Culture

Comédies romantiques: pas d'amour sans relooking

Jonathan Schel, mis à jour le 11.04.2011 à 16 h 23

Combien de temps les héroïnes de comédie romantique vont-elles encore devoir gagner le droit à l’amour par leur sens du look?

Au début du Mytho (sorti le 23 mars), Jennifer Aniston joue une fille ordinaire. Par quel prodige, direz-vous, alors qu’avec sa peau soigneusement bronzée, son regard azur et son corps sculpté par le Pilates, l’ex-femme de Brad Pitt a tout de la pin-up hollywoodienne?

C’est tout simple: elle porte des lunettes et les cheveux attachés. Stratagème qui ne la rend nullement moins séduisante mais envoie le message subtil au spectateur qu’elle est à ce moment-là du film un vilain petit canard. Et puis arrive le moment-clef, cette scène que vous avez vue mille fois, celle où le laideron –jusqu’alors négligé par l’homme de ses rêves (qui lui est secrètement destiné à la fois par l’intrigue et par la loi ancestrale selon laquelle les deux stars du film doivent finir ensemble)– révèle sa beauté grâce à un relooking express.

Les cheveux dénoués et savamment brushés, moulée dans une robe de créateur, la voici qui révèle au spectateur et au héros qu’elle est, en fait, désirable. Qu’importe si son prince charmant (joué par Adam Sandler qui n’a rien d’un canon) reste parfaitement identique du début à la fin du film: ces histoires de métamorphose  en joli cygne blanc ne le concernent pas, être le mâle de cette histoire suffit largement à l’occuper.

On s’en veut de récriminer contre ce cliché hollywoodien car son créateur, Billy Wilder, est un auguste personnage, et un grand cinéaste. Mais avouons que dans Sabrina (1954), il est bien difficile de croire que la sublime Audrey Hepburn n’attire l’attention d’Humphrey Bogart et de William Holden qu’une fois rhabillée de pied en cap par Givenchy…

Plus tard, le manège se répète dans My Fair Lady (1964) de Cukor, où la même Audrey Hepburn, son visage parfait vaguement enduit de suie, est censée être repoussante. Le professeur joué par Rex Harrison attend pour être séduit le moment où elle s’habille pour une soirée mondaine.

Dans Pretty Woman (1990), qui cherchait à faire de Julia Roberts la nouvelle Audrey Hepburn, Garry Marshall reprend le concept: une prostituée en cuissardes devient suffisamment élégante pour que Richard Gere puisse se permettre d’en tomber amoureux…

Et encore récemment, l’héroïne du Diable s’habille en Prada (2006) débarquait en vilain petit canard du milieu ultra exigeant de la mode pour finir en créature de rêve, parfaitement à l’aise sur des talons de quinze centimètres.

Bien sûr, cette histoire de vilain petit canard vient en droite ligne des contes de fées. C’est Cendrillon (dont s’inspire d’ailleurs Sabrina), quantité négligeable dans son foyer mais étoile inoubliable le temps d’un bal. Ou encore Peau d’Ane, magnifiée par une robe couleur du soleil. Les héroïnes de Grimm et Perrault gagnent l’amour d’un prince exactement comme leurs petites sœurs hollywoodiennes: en se parant de leurs plus beaux atours.

Et c’est là, justement, que le bât blesse: combien de temps les héroïnes de comédie romantique vont-elles encore devoir gagner le droit à l’amour par leur sens du look? A voir Le Mytho on craint fort que la tendance n’ait encore de beaux jours devant elle.

Jonathan Schel

Photo: Jennifer Aniston relookée dans Le Mytho

Jonathan Schel
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