Monde

Pakistan: les enfants de la terreur

Françoise Chipaux, mis à jour le 25.03.2011 à 15 h 49

Une vidéo revendiquée par les talibans montrent des enfants en train de «jouer» aux kamikazes.

Image tiré de la vidéo montrant des enfants «jouer aux kamikazes». DR

Image tiré de la vidéo montrant des enfants «jouer aux kamikazes». DR

Jeunes enfants et adolescents ont toujours été le vivier dans lequel pêchent les extrémistes islamiques pakistanais pour leurs desseins et les plus motivés de ces jeunes deviennent souvent des bombes humaines. Recrutés dans les madrasas (écoles coraniques) de la région frontalière avec l’Afghanistan ou même dans la province du Pendjab, ces jeunes majoritairement issus de milieux défavorisés sont sous la coupe absolue de mollahs sans scrupules qui utilisent des techniques très modernes de lavage de cerveaux.

Des films de propagande montrant les combats victorieux des talibans sur les soldats étrangers ou l’armée pakistanaise, des chants patriotiques à la musique élaborée, des images du paradis à venir sont autant de moyens de jouer sur les émotions de ces  jeunes qui n’ont pour la plupart rien à perdre.

Lors d’une opération militaire dans le Sud-Waziristan, l’armée pakistanaise avait investi une de ces madrasas avec des peintures murales du paradis. Ces mollahs convainquent facilement ces enfants et adolescents du bonheur éternel qu’ils obtiendront non seulement pour eux-mêmes mais pour leurs proches.

Demandant au frère de l’un de ces kamikazes qui s’était fait sauter avec sa bombe à Jalalabad tuant un soldat américain si sa mère n’était pas triste, il nous avait répondu:  

«Oui un peu mais elle sait qu’elle va aller au paradis et elle est heureuse.»

L’interrogeant pourquoi son petit frère de 15 ans s’était fait sauter et pas lui alors que tous les deux étudiaient dans la même madrasa, celui-ci nous avait dit:

«Il était plus religieux que moi.» 

L’influence de ces mollahs sur les jeunes est d’autant plus forte qu’ils se parent de l’autorité religieuse plus puissante à leurs yeux que celle de leurs parents. Il y a quelques mois à Peshawar, le père d’un de ces jeunes qui avait été recruté contre le gré de sa famille par un mollah local, montrait à qui le voulait bien la photo de son fils pour tenter de le faire arrêter avant qu’il ne devienne un kamikaze. Alors qu’une première fois, la famille avait réussi à récupérer son enfant, celui-ci s’était échappé de nouveau et la famille avait reçu des menaces des extrémistes locaux.

Beaucoup de jeunes des zones tribales n’ont d’autre part vu depuis leur naissance que la guerre et la violence et vivent en permanence dans une atmosphère d’extrême dureté. Aux bombardements quasi quotidiens des drones américains s’ajoutent les exécutions sans merci des soi-disant espions. Couramment des enfants découvrent au bord des routes des corps abandonnés avec un écriteau les dénonçant comme espion au service des Etats-Unis ou de l’armée pakistanaise. La peur règne en maître dans ces zones où l’on peut être assassiné en rien de temps sous le moindre prétexte. 

Certains de ces jeunes n’ont pas toujours conscience de ce qui les attend et certains craquent au dernier moment. C’est pourquoi ils sont suivi par un «maître» jusqu’au moment où ils se font sauter. Certains essaient d’échapper à leur sort et sont arrêtés. Les plus jeunes kamikazes identifiés jusqu’à maintenant avaient environ douze ans et la plupart ont plutôt quinze ou vingt ans.

En mettant en scène des  enfants aussi jeunes, les talibans qui ont revendiqué la paternité de cette vidéo récente où l’on voit des jeunes enfants «jouer aux kamikazes» —comme ailleurs ou joue aux cowboys et aux indiens— sans que l’on puisse vérifier leur dire, veulent sans doute montrer qu’il n’y a pas d’âge pour mourir  «au service d’Allah».

Françoise Chipaux

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Journaliste
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