Life

Le futur des appareils électroniques mobiles

Farhad Manjoo, mis à jour le 12.04.2011 à 10 h 29

Téléphone portable, GPS, tablettes, liseuses... Ils nous accompagnent tous les jours. A quoi ressembleront-ils dans quelques années?

Too connected / seantoyer via FlickrCC License by

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J'ai acheté mon premier téléphone portable il y a un peu plus de dix ans; j'allais quitter la fac, et j'étais à la recherche de mon premier emploi. Je n'en avais pas vraiment besoin; mes amis n'avaient pas de portables, et j'étais presque certain qu'ils se moqueraient de moi (ce qui fut le cas). A l'époque, les appareils de communication mobiles avaient encore un petit quelque chose de tape-à-l'œil et de douteux. Dans l'esprit des gens, les utilisateurs de portables ou de bipeurs ne pouvaient être que trois choses: 

  • a) un médecin
  • b) un trafiquant de drogue et/ou
  • c) un petit con prétentieux

Et je n'étais ni médecin, ni trafiquant. Je voulais un portable parce que j'aimais les gadgets. Si quelqu'un m'avais alors demandé de justifier cet achat, j'aurais répondu que les Européens et les Asiatiques étaient fous de  téléphones portables, et que les Américains les imiteraient sans doute bientôt. Mais pour l'essentiel,  je trouvais plutôt cool l'idée de pouvoir appeler les gens de n'importe où. En un mot, j'appartenais à la catégorie c).

Évolution

Et je n'étais pas le seul. Entre 1997 et 2002, aux Etats-Unis, le nombre d'abonnés à la téléphonie mobile est passé de 55 à 141 millions. L'évolution technologique y fut bien évidemment pour quelque chose. Les portables étaient de plus en plus petits et perfectionnés; au tournant du siècle, la couverture réseau et la qualité de son permettaient déjà de les utiliser n'importe où. Mais tous les gadgets se perfectionnent avec le temps —et même s'ils étaient moins chers qu'avant, les portables étaient loin d'être bon marché, représentant une dépense de plusieurs centaines de dollars par an. Pourquoi tant de personnes ont-elles soudain estimé qu'une telle dépense était justifiée? Je pense pour ma part que l'effet de réseau a joué un rôle déterminant dans ce phénomène. Plus les téléphones portables se sont vendus, plus ils sont devenus utiles: il y avait plus de personnes à appeler, plus de plus en plus de textos à envoyer - et de plus en plus de personnes qui s'attendaient à ce que vous soyez équipé. Au bout d'un moment, les téléphones portables sont devenus si nombreux que notre attitude s'est inversée: ce n'était plus le fait d'avoir un portable qui faisait de vous un petit con prétentieux. C'était le fait de ne pas en avoir.

Au fil des prochaines semaines, je vais écrire une série d'articles consacrée à l'avenir de la technologie. Cette semaine, je m'intéresse aux appareils portables —les téléphones, bien sûr, mais aussi les tablettes, les lecteurs audio, les caméras vidéo, et autre ordinateurs miniaturisés— qui seront à n'en pas douter le prochain défi que devront relever les pionniers de l'informatique. Je suis bien évidemment intéressé par l'évolution technologique de ces gadgets —leur design, leur interface, la puissance de leur processeur, la durée de vie de leur batterie, et leurs logiciels. Mais je pense qu'il est tout aussi important d'imaginer dans quelle mesure la société s'adaptera à ces machines —lesquelles allons-nous adopter? Lesquelles allons-nous rejeter? Quelle utilisation allons-nous en faire? Dans quelle mesure allons-nous tolérer leurs particularités les plus agaçantes? L'avenir de la technologie moderne ne se résume pas à la miniaturisation informatique: c'est la façon dont notre culture va s'adapter à cette miniaturisation qui est intéressante. 

Un gadget pour les gouverner tous

Mais commençons par les machines elles-mêmes. La question la plus simple que l’on puisse se poser au sujet des gadgets de demain est aussi celle à laquelle nous avons le plus de mal à répondre aujourd’hui: de combien d’appareils différents disposerons-nous ? Aujourd’hui, nous possédons un grand nombre d’outils différents, et il arrive que leurs fonctionnalités se chevauchent. Vous pouvez lire un livre sur votre smartphone, votre tablette ou votre liseuse. Vous pouvez écouter de la musique sur votre lecteur audio, votre téléphone ou votre tablette. Lorsque vous partez en voyage, emportez-vous votre téléphone et votre ordinateur portable, votre téléphone et votre tablette, votre téléphone et votre liseuse, ou simplement votre téléphone? Certaines personnes emportent tout —l’année dernière, le Wall Street Journal a ainsi consacré un portrait aux fanas de technologie qui embarquent trop de gadgets électroniques dans leurs valises. (Phil Libin, PDG de l’éditeur de logiciel Evernote, ne se déplace jamais sans un sac à dos de 12 kilos rempli d’ordinateurs, de tablettes, de téléphones, d’appareils photos, de batteries et de câbles en tous genres). Mais la plupart des gens ne consacrent leur temps et leur argent qu’à une ou deux de ces machines. Imaginez maintenant que vous êtes en 2016. Quel gadget allez-vous emporter en allant au travail?

Je parie sur le smartphone et la tablette —autrement dit, je vous imagine avec un petit ordinateur dans la poche et un autre, plus grand, dans votre sac à main ou votre sac à dos. Je ne dis pas que les autres appareils vont disparaître: nous utiliserons encore les liseuses, les ordinateurs portables, les caméras et les lecteurs audio, mais nous considérerons ces derniers comme des outils spécialisés; nous les utiliserons lorsque nous aurons besoin de remplir une tâche bien précise.

Ordinateurs portables: imbattables, mais criblé de défauts

J’estime que les tablettes vont finir par éclipser les ordinateurs portables, et qu’elles vont devenir nos appareils portables de référence; et j’imagine que vous êtes nombreux à ne pas être d’accord avec moi sur ce point. Certes, pour l’heure, les ordinateurs portables (appareils équipés d’un clavier et d’un système d’exploitation semblable à celui d’un PC) ont plus d’un avantage sur les tablettes (gadgets disposant d’un simple clavier tactile et d’un système d’exploitation mobile). Le portable est plus puissant, et il dispose d’un clavier et d’un dispositif de pointage intégré; il est donc beaucoup facile d’écrire et de passer d’une application à l’autre. C’est donc l’outil de travail parfait. Lorsque vous avez besoin d’écrire un long texte, d’entrer beaucoup de données ou de copier-coller des informations d’une application à l’autre (entre autres tâches professionnelles), l’ordinateur portable est imbattable.

Reste qu’il a plusieurs désavantages. Sa grande puissance entraine une faible durée de vie de la batterie (aucun portable ne peut rivaliser avec les dix heures d’autonomie de l’iPad). Son clavier, son dispositif de pointage et son interface le desservent dès lors que vous désirez utiliser autre chose qu’une application de bureautique. Il est plus simple et plus reposant de surfer sur le Web, de lire de longs articles, de jouer à des jeux et d’interagir avec différents médias sur une tablette. Ces tâches peuvent paraître assez peu «sérieuses», mais nous n'achetons pas un gadget mobile pour son sérieux; nous l'achetons pour son potentiel ludique.

Les PC appartenaient à une technologie pensée pour le bureau: ils ont modifié notre façon de travailler, mais ils n’ont pas vraiment changé nos modes de vie le soir ou le week-end. Les téléphones, les tablettes et les autres ordinateurs miniatures font beaucoup plus partie de notre quotidien, et c’est avant tout parce qu’ils sont plus divertissants qu’ils finiront par faire de l’ombre aux PC portables. Lors du lancement de l’iPad, l’an dernier, Apple a sorti un dock avec clavier et des applications de bureautique pour sa machine. Mais comme le fait remarquer Marco Arment, la société semble avoir abandonné l’idée de faire de sa tablette un outil de travail. Elle a interrompu la production du dock avec clavier, et les applications spécialement conçues pour l’iPad 2 (GarageBand et iMovie) sont avant tout pensées pour le divertissement. D'ici 2016, les téléphones et les tablettes seront sans doute devenus des outils de travail acceptables; vous pourrez sans doute vous contenter de ces deux machines en voyage d'affaire. Mais je continue de penser que la frontière séparant les ordinateurs de bureau des gadgets plus ludiques sera toujours aussi marquée. Vous aurez un ordinateur portable pour le travail; pour tout le reste, vous sortirez votre appareil à écran tactile.

Forme et interface

À quoi ressembleront les téléphones et les tablettes de demain? À ceux d'aujourd'hui, en plus fin et plus léger. Cette réponse n'est pas franchement enthousiasmante, mais c'est comme ça. Comme je le disais l'année dernière, la plupart des téléphones et des tablettes prennent aujourd'hui la forme d'une fine plaque de verre, ce qui convient parfaitement à leur fonction; on peut donc dire qu'ils ont atteint les limites du design industriel. Il est certes toujours possible d'imaginer des designs spectaculaires. Un écran flexible ou pliable, par exemple: ouvert, votre téléphone pourrait faire la taille d'un magazine; il suffirait alors de le froisser d'un geste pour le remettre dans votre poche arrière. Mais ces facteurs de forme dernier cri nécessitent une technologie de pointe, et ne sont donc pour l'instant pas adapté à un marché de masse. Par ailleurs, difficile de trouver le cas d'utilisation de ces formes étranges: les téléphones de sept centimètres et les tablettes de 25 centimètres sont parfaitement adaptés à nos mains; ne vous attendez donc pas à ce qu'ils disparaissent de sitôt. 

Il serait plus intéressant de réfléchir à l'interface des gadgets de demain. Je viens certes de dire que les gadgets mobiles étaient avant tout pensés pour le divertissement (de par leurs interfaces tactiles), mais je pense tout de même que le confort de frappe devrait être amélioré sur ces machines. Il peut en effet être particulièrement frustrant d'écrire sur un écran tactile (ou sur les touches des petits téléphones). J'imagine que les logiciels de dactylographie vont s'améliorer avec le temps, et que nous finirons par nous perfectionner —comme les ados avec les claviers numériques de leurs portables. Quoi qu'il en soit, l'inconfort ne va pas disparaitre. Il est toujours possible de connecter un clavier à la tablette, mais cette solution n'est pas acceptable: ce serait une chose de plus à transporter (et à alimenter en piles). Nombre de personnes ont rêvé des années durant d'un clavier à projection —l'image d'un clavier projetée sur une surface plane—, mais cette solution présenterait les mêmes problèmes qu'un clavier tactile. À mon avis, nous allons finir par nous passer du clavier pour les tâches simples, et nous ferons de plus en plus appel à la reconnaissance vocale. Les téléphones Android savent déjà reconnaître un grand nombre de termes: il est déjà possible de mettre le clavier de côté pour rechercher une définition ou une destination (ou toute autre entrée de un ou deux mots). Les experts de la reconnaissance vocale de Google nous assurent que cette technologie progresse très rapidement. Nous pourrions donc dicter la plupart de nos emails et de nos sms, sans erreurs ou presque, dans moins de cinq ans.

Applications et communication: incursion du virtuel dans le réel

Mais mettons la technologie de côté pendant un instant, et tentons d'imaginer ce la prochaine génération d'appareils portables va nous permettre de faire. Pour ma part, je m'intéresse tout particulièrement aux applications qui changent notre façon de communiquer avec autrui —et avec le monde qui nous entoure. Si chacun disposait d'un téléphone portable constamment connecté à Internet, la planète gagnerait beaucoup en puissance de traitement. Mais que pouvons-nous faire d'une telle puissance?

D'une, nous allons commencer à numériser certaines parties du monde réel, ce qui nous permettra de partager des ressources et de créer des entreprises via des marchés en ligne. Vous avez un smartphone, une voiture et un peu de temps devant vous? Devenez chauffeur de taxi à temps partiel: une start-up, Uber, permet ainsi aux automobilistes de rentrer en contact avec des passagers éventuels via la magie du GPS et de la connexion Internet permanente. Ou contactez Park Circa, qui vous permet de transformer l'allée de votre maison en place de parking. Lorsque quelqu'un s'y gare, il vous rémunère à l'aide de son smartphone. Open Spot, une application de parking élaborée par Google, est encore plus ingénieuse: lorsque vous quittez une place, vous indiquez qu'elle est libre; et lorsque vous en cherchez une, vous pouvez regarder s'il y en a une dans le coin sur votre téléphone.

Notez que chacune de ces applications se conforment à la théorie de l'effet de réseau: plus l'application a d'utilisateurs, plus elle est efficace. Appelons cela la loi de Moore des gadgets mobiles. Dans les prochaines années, nous allons être envahis par les applications sociales et celles tenant compte de notre localisation. A première vue, certaines d'entre elles nous paraitrons quelque peu superflues. Mais vous verrez: lorsque les smartphones vont se populariser, et que de plus en plus d'utilisateurs vont se connecter au réseau, bon nombre de ces applications vont s'avérer utile —et même irrésistibles.

Seul ombre au tableau: les batteries. Leur rythme d'évolution est le plus lent de tous. En 2016, nous devrons encore recharger nos portables une fois par jour. (Désolé, mais c'est la pure vérité.)

Et vous, comment voyez-vous l'avenir de l'informatique mobile?

Farad Manjoo

Traduit par Jean-Clément Nau

Farhad Manjoo
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