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Ribéry victime du racisme anti-cons

Yannick Cochennec, mis à jour le 25.03.2011 à 14 h 19

Beaucoup de journalistes se sont moqués de la prestation du joueur tricolore lors de sa conférence de presse de rentrée en bleu. Ils n'en sortent pas grandis.

Franck Ribéry, sous les couleurs du Bayern de Munich, lors d'un match contre Kai

Franck Ribéry, sous les couleurs du Bayern de Munich, lors d'un match contre Kaiserslautern en août 2010. Thomas Bohlen / Reuters

Le retour de Franck Ribéry et de Patrice Evra constitue l’événement de cette séquence internationale de l’équipe de France de football successivement opposée au Luxembourg (vendredi soir) et  à la Croatie (mercredi) en l’espace de quelques jours. Les deux conférences de presse inaugurales des deux anciens bannis des Bleus en resteront les deux premiers temps forts médiatiques. Attendues, leurs déclarations ont été aussitôt critiquées par l’ensemble des observateurs qui ont moqué les maladresses du premier et la morgue du second.

Après avoir lu un communiqué dans lequel il a fait acte de contrition et présenté plus ou moins des excuses, Ribéry est revenu revenant, de manière confuse, sur ses prétendues mauvaises relations avec Yoann Gourcuff:

«Je n’ai jamais eu de problème avec Yoann. La seule chose que je peux lui reprocher, c’est que j’ai discuté avec lui pendant la Coupe du monde. Cela ne me plaisait pas qu’on me fasse passer pour le méchant et lui le malheureux. J’aurais bien voulu qu’il fasse un démenti ou qu’il vienne vous dire qu’il n’y a jamais eu de problème avec moi. Il ne l’a pas fait. Je vais avoir une discussion avec lui…»

Puis il s’est adressé directement aux journalistes, cause apparente et pratique de tous ses maux:

«Vous avez fait preuve de méchanceté, d’acharnement. C’est pas correct. Vous avez touché beaucoup de personnes: mes proches, mon épouse. Je me critique tout seul, je n’ai pas fait ce qu’il fallait, je suis d’accord. Mais j’ai toujours été dispo pour vous: j’ai donné des interviews et, quand elles devaient durer vingt minutes, on y passait deux heures. J’ai parlé avec vous, mangé avec vous.»

Evra est, lui, resté droit dans ses bottes. «J’ai été fier d’être le capitaine des Bleus en Afrique du Sud», a-t-il asséné bravement sans vraiment battre sa coulpe.

Vendredi 25 mars, dans un éditorial sévère de l’hebdomadaire France Football titré «De grâce, fermez-là!», Denis Chaumier, son auteur, s’est emporté après ses deux prestations oratoires guère de son goût:

«Qu’ils se taisent une bonne fois pour toutes, l’un comme l’autre, qu’ils mettent leur short, qu’ils enfilent leur maillot, qu’ils lacent leurs chaussures, qu’ils jouent (bien, de préférence) et qu’ils s’imposent le silence le plus absolu jusqu’à nouvel ordre ! Car ils nous ont infligé lundi et mercredi, lors de deux conférences de presse qui ne resteront pas dans les annales de la communication, un même pensum à peine... pensable. Tant d’explications vaseuses, d’autojustifications maladroites, de déclarations à l’emporte-pièce, le tout exprimé dans un langage parfois approximatif : c’était à la limite du poignant.»

Il est donc beaucoup reproché à Ribéry et à Evra au-delà des prétendues exactions sud-africaines de cette équipe de France dont, de manière sidérante, on continue de ne rien savoir. Qu’a vraiment dit Nicolas Anelka à Raymond Domenech à la mi-temps de France-Mexique? Franck Ribéry et Yoann Gourcuff étaient-ils vraiment à couteaux tirés lors de ce mondial sud-africain? Les interviews se succèdent et nous ne sommes pas plus avancés. Mais il est clair qu’au bal des faux culs, Ribéry trinque plus que les autres sous le prétexte notoire qu’il ne sait pas s’exprimer correctement devant un micro.

C’est ce que sous-entend Denis Chaumier en usant de l’expression «langage plus ou moins approximatif» et l’ensemble de ceux qui ont raillé ses fautes de français lors de sa conférence de presse, à commencer par les Guignols de l’info qui ont lié, dans un trait d’humour, la mort de Maître Capello à ses dérapages linguistiques de Clairefontaine.

Cela crève les yeux et les oreilles que Franck Ribéry n’est pas fait pour donner des interviews et que les journalistes lui préféreront toujours dans cet exercice Yoann Gourcuff , joueur médiatiquement idéal et joli garçon, qui a la chance de savoir s’exprimer. Aux yeux de beaucoup, Ribéry est un bouc émissaire pratique. Il est bête et moche donc attaquable. Pour une certaine intelligentsia, notamment à l’œuvre après le célèbre France-Irlande, ses fautes de français rendent encore plus scandaleux le fait qu’il s’en mette plein les poches tous les mois. Une sorte de racisme anti-cons évident.

J’ai toujours trouvé le principe de la conférence de presse complètement abusif: un sportif ne devrait pas être obligé de venir s’exprimer avant ou après une performance. Sur le circuit du tennis professionnel, ce devoir est même obligatoire pour tout joueur sous peine… d’une amende! Première raison: les sportifs n’ont souvent rien à dire à part des banalités d’usage dont tout lecteur ou tout auditeur pourrait faire l’économie. Deuxième raison: ces conférences de presse sont une facilité qui lisse le travail des journalistes qui se retranchent et se protègent derrière des explications de sportifs qui sont souvent erronées ou biaisées. Et se laissent clairement et tranquillement avoir. 

Pas là pour faire des belles phrases

Un journaliste sportif, et je ne m’exonère pas de ce travers, aura toujours un a priori favorable pour un sportif jugé comme étant un «bon client» car s’exprimant bien (d’où l’avantage de Gourcuff «victimisé» sur Ribéry diabolisé). Alors que l’on ne devrait pas avoir à se préoccuper de son niveau de vocabulaire ou de grammaire dans la mesure où il n’est pas là, en principe, pour faire de belles phrases.

Nous, journalistes, attendons trop de ces sportifs parce que nous leur avons donné trop de crédit au fil du temps en oubliant souvent de mettre une distance entre eux et nous. Ah, ce fameux tutoiement automatique comme si nous avions gardé les vaches ensemble alors que nous nous connaissons à peine. «J’ai mangé avec vous», s’est plaint Ribéry. Terrible aveu d’une complicité de mauvais aloi aujourd’hui déçue. Aucun sportif ne devrait partager sa gamelle avec un journaliste et aucun journaliste ne devrait familiariser de la sorte avec son sujet.

Aujourd’hui, le football n’est pas moins populaire ou moins attractif en France à cause d’une équipe de France qui se serait mal comportée avec à sa tête deux ou trois sauvageons (les audiences télé restent bonnes). C’est une facilité de le penser. Mais dans l’imaginaire des gens, il a été simplement remis à la vraie place qu’il mérite après avoir été abusivement érigé sur un piédestal par la faute d’une autre équipe de France qui avait trop gagné entre 1998 et 2000 et qui, grammaticalement ou humainement, pour certains de ses éléments, ne valait pas mieux que Ribéry et Evra.

Mais cela, personne ne le disait ou ne l’écrivait car seule la victoire est belle.

Yannick Cochennec

A lire aussi, le retour des traîtres sur notre blog foot «Plat du pied»

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