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UMP-FN: l'échec du copié-collé

Nicolas Sarkozy en décembre 2010. REUTERS/Philippe Wojazer

Nicolas Sarkozy en décembre 2010. REUTERS/Philippe Wojazer

Quelles leçons tirer des cantonales? Que Marine Le Pen a perdu au second tour, que la stratégie de Nicolas Sarkozy a pour le moment échoué et que le PS, victorieux, va devoir répondre à notre crainte du déclin.

Finies les cantonales, à nous la présidentielle! Les urnes à peine closes, tous les acteurs politiques ont engagé la bataille présidentielle, chacun se préoccupant d’abord de la situation dans son propre camp avant de se tourner vers le pays.

La question est: peut-on tirer des élections cantonales des enseignements qui soient de nature à modifier la stratégie des uns et des autres?

Ecartons d’abord l’argument de l’abstention, qui conduirait à trop relativiser le résultat lui-même. D’une part, parce que trop de conditions étaient réunies pour que la participation ne soit pas massive: les élections, d’ordinaire groupées avec d’autres, ont été, non seulement isolées, mais vidées de leur sens avant même le vote puisqu’il a été dit et redit que les élus des 21 et 28 mars 2011 ne feraient qu’un mandat de 3 ans. Après quoi, les conseillers généraux sont voués à disparaître, réforme territoriale oblige. Une participation plus élevée, j’en suis convaincu, n’aurait pas modifié le sens du message.

L'échec de Nicolas Sarkozy

L’enseignement principal se lit donc dans le résultat lui-même: poussée de l’extrême droite au premier tour; victoire de la gauche au second.

Echec donc de la stratégie de Nicolas Sarkozy visant à créer une forme de porosité entre les électorats de la droite et de l’extrême droite. Si le président reste sur cette stratégie, en toute logique, il sera en difficulté au premier tour et n’empêchera pas la victoire de la gauche au second tour de l’élection présidentielle.

Cette stratégie est sous-tendue par une analyse et par une politique qu’il serait bon de questionner. L’analyse de l’Elysée consiste à dire que la France a glissé à droite et que la droite, aidée par les électeurs de l’extrême droite, est majoritaire dans le pays. La politique est celle qui consiste à croire que le FN poserait les bonnes questions mais apporterait de mauvaises réponses.

Si l’on regarde les résultats du premier comme du second tour des élections cantonales, un constat s’impose: la gauche est à 50% là où le total droite-extrême droite atteint 48%.

La différence se trouve au centre qui était, par la faute il est vrai de la stratégie de François Bayrou, quasiment absent du scrutin.

En outre, la consigne du «ni, ni» délivrée par le président de la République –ni alliance avec le FN, ni désistement pour la gauche– n’a pas été suivie par une part non négligeable de l’électorat de droite qui a préféré faire barrage à l’extrême droite. Comment expliquer autrement l’échec au deuxième tour du Front national?

Ici, petite parenthèse: la plupart des journaux, comme des radios et des télévisions, font de Marine Le Pen le personnage central du scrutin. Cette dernière bénéficie d’ailleurs d’un formidable «emballement» médiatique à son profit, alors que les téléspectateurs de LCI ont pu voir son vrai visage dans une altercation verbale d’une rare violence avec Jean-François Copé.

 

Mais surtout, autant la leader du FN pouvait se prévaloir de la poussée de son mouvement au premier tour, autant elle a échoué au second.

Les cantonales, c’était un peu plus de 2.000 sièges en jeu. Résultat pour le FN: 2 sièges gagnés! C’est donc qu’une majorité de Français continue de considérer le FN comme un parti protestataire et qu’elle n’envisage pas de lui confier des responsabilités, fut-ce la plus modeste, celle que peut exercer un conseiller général. Et les figures les plus tonitruantes du FN, version Marine Le Pen, notamment son compagnon Louis Aliot, ont été écartées.

Comme l’avait dit Bernard Tapie dans un entretien au journal La Provence: «Voter FN, ça ne sert à rien!» Deux cantons gagnés, c’est beaucoup moins significatif que lorsque le FN emportait les mairies de Toulon, Orange ou Vitrolles.

Fin de la parenthèse.

Quelle stratégie?

Partant donc de l’idée, à mes yeux discutable, que la France aurait glissé vers la droite de la droite, Nicolas Sarkozy en a tiré comme conclusion qu’il lui fallait récupérer les thèmes du FN et ne pas leur en laisser le monopole. D’où le discours de Grenoble; d’où les petites phrases de Claude Guéant; d’où le débat sur l’identité nationale précédant celui sur la laïcité qui cache, en fait, ce qu’une bonne partie des musulmans de France considère comme une stigmatisation.

La logique derrière tout cela avait été, en son temps, énoncée par Laurent Fabius: le FN poserait les bonnes questions.

Logique éminemment dangereuse car, si elle pose les bonnes questions, Marine Le Pen nous expliquera qu’elle est seule à même de nous apporter les bonnes réponses. C’est la trop fameuse dialectique entre l’«original» et la «copie».

Donc, en bonne logique, cela donne: Marine Le Pen démarre en dénonçant les prières dans la rue; s’en suit un débat sur l’islam.

Mais son fonds de commerce est aussi constitué de trois thèmes: le rétablissement de la peine de mort, l’abandon de l’euro et du libre-échange. La logique serait donc que Nicolas Sarkozy relance une escalade sécuritaire, s’interroge sur l’euro, alors qu’il a bataillé chaque jour de son mandat, à juste titre et avec efficacité, sur le front de la monnaie unique et de l’Union européenne elle-même; et qu’il se mette à défendre des thèses protectionnistes.

On voit donc les limites de cette logique qui aboutit à diviser la droite avant de diviser le pays lui-même.

D’où les interrogations sur la candidature de Nicolas Sarkozy et la remise en cause, par une partie de la droite, de cette stratégie. Comme François Baroin, il me semble que la droite n’a pas le choix de son candidat et qu’elle est obligée de faire bloc autour de Nicolas Sarkozy.

Et ce, d’autant plus que le sondage d’intentions de votes présidentiels réalisé par l’Ipsos le jour du vote nous donne Nicolas Sarkozy en troisième position derrière Marine Le Pen,  dans tous les cas de figure (DSK, Martine Aubry ou François Hollande) sauf un (Ségolène Royal).

La peur du déclin

Ce même François Baroin qui demande d’abandonner le terrain miné des débats qui font diversion et qui consistent à donner la main au FN. Alors, qu’à l’inverse, Jean-François Copé, qui se prévaut d’avoir «entendu le message» des électeurs, semble vouloir persister sur un triptyque sécurité-immigration-laïcité dont on vient pourtant de voir à quel point, sur le plan électoral, il peut être mortifère pour la droite.

L’attente majoritaire du pays est certes de voir reculer l’insécurité et maîtriser les flux migratoires, mais elle est aussi de garder une France républicaine et ouverte capable de faire reculer le principal mal dont nous souffrons: le chômage.

L’emploi et le pouvoir d’achat étaient, et resteront, les deux grands sujets de préoccupation des Français, dans un contexte de crise qui vient de conduire Angela Merkel à une succession de défaites impressionnantes et qui mobilise des milliers de manifestants contre l’austérité, version David Cameron, en Grande-Bretagne, qui a précipité la chute du gouvernement socialiste à Lisbonne, etc.

A gauche, la bataille s’est engagée dès dimanche soir avec la déclaration de François Hollande, confirmant son intention d’être candidat à la candidature. Martine Aubry, elle aussi, se découvre progressivement et met ses troupes en ordre de bataille, tandis que Ségolène Royal continue seule à croire en son étoile.

Tous sont ligués pour tenter de décourager Dominique Strauss Kahn, celui qui, pour le moment, a les faveurs du pays. La gauche a donc gagné les cantonales, mais de façon modeste. Elle était aux régionales à un meilleur niveau. Et elle doit craindre de gagner par défaut.

Il va lui falloir convaincre réellement qu’elle peut proposer un projet à la fois suffisamment réaliste et suffisamment rassurant par rapport à la crainte qui, aujourd’hui à mes yeux, emporte toutes les autres: celle du déclin.

C’est une période à très hauts risques qui s’engage pour elle, sous la pression d’un débat fort et grave qui est celui du rôle et de la place du nucléaire, porté par ses alliés écologistes. Le feuilleton ne fait que commencer…

Jean-Marie Colombani

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