débattre sur la laïcité a en fait pour but de montrer que la communauté musulmane n’est pas une menace. Le débat a pour but de faire la peau aux caricatures en cours sur les musulmans.

En fait, on a mal compris l’intention de l’Elysée et de l’UMP, ou pire, on a été malveillant et l’on a volontairement déformé. Le texte fini ainsi:

« Vous le voyez, les mots que j'emploie, l'objectif que je poursuis sont empreints de paix et de respect, à mille lieues des procès d'intention que l'on nous fait

Cette tentative de rattrapage a-t-elle une chance de convaincre? Ça va être compliqué. L’incompréhension, la colère, même, que ce débat a suscitée, à gauche, à droite, chez les agnostiques et les athées, la rose, le réséda, les tenants de la réincarnation et de Krishna, vient de cette pénible impression d’instrumentalisation des questions identitaires.

Dire: «Parlons de la laïcité pour alléger le fardeau qui pèse sur les musulmans» va être dur à faire avaler, parce qu’il y a la petite musique de Claude Guéant en bruit de fond.

Et parce que justement, au même moment, voilà que Patrick Buisson, l’extrême droitier conseiller de Nicolas Sarkozy, celui qui a eu cette géniale idée de lancer ces débats, s’exprime dans Paris Match. Et il dit l’exact contraire de ce que dit Jean-François Copé dans L’Express.

Quand Copé écope avec sa cuillère à dessert, Buisson verse de l’eau dans la barque à grand coup de louche de cantinière.

Il propose une réforme de la laïcité: «un nouveau code de la laïcité». Lequel? Il ne le précise pas, mais si on veut se faire une petite idée, plus loin, il confie que les Français «sont attachés à leurs traditions à leur clocher [sic] et leurs usines». Une affirmation qui répond au fait que Martine Aubry ait préfacé un livre intitulé Pour un changement de civilisation.

En pointillé, Buisson dessine une pensée de la «vraie France», populaire, chrétienne, celle des clochers et des usines qui s’opposerait à celles des bobos apatrides, sans tradition. Buisson dit par exemple de Dominique Strauss-Kahn que son «long séjour à Washington a fait de lui un Américain».

Résumons: Aubry n’aime pas la tradition française et DSK est un étranger. Si Patrick Buisson reste encore à l’Elysée, si Nicolas Sarkozy décide de garder ce stratège progressiste version années 1930 pour irriguer la campagne de 2012 de ses analyses si proches du peuple, Marine Le Pen peut déjà faire chauffer la colle de ses affiches pour le deuxième tour.

Thomas Legrand

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