Monde

L'Iran derrière le regain de violences au Proche-Orient

Kristell Bernaud, mis à jour le 24.03.2011 à 19 h 22

L'attentat de Jérusalem et le regain de tensions entre Israël et la bande de Gaza visent à détourner l'attention des révolutions en cours dans les pays arabes. Avec comme objectif: provoquer un conflit et unir le monde arabe contre Israël.

Un commando du Hamas à l'entraînement / Ibraheem Abu Mustafa / Reuters

Un commando du Hamas à l'entraînement / Ibraheem Abu Mustafa / Reuters

Avec l'attentat de Jérusalem du 23 mars, les groupes islamistes ont bien l'intention de réaffirmer leur puissance et prouver à l'Etat hébreu qu'il n'est pas invincible. L’attentat n’a pas encore été revendiqué, mais le Djihad islamique et le Hamas se sont félicités de cette attaque. Deux hauts responsables du mouvement terroriste Djihad islamique viennent d’être arrêtés ce jeudi, par les services de sécurité de l’Autorité palestinienne. Qu’en est-il des dizaines de tirs d’obus de mortier tirés sur Israël? Le Hamas cherche à raviver les tensions avec l’Etat juif. Le mouvement islamiste prouve ainsi que sa capacité de nuisance reste intacte.

Mais derrière ces groupes armés, c'est l'Iran qui tire les ficelles. Avec deux objectifs: faire échec au processus de paix, discuté secrètement entre Israël et l’Autorité palestinienne, mais aussi provoquer un conflit avec Israël, afin de détourner l’attention des révoltes dans les pays arabes. Il n'est plus à prouver que le régime des Mollahs aide financièrement et militairement le mouvement islamiste à Gaza. Au-delà du clivage islamique entre l'Iran chiite et le Hamas sunnite, leurs relations sont le fruit d'une alliance stratégique face à l'ennemi commun, Israël.

L’Iran aux portes d’Israël

Le 15 mars dernier, un commando de la marine israélienne a intercepté en Méditerranée, en dehors des eaux territoriales israéliennes, le Victoria, un cargo transportant 50 tonnes d'armes. Des armes destinées au Hamas, selon le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu. Ce bateau battant pavillon libérien serait passé par le port syrien de Lattaquié, où apparemment les armes ont été chargées à bord, selon Tsahal. L'Iran a aussitôt démenti avoir envoyé des armes à Gaza. Selon des experts militaires israéliens, ces armes, dont le Hamas ne disposait apparemment pas, sont susceptibles «de bouleverser l'équilibre stratégique» dans la région. Une jolie prise pour les services de renseignements israéliens, qui mettent en exergue le jeu irano-syrien pour déstabiliser le Proche-Orient.

Quelques jours plus tard, ce sont des armes et des munitions qui ont été découvertes par les autorités turques dans un avion cargo iranien forcé d'atterrir au sud-est de la Turquie. L'avion était en route pour la Syrie. Israël soupçonne que les armes venaient d'Iran, via la Syrie et la Turquie, à destination du port égyptien d'Alexandrie, d'où elles auraient été infiltrées dans la bande de Gaza. Information aussi démentie par Téhéran. 

Autre apparition de l'Iran dans la région: deux navires de guerre iraniens ont regagné la mer Rouge, via le Canal de Suez, le 22 février, à quelques milles nautiques des côtes israéliennes. Des navires qui revenaient d'une visite en Syrie. De quoi susciter l'inquiétude d'Israël. La Syrie est devenue une plaque tournante du trafic d'armes vers Gaza, mais aussi le Liban.

Le Hamas, mais aussi le Hezbollah libanais, bien encadrés par la Syrie et l'Iran, sont de plus en plus déterminés. Très puissants militairement, ils disposent de moyens financiers de plus en plus importants. Les services secrets israéliens avaient révélé qu’une conférence, organisée par l’Iran, s’est tenue en secret à Khartoum au Soudan au début du mois de mars. Une réunion en présence des chefs de toutes les organisations islamistes liées aux Frères musulmans dans le monde arabe, dont le Hamas.

La stratégie iranienne

Derrière l'attentat de Jérusalem et d'Itamar, le Hamas cherche à faire échec au processus de paix, discuté secrètement entre Israël et l'Autorité palestinienne. En cas d’accord de paix, le Hamas perdrait tout légitimé puisque son idéologie repose sur la lutte contre Israël.

D’autant qu’un éventuel accord de paix placerait l’Autorité palestinienne au premier plan. Une Autorité hostile au mouvement islamiste et qui n’a pas hésité à condamner fermement l’attentat de Jérusalem. Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne, prévoit de convoquer des élections palestiniennes dans les six prochains mois. Mais il a indiqué qu'il ne briguerait pas de nouveau mandat. Mahmoud Abbas, poussé par l'administration Obama, cherche une porte de sortie honorable, avant un éventuel retrait politique. Il semble aussi s’inquiéter du vent de changement plein d’incertitudes, qui souffle sur le monde arabe. Des élections qui restent toutefois conditionnées à une réconciliation interpalestinienne. Le président de l'Autorité palestinienne s'est dit, pour l'occasion, prêt à dialoguer avec le Hamas. 

Mais l'enjeu pour le Hamas ne se limite pas au processus de paix. A travers le mouvement islamiste, l'Iran cherche à balayer le vent de révolte qui souffle sur les pays arabes. Ou du moins à faire diversion. Si l'Ayatollah Khamenei affirme soutenir publiquement les révoltes arabes, il voit d'un mauvais oeil les défenseurs des droits de l'homme qui se dressent contre le pouvoir du parti Baas en Syrie. La Syrie est elle aussi en proie à un soulèvement interne, depuis quelques jours. S'il s'avérait que le régime de Bachar Al Assad était menacé, le Hamas perdrait un soutien indéfectible et ses dirigeants du bureau politique, Khaled Mechaal en tête, se verraient peut-être obligé de plier bagage. Les intérêts du Hamas en Syrie sont vitaux, tout comme l'Iran qui veille, en arrière plan, au bon fonctionnement des opérations.

Oubliés les droits de l'homme, l'aspiration à la liberté, l'ennemi reste bel et bien l'Etat juif, maux de tous les problèmes au Moyen-Orient. L’Iran a fait de la lutte contre Israël son cheval de bataille. C'est donc le moment opportun de raviver les tensions avec l'ennemi de toujours. Aux attentats et tirs d'obus de mortier sur Israël, succèdent les représailles israéliennes et son lot de victimes palestiniennes. Des images qui ne manqueraient pas de rappeler au monde arabe, la cause palestinienne.

L'Iran cherche à tirer profit des conséquences de ces révoltes arabes, d'étouffer celles qui dérangeraient son pouvoir et de s'imposer comme une puissance incontournable au Moyen-Orient. Il ne manque plus qu'un incident à la frontière nord d'Israël pour voir l'entrée en jeu du satellite iranien au Liban, le Hezbollah.  Un regain de violences qui vise à fédérer les peuples arabes, face à l'ennemi sioniste, au détriment d'une paix hypothétique, qui n'est pas prête de voir le jour.

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