France

La bataille des ni-ni et des non-non à l'UMP

Thomas Legrand, mis à jour le 24.03.2011 à 17 h 05

Le parti majoritaire se déchire au lendemain du 1er tour des cantonales autour de la notion de front républicain.

Jean-François Copé et François Fillon, le 24 septembre 2010. REUTERS/Regis Duvignau

Jean-François Copé et François Fillon, le 24 septembre 2010. REUTERS/Regis Duvignau

Il faut revenir, pour bien comprendre ce qui se passe, sur cette notion de «front républicain» déjà utilisé en 2002. Le terme de «Front républicain» est né sous la plume de Jean-Jacques Servan-Schreiber dans L’Express pour décrire le rassemblement hétéroclite de la SFIO, l’UDSR, des radicaux et de certains néogaullistes afin de contenir la vague poujadiste en 1956. Jean-Marie Le Pen faisait d’ailleurs son entrée au Parlement. Les poujadistes étaient anti-parlementaristes. Poujade et Le Pen proféraient des insultes antisémites à l’encontre de Pierre Mendès-France.

Le Front républicain, c’était ça: on considérait qu’au-delà de la gauche et de la droite, au-delà des oppositions parlementaires, il y avait entre les poujadistes et les partis issus de la Troisième République ou de la résistance, une différence de nature profonde.

L'apothéose de 2002

Cette différentiation est réapparue au début des années 1980 quand le FN a commencé à devenir menaçant. Malgré quelques tentatives d’alliances isolées et locales de quelques personnalités de droite en perdition, la grande majorité des responsables UDF et RPR de l’époque a toujours considéré que le caractère raciste et les racines néo-pétainistes du FN le rendait infréquentable. Le vocabulaire et les références utilisés par Le Pen, le pedigree collaborationniste de plusieurs des co-fondateurs du FN en attestait. L’apothéose de cette différenciation s’est manifestée en avril 2002 quand la gauche française a massivement voté pour Jacques Chirac au second tour, face à Le Pen.

Aujourd’hui cette notion divise la droite et même Nicolas Sarkozy et François Fillon… Remarquons au passage que le président de la République a donné une consigne politique pour des élections locales, ce qui est inédit est assez peu compatible avec l’esprit de la Cinquième République. La seule consigne que le garant des institutions est censé donner, c’est une consigne de participation, de civisme. Le Premier ministre lui, est, toujours d’après les institutions, le chef de la majorité. Il a donné une autre consigne, conforme à la tradition du Front républicain.

Idées et valeurs

Mais cette notion est en perdition. Et c’est logique: à partir du moment où nous avons, d’un côté, le Président qui lance des débats identitaires et manie le thème de la laïcité d’une façon ambigüe, et, de l’autre, Marine Le Pen qui dit défendre la laïcité et qui prend ses distances avec la lecture de la Seconde Guerre mondiale faite habituellement par son père, la frontière entre république et anti-république n’est plus si nette.

Renvoyer dos à dos le FN et le PS, comme l’ont fait Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy, achève d'abolir les distinctions de nature.

Cette attitude choque toute l’aile modérée de la majorité. Les centristes mais aussi beaucoup d’UMP pur jus. La phrase qui résume le mieux l’esprit du Front républicain a été prononcée par Valérie Pécresse:

«Le PS, ce ne sont pas mes idées, le FN, ce ne sont pas mes valeurs.»

Les valeurs sont au-dessus des idées. Il y a donc une cassure idéologique profonde dans la majorité. On sait déjà que le Parti radical de Jean-Louis Borloo s’apprête à quitter l’UMP.

Au fond, cette affaire n’est peut être qu’un petit séisme dans le cadre de la tectonique des plaques politiques. Un autre paysage politique commence à se dessiner… lequel?

Thomas Legrand

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