France

Claude Guéant, le stratège de la gaffe

Thomas Legrand, mis à jour le 26.03.2011 à 9 h 13

Immigration, «croisade», signes religieux... A quelle fin le ministre de l'Intérieur tient-il ces propos à la veille d'élections cantonales?

Claude Guéant à l'Assemblée nationale, le 1er mars 2011. REUTERS/Jacky Naegelen

Claude Guéant à l'Assemblée nationale, le 1er mars 2011. REUTERS/Jacky Naegelen

Deux jours avant le second tour des élections cantonales, le débat sur l’islam est –encore– à la une des journaux. Et cela, à la faveur de deux gaffes. L’une de Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, l’autre de Martine Aubry et Laurent Fabius.

Deux gaffes qui n’ont pas la même valeur. Martine Aubry et Laurent Fabius ont dû, jeudi, retirer leur nom d’une pétition qu’ils avaient signé. Cette pétition dénonçait le «débat-procès de l’islam», débat permanent sur l’islam et l’utilisation à des fins tactiques des thèmes identitaires par le président de la République. Le texte en lui-même, publié dans Le Nouvel Observateur n’a rien de scandaleux, au contraire, mais voilà, il est aussi signé par le théologien sulfureux Tariq Ramadan à côté duquel, quand on veut défendre la laïcité à la française, il n’est pas bon d’apposer sa signature. Les deux leaders socialistes ont dû gommer leur nom au bas du manifeste… et figurez-vous que ça fait la une du Figaro ce vendredi matin!

L’autre gaffe est servie par Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur. Et là, c’est plus ambigu. Est-ce une gaffe ou est-ce une stratégie? En d’autres termes: après le mot «croisade» utilisé pour qualifier l’action du Président dans la bataille diplomatique pour obtenir l’accord de l’ONU sur l’intervention en Libye, après la paraphrase «lepennienne» sur les Français qui ne se sentiraient plus chez eux du fait de l’immigration incontrôlée, la question est donc de savoir si le ministre est à ce point un mauvais politique ou alors s’il est à ce point génial que la subtilité de sa tactique nous échappe. Je n’ai pas encore trouvé de réponse à cette question.

Voilà donc que Claude Guéant déclare, à la veille du second tour des cantonales:

«Les agents des services publics évidemment ne doivent pas porter de signes religieux, manifester une quelconque préférence religieuse, mais les usagers du service public ne le doivent pas non plus.»

Pris à la lettre, cela voudrait dire qu’on ne peut plus aller dans un bureau de poste avec une main de Fatma ou une croix en pendentif, ou avec une kipa sur la tête. Ce serait une conception de la laïcité totalement dévoyée, une surinterprétation de la loi sur les signes religieux. Ce n’est évidemment pas ce qu’a voulu dire le ministre de l’Intérieur, mais la façon dont il l’a dit laisse penser que, encore une fois, il voulait relancer le débat sur la place de l’islam en France.

Claude Guéant parlait en fait d’une question qui se pose… Certaines femmes musulmanes refusent de se faire soigner par de hommes, dans des hôpitaux de l’assistance publique.

Effectivement et c’est un problème, un vieux problème, assez marginal, mais qui existe. Ce problème nécessite-t-il une loi? Non, le ministre, à qui la question a été posée, a précisé qu’il suffisait sans doute de quelques décrets, et de quelques instructions. Cette question est délicate mais pas insurmontable, et le ministre est là pour la régler et proposer des solutions.

Le résultat de tout ça? Marine Le Pen a réagi à la façon d’une chansonnière qui se moquait d’un ministre découvrant la lune et soulignait des problèmes qu’il n’avait pas su résoudre.

Quel était donc l’intérêt de cette sortie du ministre de l’Intérieur? Et là, je me repose la question: était-ce une stratégie ou une gaffe?

Si c’est une stratégie, alors le casting est mauvais. Le culot en politique nécessite un certain talent. Nicolas Sarkozy l’avait en 2007. Aujourd’hui, sa fonction le bride. A l’évidence, Claude Guéant ne dispose pas des mêmes atouts. Mais surtout, Nicolas Sarkozy et ses stratèges semblent oublier une règle classique de la politique: la provocation peut être efficace pour conquérir le pouvoir, mais ne sied pas particulièrement à celui qui veut le garder.

Thomas Legrand

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