France

Dessine-moi un nouveau paysage politique

Thomas Legrand, mis à jour le 24.03.2011 à 17 h 04

La représentation nationale ne correspond pas à la réalité du terrain. Les mouvements à droite préfigurent de plus larges bouleversements.

A l’Assemblée nationale le 9 mars 2011: NKM discutant avec la députée socialiste Martine Lignières-Cassou. REUTERS/Charles Platiau

A l’Assemblée nationale le 9 mars 2011: NKM discutant avec la députée socialiste Martine Lignières-Cassou. REUTERS/Charles Platiau

Ce qui se passe à droite préfigure une recomposition du paysage politique. Dans ma chronique précédente, je parlais de tectonique des plaques. Il y a en France une cartographie de la représentation politique qui ne ressemble pas au terrain.

Le fait majoritaire qui est la marque de la Cinquième République a figé les blocs, droite et gauche. Cette contrainte institutionnelle a tordu, depuis 1958, les réalités politiques françaises. Attention, la droite et la gauche, ça existe, mais peut-être que le curseur qui les sépare ne devait pas être exactement là où il est en ce moment.

Pour permettre l’alternance, François Mitterrand, à la tête de la gauche démocratique depuis le congrès d’Epinay en 1971, a œuvré pour le rassemblement des gauches jusqu’à l’accession au pouvoir, avec les communistes en 1981.

A partir du moment où la stratégie d’alliance avec les communistes est devenue évidente, au cours des années 1970, toute une partie de la gauche démocratique d’alors a rejoint le centre, qui, toujours en vertu de la dynamique des blocs, se trouvait alliée avec la droite.

Une représentation obsolète

Il reste des vestiges de cette gauche passée à droite; Place de Valois, au fronton du Parti radical, toujours membre de l’UMP, (pour quelques jours encore) il est encore inscrit «Parti radical socialiste». Le Parti radical, ancestral, pilier de la République, s’était déchiré entre radicaux de gauche et radicaux valoisiens, justement à la faveur de cette logique de blocs.

La déclaration de Jean-Louis Borloo (patron des Valoisiens) de lundi, très solennelle, refusant le ni-ni présidentiel en cas de duel PS/FN, ressemble à une sérieuse prise de distance. Nous avons là les germes d’une recomposition.

Quelle forme peut-elle prendre? Reprenons le fil de l’Histoire: à gauche donc, le PS et le PCF, de l’autre côté, la droite et le centre. Ça, c’est la représentation politique telle qu’elle est encore à l’Assemblée. Représentation obsolète, issue des années 1970, 1980. Aujourd’hui le PCF n’existe quasiment plus, il est ingéré par le Front de gauche.

A la droite de la droite, une force politique s’installe sans être représentée au Parlement. Si la perspective pour la gauche démocratique, c’est d’être au pouvoir avec le très modéré François Hollande ou Martine Aubry qui gouverne Lille avec le MoDem ou l’ancien secrétaire général du FMI, on ne voit pas pourquoi, à terme, les radicaux, les centristes, continueraient de s’allier à une droite conservatrice qui manie les thèmes identitaires et sécuritaires à outrance.

Comme le disait fort justement mardi au micro de France Inter Jean-Paul Delevoye (lui-même gaulliste social), à propos des alliances, «on s’associe pour avoir un pouvoir, pas du tout parce qu’on pense la même chose». Dans une situation où les élus seraient libres de leurs alliances et déliés de leurs accords électoraux, le paysage de la représentation politique serait tout autre.

Il y a, en ce moment moins de distance politique entre Borloo et Strauss-Kahn qu’entre Borloo et Sarkozy. Il y a plus de proximité sémantique entre Guéant et Le Pen qu’entre Guéant et Bayrou.

Le taux d’abstention est aussi à rechercher dans ce théâtre d’ombre, dans ce jeu de postures, plus dicté par de vieilles alliances confortables que par des voisinages idéologiques. Une présidentielle peut servir à tenter de réadapter la réalité politique et sa représentation. L’épisode que nous venons de vivre montre que, malgré les pesanteurs institutionnelles, tout est là pour un «Big One» en 2012.

Thomas Legrand

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