France

Les vieux pots de la tactique élyséenne

Thomas Legrand, mis à jour le 28.03.2011 à 18 h 35

En 2007, Nicolas Sarkozy n’était majoritaire que chez les plus de 65 ans. Aujourd'hui, il cherche à reconquérir cet électorat.

REUTERS

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Au lendemain des cantonales, on se demande simplement si le Président a compris que sa stratégie, celle qui consiste à mettre en avant les questions sécuritaires et identitaires, n’est sans doute pas la bonne. On va vite le savoir, dans quelques jours, il y aura des indiscrétions, les visiteurs habituels du président stratège en son palais raconteront si leur hôte est toujours en accord avec l’idée lumineuse de son conseiller Patrick Buisson selon laquelle l’élection présidentielle se gagnera à la droite de la droite.

Cette stratégie se heurte à plusieurs obstacles: le premier, c’est le point fort du FN, la dénonciation, le coup de gueule. Imiter ce parti revient à décrire une réalité en la peignant en noir. «L’immigration incontrôlée amène certains Français à ne plus se sentir chez eux», nous dit Claude Guéant. Le mot important ici, pour les stratèges élyséens, c’est «immigration».

On parle «d’immigration» donc on est dans le vrai, se disent-ils, les électeurs du FN ne pourront que nous en savoir gré! Le problème, c’est que quand on est président de la République ou ministre de l’Intérieur… ou les deux, le mot important de cette phrase n’est pas «immigration» mais «incontrôlée».

Dénoncer l’incontrôlé (quand on est chargé de contrôler), c’est se ranger aux arguments de l’opposition. On obtient donc l’effet inverse de celui qui était escompté… mais surtout, il apparaît maintenant que la stratégie selon laquelle il faut parler de l’immigration, de la sécurité et de l’identité pour plaire aux électeurs du FN pourrait résulter d’une illusion d’optique.

Pourquoi? Parce qu’en 2007, même si ce discours d’autorité parlait aux électeurs habituels de Jean-Marie Le Pen, ce qui a certainement le plus contribué à la victoire de Nicolas Sarkozy n’était pas tant les thématiques que le ton volontariste et l’idée de la «rupture».

Enfin, avec Nicolas Sarkozy, le politique reprenait le pouvoir sur les choses. Aujourd’hui c’est une impression d’incapacité à agir sur le réel qui domine. Cette incapacité détruit tout le sens de la candidature de 2007. Reprendre des thèmes d’autorité quand on n’a pas su prouver qu’on avait vraiment la main sur les manettes … c’est électoralement dévastateur.

Comme Marine Le Pen présente un visage plus avenant que son père, comme le FN est maintenant considéré par une majorité de Français comme un parti banal, on a tendance à penser qu’il génère de l’adhésion. En réalité, le FN reste un objet de protestation. Reprendre ses thèmes, en faire des priorités, reprendre ses mots, c’est protester.

Mais on ne proteste pas quand on est au pouvoir, on agit. Pourquoi donc, dès lors que chacun peut faire ce constat depuis des semaines, l’Elysée s’obstine-t-il dans cette voie? Le vrai pari de la stratégie Buisson/Sarkozy n’est pas tant de reconquérir l’électorat populaire que de reconquérir l’électorat âgé.

Nicolas Sarkozy en 2007 n’était majoritaire que chez les plus de 65 ans. Il se trouve que c’est cette tranche de l’électorat qui traditionnellement se mobilise le plus lors des scrutins.

Voilà le vrai noyau dur du vote Sarkozy, même s’il vaut mieux, pour l’image, dire: «Je m’adresse avant tout aux classes populaires du pays.» Dans les nombreuses enquêtes d’opinion qualitatives dont disposent l’Elysée, il apparaît que les thèmes d’autorité (sécurité, immigration, identité) sont les thèmes favoris de l’électorat âgé.

Le pari du Président, c’est qu’à terme et face à un candidat de gauche, cet électorat fera une nouvelle fois la différence. C’est un pari, qui, on en a eu la confirmation dimanche est, disons… pour le moins hasardeux.

Thomas Legrand

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