Culture

La rose pourpre du Capitaine

Temps de lecture : 2 min

Le président du Festival de Cannes publie une série de lettres à des personnages réels et imaginaires.

Séance de cinéma das un village au Venezuela, en février 2011. REUTERS/Jorge Sil
Séance de cinéma das un village au Venezuela, en février 2011. REUTERS/Jorge Silva

C’est l’histoire d’un homme qui veut changer de décor à tout prix: entrer dans la tête bien faite de Gene Tierney, se balader dans un intérieur de Vermeer, ou prendre les traits de Satan – Méphisto de Méliès ou Lou Cypher d’Angel Heart – pour découvrir l’Enfer tout à son aise… Et qu’importe si l’expérience tourne au désagréable, comme lorsqu’on se retrouve dans les entrailles du loup de Tex Avery à contempler, tel le Petit Chaperon Rouge, «ces parois humides et molles qui rappellent (la) naissance»…

C’est au fond l’équivalent littéraire de La Rose pourpre du Caire (1986) que publie ces jours-ci Gilles Jacob, sous le titre Le Fantôme du capitaine, un hommage à Mankiewicz et à son Aventure de Mme Muir où Rex Harrison joue un vieux loup de mer qui hante une jolie veuve.

Comme la Cecilia (Mia Farrow) de Woody Allen, cette petite serveuse de diner qui échappe à son quotidien dépressif en sautant dans l’écran, le président du Festival de Cannes s’autorise un rêve de cinéphile, une incursion dans ce pays imaginaire où les femmes sont infiniment plus belles, les dangers terriblement plus excitants et les joies forcément plus enivrantes…

D’où une série de lettres à des correspondants célèbres (Juliette Binoche, grand amour platonique de l’auteur, Michel Piccoli, ami de toujours, et bien sûr des cinéastes comme Ingmar Bergman ou Youssef Chahine) et fictifs (le Loup de Tex Avery donc ou encore Don Quichotte…). Lettres écrites pour être envoyées puis laissées au fond d’un tiroir, comme — suppose-t-on — cette belle missive à Joséphine Truffaut – la fille du cinéaste et de Fanny Ardant – qui raconte l’auteur des Quatre cents coups, sa douceur et son amour des livres, son sens irréprochable de l’amitié et du cinéma.

Lettres imaginaires, aussi: le récit d’un amour fou pour Monica Vitti confié à Chiara Mastroianni, une analyse des mères juives à destination de Woody Allen, un pastiche de Sherlock Holmes pour Arthur Conan Doyle.

Dans ses mémoires, La Vie passera comme un rêve (Robert Laffont, 2009), Gilles Jacob avait raconté son enfance pendant la guerre, ses passions de critiques, ses cauchemars de maître d’œuvre du plus grand festival du monde. Mais contre toute attente, c’est ici, dans ces lettres qui dessinent son paysage intime, qu’il se révèle le plus.

Jonathan Schel

Le Fantôme du capitaine

Robert Laffont, 340 pages, 20 euros.

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