Libye: mourir pour Benghazi ou pour Sarkozy?
Le président français a-t-il encouragé une intervention en Libye pour augmenter ses chances d'être réélu? L'analyse d'une journaliste américaine.
- Char des forces de Kadhafi détruit et «pris d'assaut» par des rebelles libyens, le 27 mars. REUTERS/Suhaib Salem -
Le Parti socialiste français a triomphé lors des élections cantonales du week-end dernier. Les rebelles libyens ont triomphé à Brega et à Ras Lanouf. En France, les regards se tournent aujourd’hui vers l'élection présidentielle de 2012. En Libye, les rebelles se tournent vers Tripoli. Vous pensez peut-être que ces événements ne sont pas liés. Mais évidemment, ils le sont.
Nous, les Américains, avons une longue tradition de guerres déclarées à la veille de campagnes électorales: Hollywood a même tourné ce concept en dérision dans Des hommes d'influence, un film avec Robert De Niro en consultant politique couvrant un scandale sexuel présidentiel et gagnant une élection grâce à une fausse offensive lancée contre l'Albanie. Dans cette suite, à la française et dans la vraie vie, il n'y a aucun scandale sexuel.
Le président français, Nicolas Sarkozy, a perdu de sa popularité à cause de la corruption de son gouvernement, parce que l'économie française est plus faible qu'elle ne devrait l'être, parce qu'il a, avec son ex-ministre des affaires Étrangères, choisi le mauvais camp en Tunisie, et parce qu’il est versatile et imprévisible. Il n'y a pas non plus de fausse guerre. La zone d'exclusion aérienne en Libye est bien réelle, tout comme le sont les bombardements censés aider les rebelles libyens.
Pop philosophe
Il n'y pas non plus de consultant sournois tapi en coulisses. Au contraire.* L'homme qui a présenté Sarkozy aux rebelles de Benghazi n'est autre que Bernard-Henri Lévy, un pop philosophe si français que je n'arrive pas à trouver d'équivalent américain. Nous n'avons tout simplement pas de philosophes aux chemises constamment déboutonnées, mariés à de blondes actrices, et qui s'engagent, avec enthousiasme, pour des guerres, que ce soit au Bangladesh, en Angola, au Rwanda, en Bosnie, et au-delà. En soutenant le plaidoyer romantique de Lévy pour une intervention humanitaire – une décision qui a même surpris son propre ministre des Affaires Étrangères – Sarkozy semble croire qu'il profitera un peu de l'aura glamour du philosophe.
Sarkozy espère clairement que l'aventure libyenne le rendra populaire, lui aussi. Personne ne s'en étonne, apparemment. Lors d'une conférence à Bruxelles, ce week-end, j'ai vu un participant français s'enorgueillir du rôle instigateur de la France dans les opérations aériennes libyennes. Une minute plus tard, il admettait de bon cœur que cette guerre était un subterfuge œuvrant pour la réélection de Sarkozy. Les deux sentiments – la fierté du leadership français et le cynisme sur les véritables motivations de Sarkozy – n'étaient pas, visiblement, antithétiques.
L'explosion des alliances
Certains éléments de cette histoire sont familiers. La France envie depuis longtemps non seulement le leadership américain dans le monde, mais son statut de démocratie en chef: les Français considèrent être autant liés que nous à l'invention de la liberté*, de l'égalité* et de la fraternité*, et ils veulent, aussi, s'en voir attribuer les mérites.
Mais l'obstination de ce président à prendre des risques pour jouer un rôle – n'importe quel rôle, quel qu’en soit le prix – pour la gloire de la France, et la sienne propre, est sans précédent. Charles de Gaulle avait tenu tête à l'Otan à une époque où la France était protégée par le parapluie nucléaire américain. L'enthousiasme de Sarkozy pour une guerre dont il ne peut prévoir les conséquences arrive à un moment où l'Otan est divisé, et ou l'Union européenne – depuis sa création la pièce maîtresse de la politique étrangère de la France – n'a jamais été aussi faible.
Dans l’intérêt de ce qui reste de solidarité au sein de la coalition, aucun membre de l'Otan n'a opposé son veto à l'opération en Libye, sous l'impulsion du Président Obama. Mais l'Allemagne et la Turquie – deux piliers historiques de la coalition – l'ont combattue publiquement, et avec véhémence. D'autres fulminent en silence. Selon une source de première main, Sarkozy, en personne, n'a accepté de mettre ces opérations sous commandement de l'Otan que parce que la Maison Blanche a menacé de s'en désinvestir totalement. Il aurait apparemment pensé que l'armée américaine allait continuer à soutenir une intervention qu'il commandait.
Jouer avec le feu
L'Union européenne s'en sort d'une manière encore plus pitoyable. En effet, si le premier objectif de Sarkozy était de démontrer l'incohérence et la faiblesse de la politique étrangère européenne, il n'aurait pas pu faire mieux. Le «ministre des Affaires Étrangères» européenn, Catherine Ashton, a été évincée de Libye. Les institutions européennes n'y ont joué aucun rôle.
Comme l'a parfaitement dit une tribune du Monde: le dossier libyen «démontre l'immaturité de la politique européenne de sécurité et de défense: indigence du débat politique et inadaptation des cadres de planification et d'intervention». Personne n'imagine l'Europe sortir renforcée de ce dossier, même si le président français y arrive.
Napoléon –l'ancêtre de Sarkozy à bien des égards– avait dit que la «chance» était la qualité la plus importante d'un général, et Sarkozy sera peut-être en veine en Libye. Les rebelles pourraient gagner. Il pourrait restaurer sa popularité. Les résultats des élections cantonales de ce week-end ne pointent pas dans cette direction –non seulement les socialistes l'ont emporté, le Front national, anti-européen et anti-immigration, s'en est très bien sorti–, mais le président pourrait aussi continuer à jouer avec le feu. Là où il en est, c'est quitte ou double.
Anne Applebaum
Traduit par Peggy Sastre
* en français dans le texte
Mis à jour le 30/03/2011 à 12h56















































voila 8 ans ils ont dépensé des milliards de dollars perdu plus de 4000 hommes et femmes et des dizaines de milliers blessés dans une guerre impopulaire dans le monde arabe en grande partie par l'intransigeance française de ne pas cautionner l'invasion de l'Irak par bush 2 et ça ça en met gros sur la patate n 'est ce pas ? je peux les comprendre.
khadafi a fait détruire un 747 à lockerbie , entrainait dans ses camps libyens des centaines de terroristes, combattu le satan américain sur tous les continents mais en fait les américains s'en accommodaient à cause du pétrole et des compagnies américaines pétrolières qui y travaillent et un massacre de plus ou de moins n'a jamais changé la face du monde
l'effet seconde guerre mondiale et libérateur il a bien vécu depuis on a vu les usa essayait d'imposer leur hégémonie à travers la planète n'hésitant pas à déclencher des guerres meurtrières (Vietnam , Irak) contre le communisme et se rendre impopulaire dans la plupart des pays européens du "vieux continent" . peut être vieux mais malgré tout solide comme un roc jusqu'à présent .
Ils ont tout fait et le font encore pour saper tout projet d'hégémonie militaire européen en clamant officiellement le contraire , le fait de voir français et britannique main dans la main faire une action militaire avec l'aide de quelques autres pays européens les agacent manifestement .
dans cette affaire de réélection celui qui a le plus à perdre c'est bien Obama qui a peur d'un nouvel Irak dont il se remettrait pas et c'est bien pour cela qu'Obama a perdu le temps qui aurait pu faire basculer rapidement la révolution libyenne : aujourd'hui son indécision et sa mauvaise volonté fait que la situation tourne à une guerre civile longue et incertaine .
Outre la position sûrement un peu justifiée sur les raisons qu'a eu Sarkozy, c'est vrai que ce rôle "d'inventeur" nous est totalement abusivement attribué... Ce n'est pas nous qui avons poussé dans cette direction l'occident et les U.S.A de par l'intervention de et le soutien constant de nos philosophes et hommes de lettre (y compris dans la rédaction de la sacro sainte constitution U.S.
Ridicule.
Reconnaître le Conseil National Libyen "C.N.T" est une chose, mais accorder une nouvelle virginité politique à des hommes au passé sulfureux et fidèles de KADHAFI jusqu'à une date récente : voilà ce que le génie n’a pas réussi, mais notre SARKOZY et ces politiques, si.
Je les cite et la liste n'est pas exhaustive :
Moustapha ABDELJALIL : Le président de ce conseil n'est autre que l'ex-ministre de la Justice libyenne. C'était le président de la cour d'appel de Tripoli qui, à deux reprises, avait confirmé la peine de mort des infirmières bulgares. Un fidèle parmi les fidèles qui, en récompense de son intransigeance dans ce procès, fut nommé ministre de la Justice en 2007.
Idris LAGA : le coordinateur militaire du C.N.T n'est autre que l'ex- président de l'Association des parents d'enfants infectés, très active pendant toute l'affaire des infirmières bulgares. Très proche de KADHAFI, il avait fait monter les surenchères en instrumentalisant la douleur des victimes.
Moussa KOUSSA : le tout récent ex-ministre des Affaires étrangères de KADHAFI. Il ne va pas tarder à rejoindre la rébellion alors même qu’il a été expulsé en 1980 de Londres (là où sa carrière sur la scène internationale a commencé quelque 30 ans plus tôt comme ambassadeur), sur ordre du gouvernement britannique parce qu'il ne cachait pas ses intentions de régler leur compte à deux opposants au régime du colonel KADHAFI.
Le général Abdel-Fattah YOUNIS est devenu la coqueluche des Occidentaux - le Quai d'Orsay relate sur son site une conversation téléphonique entre lui et Alain JUPPÉ le 5 mars 2011 - qui espèrent que son ralliement permettra aux insurgés de reprendre du poil de la bête sur le terrain militaire. Ils oublient ce que ses hommes, sur ses ordres, avaient infligé comme mauvais traitements aux infirmières - viols, électrochocs et morsures de chiens notamment – pour leur faire avouer des crimes qu'elles affirmaient n'avoir jamais commis.
Et la liste ne s'arrête pas là. Ces opportunistes, ayant vu ce que la rue à pu faire en Tunisie et en Égypte ont été prompts à retourner leur veste (avec la bénédiction de ces "démocrates occidentaux"). Le peuple tunisien a exigé et obtenu que tous les collaborateurs de l'ancien régime soient écartés de la sphère des politiques qui dirigeront désormais la nouvelle République. Le peuple égyptien a émis les mêmes revendications et a pu en obtenir certaines.
Les suscités qualifiés de paria hier par ceux-là mêmes qui les serrent dans leurs bras aujourd'hui, vont se retrouver aux commandes de ce pays : La Libye. On se demande bien dans l'intérêt de qui ? Du peuple libyen ? Leur propre intérêt ?... Ou bien celui de ceux qui leur accordent cette nouvelle virginité ?...
Certains des démocrates occidentaux n'hésitent pas à affirmer qu'ils préfèrent à la limite un régime islamiste extrémiste/radical en Libye à celui de KADHAFI. Nick CLEGG, le chef du parti Libéral Démocrate britannique, occupe la fonction de vice premier ministre au service de Sa Majesté la reine Élizabeth II. Il est donc ce qu’on appelle "une grosse pointure" de la coalition au pouvoir à Londres. Il vient de dire à l’occasion d’un discours prononcé à Mexico (29 mars 2011) où il se trouve en visite officielle, que le résultat de l’agression militaire contre la Libye à laquelle participe son gouvernement pourrait bien se terminer par l’instauration de ce qu’il appelle un régime islamiste radical en cas d’éviction du colonel KADHAFI. Il laisse, par ailleurs, sous-entendre qu'il préfèrerait un régime comme celui que les Américains ont mis en place en Irak. Nick Clegg dit également dans son discours : «Ce n’est pas à nous de choisir le gouvernement libyen ni même le système de gouvernement en Libye» mais il continue à penser quand même qu’il revient à la Grande-Bretagne et à ses alliés de sommer KADHAFI de quitter le pouvoir dans son pays. D'où la perpétuelle question : Dans l'intérêt de qui ?
Lotfi AGOUN http://lotfi-agoun.blogspot.com/