France

PS: des amis, désamour, des emmerdes

Bastien Bonnefous, mis à jour le 29.03.2011 à 12 h 49

Primaires, alliances et défiance populaire... l'avenir est loin d'être rose pour le PS malgré sa victoire aux cantonales.

Jean-Luc Melenchon, Cécile Duflot, Martine Aubry et Pierre Laurent, lors d'une manifestation contre la réforme des retraites en septembre 2010. REUTERS/Charles Platiau

Jean-Luc Melenchon, Cécile Duflot, Martine Aubry et Pierre Laurent, lors d'une manifestation contre la réforme des retraites en septembre 2010. REUTERS/Charles Platiau

«Ce soir, tout commence», a commenté Martine Aubry dimanche soir à l'issue du second tour des élections cantonales. C'est vrai, tout commence pour le PS, notamment les ennuis. Certes, le Parti socialiste, champion français des élections intermédiaires, est devenu le premier parti du pays, mais ses résultats –trois  départements remportés (Mayotte, Jura et Pyrénées-Atlantiques) et trois autres en passe de l'être (Loire, Savoie et Réunion) le 31 mars via des accords locaux lors de l'installation des exécutifs départementaux– sont loin de la vague rose espérée rue de Solférino.

Certes, le PS s'en sort bien à gauche (près de 36% des voix) comparé à la déroute de l'UMP à droite (18%), mais avec une abstention chronique de près de la moitié des inscrits et une extrême droite qui a embrassé les 40% partout où elle s'est maintenue, le parti de Martine Aubry peine toujours autant à convaincre l'électorat populaire.

A quatorze mois de l'élection présidentielle, si l'UMP va mal, cela ne signifie pas pour autant que le PS va bien. Pas de triomphalisme donc; au contraire de la «responsabilité » et la reconnaissance, à l'image de Benoît Hamon, porte-parole du PS, du caractère «exigeant» du vote pour la gauche.

La fin de l'hégémonie

D'abord, les résultats de dimanche soir montrent à nouveau que les socialistes ne sont plus hégémoniques à gauche. Après les régionales de 2010, les écolos d'Europe Ecologie-Les Verts ont confirmé leur ancrage local, avec 32 élus supplémentaires sur un total de 49. Désormais, EELV est selon sa secrétaire nationale Cécile Duflot, une force politique «affirmée». Finie la caution verte d'un PS trop rose, place au recours.

Message reçu cinq sur cinq par la rue de Solférino. «Notre objectif n'est pas de mettre au pas la gauche», a prudemment expliqué Benoît Hamon lundi matin, souhaitant toujours élaborer avec les gauches écolo, radicale ou communiste, un «programme de travail» pour un gouvernement d'union en cas de victoire à la présidentielle. Reste qu'EELV, boosté par les urnes, va vendre cher son éventuelle alliance en vue notamment de la création d'un groupe parlementaire socialistes-écologistes après les élections législatives de juin 2012. Et les divergences récentes, par exemple sur la question du nucléaire, donne une idée de la difficulté des futures négociations entre les différentes formations.

Par ailleurs, à la gauche du PS, le Front de Gauche a lui aussi tiré partie du scrutin, avec 118 conseillers généraux dont 115 pour le Parti communiste et 5 pour le Parti de Gauche. En nombre d'élus, le Front de Gauche devient donc mathématiquement «la deuxième force de gauche» derrière le PS.

Un poids d'autant plus handicapant pour les socialistes que les amis de Jean-Luc Mélenchon ne se présentent pas nécessairement comme leurs alliés naturels, mais plutôt comme des concurrents potentiels. Contraint au rassemblement pour gagner en 2012, le PS va avoir fort à faire pour donner des gages à chacun tout en essayant également de rallier des voix centristes opposées à Nicolas Sarkozy. Une équation casse-tête en perspective.

Le désamour populaire

Ensuite, le scrutin cantonal rappelle combien les socialistes peinent depuis la fin du règne de François Mitterrand à redevenir séduisants et crédibles pour les classes populaires. Longtemps, l'adage a voulu qu'un électeur du Front national était «un électeur de gauche qui s'est fait cambrioler deux fois». Désormais, une bonne partie de l'électorat de Marine Le Pen semble être des électeurs de gauche qui se sont fait cambrioler deux fois, mais qui sont également au chômage ou sous contrat précaire, sont ulcérés par le prix de l'énergie (essence, gaz) et de leur caddie de supermarché, et qui ont des enfants eux-mêmes précaires contraints de rester à la maison faute de pouvoir trouver un logement.

Comment convaincre cet électorat populaire et ces classes moyennes inquiètes justement par le risque d'un déclassement? Par le projet, répondent en chœur les éléphants. Mais lequel? Martine Aubry doit le présenter début avril, mais pour l'instant, quid de son contenu? Au contraire, la première secrétaire s'est contentée dimanche soir de phrases-valises, invoquant «un projet ambitieux, cohérent et sérieux» et se réjouissant que «les Français (aient) ouvert la porte du changement»...

Tactique, Benoît Hamon a promis, lui, un projet «clivant» avec la droite, sous-entendu un vrai projet de gauche. Au menu, prouver que «sur le financement de la solidarité, sur les conditions dans lesquelles on se loge, sur les salaires, l'emploi, l'éducation, il y a bien des solutions de gauche». Parmi les pistes évoquées par le porte-parole, l'encadrement des loyers à la relocation ou l'instauration d'une «échelle des salaires dans l'entreprise».

Reste à savoir comment de telles propositions seront reçues par l'aile droite du PS. Déjà, en novembre 2011, le rapport du même Hamon sur «l'égalité réelle» avait été vertement critiqué par les réformistes du parti. Ces derniers avaient torpillé ses idées censées lutter contre les inégalités en matière de santé, éducation et logement, comme un catalogue de promesses non chiffrées et irréalisables.

Le poison des primaires

Faute de pouvoir s'entendre sur une ligne commune, le PS est donc contraint de perpétuer le bal des ego à quelques mois du dépôt des candidatures aux primaires socialistes prévues avant l'été. Un bal ouvert dès la clôture du second tour des cantonales. Lundi, 48 parlementaires socialistes –parmi lesquels Jean Glavany, Marylise Lebranchu ou Alain Vidalies– ont lancé un appel à la première secrétaire afin qu'elle rassemble «tous les socialistes, et au-delà toute la gauche». Même si la missive ne soutient pas explicitement la candidature aux primaires de la maire de Lille, l'essentiel est dit.

Martine Aubry poussée à se présenter, Dominique Strauss-Kahn toujours aussi populaire mais toujours aussi muet, François Hollande sur le point de sauter le pas, ou Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Ségolène Royal déjà candidats à la candidature... la séquence «Primaires» est d'ores et déjà lancée. Avec à venir, son lot de petites phrases, de commentaires socialo-socialistes et de coups bas entre camarades. Pas de quoi faire revenir des électeurs populaires frappés par la crise qui reprochent aux éléphants socialistes de continuellement parler entre eux plutôt que de parler aux Français.     

Bastien Bonnefous

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