De la propagande en temps de guerre
Ou pourquoi la France drapée dans le pacifisme en 2003 avec Saddam Hussein devient va-t-en guerre en 2011 avec Kadhafi.
- Sur la route entre Benghazi et Ajdabiyah. REUTERS/Suhaib Salem -
On se rappelle la position inébranlable de la France lors de l’invasion américaine de l’Irak en 2002. Le «vieux pays» qui en avait tellement vu, le leader européen fatigué des guerres qu’il a menées au cours de son histoire… La France apaisée et pacifiste avait refusé de partir en guerre contre un leader que l’on estimait fréquentable, surtout devant l’abondance de contrats qu’il entretenait avec l’économie française.
En 2011, la France guerrière est de retour. Leader de la résistance contre le tyran libyen, le gouvernement français par la voix d’Alain Juppé et l’inspiration du président Sarkozy, entend imposer la paix des armes par le fracas des bombardements. Comment en est-on passé d’un refus presque poli d’attaquer Saddam Hussein à une volonté sans faille de détruire Mouammar Kadhafi? Et surtout, comment le faire passer dans une opinion publique déjà préoccupée par la catastrophe japonaise?
On peut argumenter que la situation de l’Irak en 2003 et celle de la Libye en 2011 sont différentes. Elles possèdent pourtant des points communs: à leur tête, un autocrate financé par des hydrocarbures, entretenant des relations complexes avec l’occident et régnant sur son peuple par la terreur et les répressions sanglantes.
La France, comme la plupart des grands pays dominant le Conseil de sécurité de l’ONU, fait varier sa diplomatie à l’égard de ces utiles dictateurs.
La diplomatie française connaissait parfaitement les massacres de Saddam Hussein, notamment le gazage de la minorité kurde, et on avait accepté les termes de la première Guerre du Golfe en 1991, mais réattaquer l’Irak en 2003 était impensable. Pourquoi? Sans doute parce que c’était la guerre des Américains, et qu’on ne voyait pas l’intérêt d’attaquer un pays avec lequel les relations étaient profitables.
Aujourd’hui, la France a l’option de mener la bataille à la fois sur le plan diplomatique, à l’ONU, mais aussi sur le terrain. De son côté, le président Obama, qui a montré qu’il prend toujours le temps de peser une décision, suivra la France, trop heureux de montrer que son pays n’est pas l’instigateur d’une guerre contre les Arabes.
Pourquoi se battre?
Mais comme toujours dans l’Histoire, pour envoyer des hommes au casse-pipe, il faut convaincre l’opinion publique de «Pourquoi nous combattons», ce qui nécessite une stratégie de communication.
Bernard-Henri Levy vient donc comme à son habitude sur les plateaux de télévision parler de sa guerre, et l’expliquer aux Français. Il est indispensable, nous apprend-il, de bombarder la Libye pour son bien. Ayant décidé que les interlocuteurs libyens qu’il a rencontrés à l’occasion d’un roman-photo incarnaient la résistance, il les ramène avec lui à l’Elysée. BHL présente donc le gouvernement provisoire libyen au président Sarkozy.
Celui-ci y voit une excellente occasion de se rehausser, en trouvant une diversion à la situation interne française qui lui permettrait de remonter dans les sondages en tant que chef de guerre. En propagande, on appelle cette technique un «shift of scene», une diversion de l’attention de l’opinion publique vers un sujet fédérateur.
Les Français, engagés dans une guerre qu’on leur présente comme noble, seront moins à même de «râler» contre leur président et ses mesures qu’ils jugent impopulaires. Tout comme en 2003, quiconque se présentait en faveur de l’invasion américaine était qualifié de va-t’en-guerre, en 2011, celui qui s’opposera aux bombardements s'exposera aux quolibets et aux injures remettant en cause la capacité de sympathie que l’on se doit d’éprouver en faveur des innocents. Merveilleux retournement de situation en quelques années, la France retrouve ses traditions d’interventionnisme pour le bien des peuples, rôle que lui avaient ravi les Etats-Unis de George W. Bush.
La Libye de 2011 pourrait donc être une guerre où tout le monde est gagnant. Pour cela, quelques règles doivent être respectées et certaines techniques employées.
Comment «réussir» son intervention militaire
La propagande doit d’abord identifier l’ennemi (Pinpointing the enemy) avec précision, et Kadhafi et sa famille font des coupables idéaux. Devant leurs discours guerriers, leurs menaces et leurs personnalités tapageuses, il ne sera pas difficile de les diaboliser plus qu’ils ne le sont déjà.
Il s’agira ensuite de dénigrer les opposants à la guerre comme on l’a dit, en arguant du caractère juste voire sacré d’une intervention.
Il faudra ensuite contrôler autant que possible les images de la guerre afin de privilégier les vidéos de missiles détruisant des objectifs militaires pour faire oublier les bombes qui toucheront des civils. Ceux-ci en revanche devront être vus à la télé en train de célébrer l’intervention militaire, arborant des pancartes remerciant les libérateurs en anglais, ou encore mieux en français.
Lorsque les bombardements seront terminés, et que les troupes terrestres sécuriseront la Libye, il conviendra que le président Sarkozy, accompagné du philosophe Bernard-Henri Lévy, visite la nouvelle Libye.
Les agences de relations publiques devront caviarder autant que possible les photos du président français recevant jadis en grande pompe l’ex-leader libyen, et les journalistes seront priés de ne pas poser à BHL de questions embarrassantes sur sa définition des guerres justes.
On prendra soin également de mettre en avant les armées arabes participant à la guerre, à la manière de la Syrie en 1991, afin de bien rappeler qu’il ne s’agit pas d’une guerre de civilisations. Les pays arabes comme le Qatar ou les Emirats Arabes Unis seront largement gagnants dans cette opération qui éclipsera momentanément l’idée que les peuples arabes peuvent et doivent seuls se révolter contre leurs autocrates.
Les faits d’armes des armées arabes permettront à la fois de montrer leur professionnalisme et donc d’intimider les éventuels opposants aux régimes, mais aussi de témoigner de l’excellence du matériel militaire principalement occidental qu’ils utilisent.
Préparons-nous donc à une excellente opération de communication dont le monde a bien besoin après toutes les catastrophes naturelles qui nous donnent un sentiment d’impuissance.
Intervenir militairement en Libye pourra donner bonne conscience à chacun, avec un happy ending quasiment garanti devant la figure théâtrale du mauvais sujet Kadhafi.
Aurait-il changé la constitution pour la galerie comme au Maroc, ou donné de l’argent et embauché 60.000 policiers comme en Arabie saoudite et son destin aurait peut-être été différent. Mais comme dans un carnaval, la marionnette du leader libyen doit être sacrifiée. Et les Français allumeront le bûcher le sourire aux lèvres, et les yeux rivés sur les sondages.
Etienne Augé
Mis à jour le 23/03/2011 à 9h15















































Je dis : « Des terroristes se cachent dans tel immeuble de telle ville de tel pays. Des terroristes qui pourraient frapper votre pays. Alors même que votre pays a envahi le leur. Pour les abattre on va lâcher une bombe sur l’immeuble en question. Toutefois, les immeubles adjacents pourraient être touchés causant la mort potentielle de certains de ces habitants. Les chances que la déflagration touche les immeubles adjacents sont, disons, d’une chance sur 6. » Beaucoup de gens, et pas seulement les militaires mais aussi les citoyens lambdas, diront que le jeu en vaut la chandelle. Lâchons la bombe et tentons la chance. Après tout, il faut se débarrasser des terroristes, d’autant plus que le risque de victimes civiles n’est que d’une chance sur 6. Allons jusqu’au bout du raisonnement. Je vous amène une jeune fille de mettons neuf ans (un enfant car, dans ce monde gangréné par le politiquement correct, la vie d’un enfant vaut plus que celle d’un adulte, et celle d’une fille plus que celle d’un garçon) et je vous présente un pistolet et vous dis que dans le barillet, il n’y a qu’une balle. Je vous demande de placer le canon sur la tente de la jeune fille et vous dis que si vous appuyez sur la gâchette, ces mêmes terroristes décrits plus haut seront tués. Il y a donc une chance sur six pour que la jeune fille meure. Le faites-vous ? Si vous avez répondu oui à la première situation envisagée, en toute logique, et si l’homme était un animal bona fide, vous devriez aussi répondre oui à la seconde. Mais étant donné que c’est la Doublepensée qui trône en maitre incontesté dans les cerveaux, peu d’entre vous seront enclins à prendre le risque de voir la cervelle de la jeune fille repeindre vos murs.
Et il faut compter que le "terroriste" c'est parfois une armée de fortune, privée de son gouvernement castré. Ca devient alors un terme pratique pour donner le mauvais rôle à celui qu'on voudrait donner perdant.
Désigner le Brésil et l'Inde comme des démocraties lointaines me parait un peu "sous-joué". L'Inde est la première démocratie au monde, et les brésiliens sont bien plus nombreux que nous...à moins que dans votre esprit un franças vaille un peu plus qu'un brésilien...
Je n'ai aucune indulgence pour le régime de Kadhafi; mais je crois exagéré de le qualifier de "dictateur sanguinaire massacrer un peuple qui appelait l'Occident au secours ?" . Je crois que nous ne disposons d'aucune information fiable quant à la nature et l'ampleur de la répression. Je ne suis pas sûr que le "comité de Benghazi" soit un représentant légitime de tout le peuple lybien...et enfin je ne crois pas légitime de faire "la révolution" à la place des autres, ce qui est un peu leur "voler" leur histoire....
La France prend plutôt actuellement le chemin de l'Allemagne dans sa soumission au "leadership" américain. L'exemple de la réintégration du commandement militaire de l'OTAN en est un exemple, comme l'alignement stratégique du livre blanc sur la défense sur des concepts anglo-saxons; d'autant que les dépêches Wikileaks montrent que Sarkozy avait annoncé son intention sur l'OTAN aux américains, avant de négocier quoi que ce soit (comme Chirac), et avant de le dire aux français.... L'histoire montre que ce qui est grand est d'être souverains, comme savoir dire non aux américains (Villepin)...Evidemment ce n'est pas suffisant...
Et j'ajouterais que les élus ne représentent plus la volonté du peuple depuis bien longtemps, si tant est qu'il l'aient représentée un jour: souvenez vous des grèves sous le régime Raffarin, et toutes les suivantes. Le politique, selon eux, ne doit pas se plier à la volonté de la rue (pour le bien du peuple, cela s'entend). Le peuple est immature, c'est pourquoi il n'est pas capable de comprendre les décisions impopulaires prises par ses représentants, et qui lui feront du bien dans le long terme. Le peuple ne peut pas comprendre tout le bien que peut faire la guerre, tout comme il ne peut pas comprendre tout le bien que peut faire la suppression des libertés individuelles, du système de répartition de la richesse, de la couverture sociale, des retraites etc.
Laissez les gouvernants gouverner, c'est vous qui les avez choisis, et vous n'êtes pas compétents pour juger leur travail. On est déjà sympa de vous laisser voter, alors assumez que diable !
Pour revenir à l'article et appuyer son propos, j'aimerais rappeler cette règle: dans la guerre, ce sont les vainqueurs qui écrivent l'histoire. C'est un peu grâce à cela que la France a pu occulter Vichy pendant tant d'années, mais c'est aussi parce que la France n'a pas vraiment gagné cette guerre que Vichy a fini par resurgir, quoi qu'en disent la Marine nationale et son borgne de père.
Qu'à coté on souligne le fait que nous avons des interêts, c'est normal et même nécessaire mais cela n'empêche pas à coté de cela, de faire un acte que nous devions faire.
Mais peut être la propagande me détruit-elle ma capacité à réflechir ?
Pourtant c'est justement la différence avec l'Irak en 2003, ou aucune raison valable existait pour faire la guerre.
Oublier des faits et transformer des hypothèses en faits averés (en n'utilisant pas le conditionnel) est du mauvais journalisme.
Bon, soyons polémique jusqu'au bout, je peux vous dire que le peuple basque est horriblement opprimé en France et Espagne, au point qu'ils doivent lutter par l'attentat terroriste tels les résistants français sous occupation nazie, se font régulièrement tirer dessus par la police et l'armée (gendarmerie), et sont systématiquement emprisonnés. Mais que font les Nation unies? Rien. En fait, sont ils représentatifs de l'avis de la population basque quantitativement parlant? Et des autres citoyens sur le territoire qu'ils revendiquent?
Cela pour en venir a mes interrogations: ces insurgés sont ils représentatifs de la population libyenne? sont ils mobilisés par conflit d’intérêt tribal ou pour une "juste" cause qu'est la "Démocratie"? Au passage, cette notion reste volontairement floue dans vos propos et dans celle des politiques, puisque de cette façon elle permet de satisfaire l'imaginaire de chaque personne. Et l'on sait bien que des démocraties, il y en a autant que de pays, avec une déclinaison hautement variable de la conduite par les peuples présents sur le territoire de ces pays...
Et les élections ivoiriennes qui montre un sublime clivage complètement embourbé entre ces deux camps? Mais bon, pas de pétrole, et le chocolat n'est plus à la mode, ça fait grossir... donc abandon officiel (officieux?).
Bref, votre guerre peut être "juste" ou "non", vos arguments ne sont pas assez construits pour être convaincants, et il manque des éléments (que vous avez peut être) pour y donner mon soutien.
Aucuns pays ne nous a declaré la guerre en 2005 quand nos banlieux se sont embrasés ? Personne a reuni un sommet de l'ONU quand des millions de manifestant protestaient contre la réforme du CPE en 2006, ou plus récemment contre les retraites en 2010 ? Quel pays nous envoie un porte avion afin de libérer la corse où les comissariats et les représentants du pouvoir se font abattre ? Pourtant on pouvait y voir des millions de personnes amassés dans les rues, érigeant des barricades, brulants des voitures, se battant (dans certains cas) contre les forces de l'ordre...
De quel droit aurions-nous laissé un autre pays s'immiscer dans nos affaires internes ?
"Aujourd’hui, la France a l’option de mener la bataille à la fois sur le plan diplomatique, à l’ONU, mais aussi sur le terrain". Je crains qu'il y ait là un peu de naiveté. Avec un peu d'attention tout le monde peut constater que les opérations sont dirigées par un commandement américain à Ramstein (Stuttgart); et si changement il y a c'est pour donner le commandement de fait à lOTAN. La France s'est contentée de détruire quelques chars en premier, bon exercice...mais peu signifiant
Pourquoi l'occident dois faire la pluie et le beau temps ? De quel droit et au nom de qu'elle légitimité ? Cela devient insupportable ! Ils font à leur guise sous prétexte de leur domination militaire et technologique. Rien a changer en fait depuis la conquête des Amériques. Depuis une course folle et suicidaire à la conquête du monde. Aujourd'hui on sais tous que l'énergie et le nerf de la guerre et l'occident est prêt à tout afin de sécuriser son approvisionnement. A chaque fois il utilise l'alibi "des droits de l'Homme et de la démocratie" , sa plus grande arme ! Sincèrement qui peut croire que l'opération déclenché contre la Libye est faite uniquement pour protéger la population !? Pourquoi il ne l'on fait pas avant !? A ce que je sache l'Arabie Saoudite et bien d'autre dans le monde et le monde arabo - musulman ne sont pas des modeles des Droits de l'Homme ! Hier le Yemen , 53 morts ! Ah oui c'est vrai que dans ce pays ce n'est que culture et berceau de la civilisation arabe… et du sable. Pas une goutte de pétrole . Kadhafi bombarde son peuple et cela est inexcusable mais quand Israël bombarde les Palestiniens ou le Liban dans des opérations insupportables d'une autre envergure avec ce cynisme des noms poétiques donnés à ses opérations comme " Plombs durci " …! Dans ces terribles moments là où sont les résolution contraignantes de l'ONU contre Israël ? Aujourd'hui on nous sert " Aube d'une odyssée " pour la Libye ! Mais de qui on se fou !? Cela prêterai a sourire si il n'y avaient pas des vies humaines en jeux. Tempête du désert en Irak , qu'est devenu l'Irak aujourd'hui ? Une immense réserve de pétrole pour les multinationales ceux là même qui tirent les ficelles dans l'ombre. Dés qu'un dirigeant arabe ne se montre pas conciliant pour son pétrole ou pas très copain avec Israël vous pouvez être sûr que l'occident trouvera une raison de lui casser la gueule ! Et toujours sous couvert des droits de l'Homme avec des avions généreux plein de bombes de la démocratie dans ses soutes. Et demain la Syrie et l'Iran ? Cela suffit !
Said Mourjane.