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Quels sont les dangers de l'iode?

Brian Palmer, mis à jour le 23.03.2011 à 18 h 52

[L'EXPLICATION] Les comprimés distribués pour prévenir les radiations ont-ils des effets secondaires? Peut-on faire une overdose?

Test de la radioactivité d'une femme évacuée de Minamisoma, le 22 mars 2011. REUTERS/Kim Kyung-Hoon

Test de la radioactivité d'une femme évacuée de Minamisoma, le 22 mars 2011. REUTERS/Kim Kyung-Hoon

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Le ministère américain des Affaires étrangères a distribué des comprimés d’iodure de potassium (de formule chimique KI) aux fonctionnaires américains –militaires y compris– basés au Japon. Mais pour l’instant, il ne leur recommande pas de prendre ces comprimés, qui offrent une protection contre certaines formes de radiations. Qu’attend au juste le département d’Etat? L’overdose de KI est-elle possible?

On peut faire une overdose d’iodure de potassium, mais les chances sont minimes. L’un des risques auquel sont confrontées les personnes se trouvant à proximité des réacteurs nucléaires accidentés (de la centrale de Fukushima), est que l’iode radioactif pénètre dans leur sang et atteigne leur glande thyroïde. Pour prévenir ce risque, elles peuvent prendre des comprimés d’iodure de potassium, lequel composé sature la thyroïde d’iode sans danger et l’empêche de fixer de l’iode radioactif. Le but du traitement étant de satisfaire entièrement la glande thyroïde, les comprimés d’iodure de potassium contiennent 100 milligrammes d’iode, soit près de 700 fois la quantité journalière recommandée.

Un composé utilisé depuis plus d'un siècle

Malgré cette forte dose, un empoisonnement à l’iode est peu probable, puisqu’il faudrait ingérer plusieurs grammes de cette substance en un laps de temps très court pour être malade. Quant au potassium, qu’on se rassure tout de suite: un comprimé contient moins d’un dixième de ce métal alcalin que ce qu’on trouve dans une banane [PDF]!

La toxicité des comprimés de KI est donc toute relative. Cependant, ingérer des niveaux extrêmement élevés d’iode peut s’avérer dangereux et notamment entraîner des goitres qui entravent le fonctionnement de la thyroïde (mais il faudrait probablement prendre, pendant plusieurs semaines, la dose d’iodure de potassium recommandée pour que ces troubles se produisent). Les comprimés de KI présentent également un danger pour les personnes souffrant d’allergies ou dont la thyroïde ou la peau présentent des conditions particulières.

Il y a plus d’un siècle que les médecins prescrivent de l’iodure de potassium –c’est-à-dire bien avant que l’on sache exploiter la puissance de l’atome. Depuis le début des années 1900 au moins, les pédiatres ont commencé à le préconiser pour combattre la toux chez les enfants (car il aide à dissoudre les mucosités). Ce n’est que dans les années 1950 que les praticiens se sont aperçus que ce composé pouvait saturer la glande thyroïde et l’empêcher d’accumuler de l’iode radioactif, en cas d’attaque ou d’accident nucléaire.

Depuis, les défenseurs de la santé publique, les gouvernements et le secteur de l’énergie nucléaire ne cessent de faire pression pour que l’iodure de potassium soit facilement accessible afin de protéger les populations en cas d’accident nucléaire.

Le gouvernement américain constitue des réserves de comprimés de KI pour les personnes habitant dans un rayon de 16 kilomètres d’une installation nucléaire. En fait, après le 11-Septembre, dans le but de se prémunir contre tout attentat terroriste nucléaire, le Congrès américain avait étendu le rayon de protection à 32 kilomètres [PDF]. Mais en 2007, l’administration Bush a supprimé cette partie de la loi, arguant qu’une évacuation serait plus efficace que des stocks de comprimés à distribuer.

Rupture de stock

Cette question ne cesse d’être débattue aux Etats-Unis. L’an dernier, 13 membres du Congrès représentant la Floride ont exhorté la secrétaire à la Santé et aux services sociaux, Kathleen Sebelius, à revoir la marche à suivre, expliquant qu’il serait pratiquement impossible d’évacuer rapidement l’ensemble de la péninsule floridienne [PDF].

Les Américains devront patienter s’ils veulent se constituer leurs propres stocks d’iodure de potassium. Aux Etats-Unis, Anbex, la société qui commercialise ce médicament, est en rupture de stock. Lorsque les comprimés seront de nouveau disponibles, la population pourra se procurer des doses pour 2 semaines contre 10 dollars [7 euros]. Officiellement, ces médicaments périment dans sept ans, mais ils restent sans doute efficaces pour une durée bien supérieure.

Brian Palmer

Traduit par Micha Cziffra


Ce que le ministère de la Défense français prévoit pour l'iodure de potassium

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