Pourquoi y a-t-il si peu de pillage au Japon?
Au milieu du chaos, comment se fait-il que les Japonais ne se mettent pas à dévaliser les commerces? C’est le fonctionnement de la société nippone qui l’explique.
- Dans un supermarché de Tokyo le 16 mars 2011. REUTERS/Issei Kato -
Si votre appartement avait été secoué par un séisme de magnitude 9, frappé par un tsunami et imprégné de particules radioactives provenant d’une centrale nucléaire, vous auriez le droit de péter les plombs. Pourtant, les sinistrés japonais sont d’un calme à toute épreuve. Ils font la queue devant les supermarchés. La vie est «particulièrement bien organisée», rapporte la chaîne PBS. «La discipline japonaise s’impose malgré le désastre», résume un chroniqueur du Philippine Star.
Chacun connaît les stéréotypes (qui se vérifient souvent) sur les Nippons: ils sont d’une honnêteté et d’une discipline extraordinaires. C’est une société «collective», qui fait primer le groupe sur l’individu! Evidemment qu’ils ne vont pas se mettre à voler dans les magasins après la catastrophe naturelle la plus dévastatrice de leur vie, contrairement à certains habitants de la Nouvelle-Orléans, en 2005, après l’ouragan Katrina, ou à des Haïtiens à la suite du séisme qui a frappé l’île en 2010. Bien qu’affamés, les Japonais s’astreignent à respecter les files d’attente qui grossissent devant les magasins d’alimentation.
Selon Mark D. West, professeur à la faculté de droit de l’Université du Michigan, ces explications culturelles sont insuffisantes, car elles forment un cercle: «Pourquoi les Japonais ne se livrent pas au pillage? Parce que ce n’est pas dans leur culture. Comment cette culture est-elle définie? On ne pille pas.» Il existe des explications sans doute plus convaincantes, de nature structurelle: un solide système de lois qui incite à l’honnêteté, une forte présence policière et, paradoxalement, des organisations de crime organisé très actives dans le maintien de l’ordre.
Une honnêteté motivée
Si les Japonais sont l’un des peuples les plus honnêtes, c’est peut-être parce que la structure juridique du pays récompense cette honnêteté plus qu’ailleurs. Dans une étude réalisée en 2003 sur la célèbre politique du gouvernement japonais visant à récupérer les objets perdus, Mark D. West explique que les taux élevés de récupération sont moins liés à l’altruisme qu’à la politique de la carotte et du bâton, qui encourage les gens à ramener les objets trouvés au lieu de les garder pour eux. Par exemple, si vous tombez sur un parapluie égaré et que vous le rapportez à la police, vous percevrez 5 à 20% de sa valeur si son propriétaire vient le récupérer. Si personne ne se manifeste au bout de six mois, le parapluie sera à vous, si vous le souhaitez.
Dès le plus jeune âge, les Japonais apprennent à fonctionner avec ce système. Aussi, lorsqu’un enfant se rend pour la première fois au commissariat de son quartier pour rapporter une pièce de monnaie –pour donner un exemple–, c’est un véritable rite d’initiation pris très au sérieux par le gamin et les policiers. En même temps, les mesures de la police face aux petits délits, comme les larcins, sont très strictes, un peu à l’image de la politique de la vitre brisée mise en place à New York dans les années 1990. Si vous ne rendez pas un portefeuille que vous avez trouvé, vous risquez, dans le meilleur des cas, de subir plusieurs heures d’interrogatoire, dans le pire, de passer 10 ans au trou.
Présence policière
Fortes de 300.000 agents, les forces policières japonaises sont visibles et très actives dans tout le pays. Les gardiens de la paix arpentent leur secteur et discutent avec les habitants et les commerçants. Ils assurent des permanences dans les très nombreux kobans, ces cabines ou petits locaux occupés par un ou deux agents. Dans certaines villes, ces mini-postes de police sont parfois séparés d’une ou de deux centaines de mètres. En 1992, une enquête a révélé que 95% des Japonais savaient situer le koban le plus proche de chez eux; 14% connaissaient même le nom d’un agent qui y était affecté.
Au Japon, les policiers sont bien payés, si bien que de nombreux jeunes diplômés sont attirés par la profession. Par ailleurs, ils bénéficient de logements sociaux très intéressants. Les forces de l’ordre sont proches de la population et cultivent cette proximité: la police métropolitaine de Tokyo a même une mascotte, Pipo-Kun (dont le nom signifie «peuple + police»). En outre, la police nippone est compétente: en 2010, le taux de résolution des meurtres a atteint 98,2%!, rapporte Mark D. West (un chiffre si incroyable que certains soupçonnent que certains meurtres n’ont pas été pris en compte).
Crime organisé
Depuis que le séisme a fait trembler le nord-est du Japon, les policiers ne sont pas les seuls à surveiller le pays. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les yakuzas aussi maintiennent l’ordre. Les trois principales organisations criminelles du pays –les Yamaguchi-gumi, les Sumiyoshi-kai et les Inagawa-kai– «ont formé des escouades chargées de patrouiller les rues de leurs territoires et de s’assurer qu’aucun pillage ou vol n’ait lieu», écrit dans un e-mail le reporter Jake Adelstein, auteur de Tokyo Vice: An American Reporter on the Police Beat in Japan [il a accompagné des policiers japonais sur le terrain]. «Les Sumiyoshi-kai disent avoir acheminé plus de 40 tonnes d’[aide humanitaire] dans le monde entier, et je crois que qu’il s’agit d’une sous-estimation.» Un de ces groupes a même ouvert ses bureaux à Tokyo pour accueillir les Japonais et étrangers qui se sont retrouvés bloqués après l’interruption des services de transport en commun, à la suite des premières secousses.
«Comme me l’a expliqué par téléphone un chef des Sumiyoshi-kai, raconte Jake Adelstein, en temps de crise, il n’y a pas de yakuzas, de civils ou d’étrangers. Il n’y a que des hommes et des femmes, et nous nous devons d’être solidaires.»
Même en temps normal, les yakuzas font respecter l’ordre. Ils pratiquent l’extorsion de fonds, gèrent des réseaux de prostitution et de narcotrafiquants, mais ne tolèrent pas le vol.
A l’évidence, la culture japonaise de l’entraide explique dans une certaine mesure le calme avec lequel les Nippons réagissent à la double catastrophe dont ils ont été les victimes. Mais il convient de souligner le rôle joué par les systèmes et les institutions qui encadrent la société japonaise.
Jake Adelstein cite un vieil adage japonais qui aide à mieux comprendre cet état d’esprit solidaire:
«Votre gentillesse finira toujours par être récompensée. La charité est un bon investissement.»
Toute médaille ayant son revers, ceux qui ne sont pas gentils seront punis.
Christopher Beam
Traduit par Micha Cziffra
Mis à jour le 23/03/2011 à 12h35















































J'ai vu une femme à Osaka, sans abri, installée dans une petite ruelle à l'abris de la "civilisation", loin des gens, loin des regards, debout, le regard droit mais vide... sans possibilité d'être aidée.
J'aime le Japon et ses habitants, mais il ne faut pas tomber dans la contemplation hébétée : c'est une société très dure, qui isole facilement l'individu (il existe dans chaque ville de grandes affiches donnant un numéro de téléphone vert pour lutter contre la solitude par exemple). Le collectif l'emporte sur l'individu, à l'inverse de nos société occidentales, et latines surtout. Et comme le dit le proverbe, au Japon, "le clou qui dépasse doit être martelé".
Courage à ce magnifique peuple, quoiqu'il arrive.
Sévère mais privilégiant la notion de trouble à faire cesser et amalgame des différentes conceptions des Lois pénales Allemandes, Françaises et Anglo-Saxonnes, cette histoire reflète la situation que vous décrivez. Il s'agit bien de l'intérêt commun qui est privilégié en prenant le meilleur des différentes cultures pénales. Je n'irai pas jusqu'à en déduire la relation de cause à effet, mais il me semble que cet éclairage explique aussi pas mal de choses.
très cordialement
C'est quoi la différence entre le vol et l'extension de fonds??? Faudra qu'ils m'expliquent... c'est vrai qu'extorsion de fonds, ça fait plus "crime de col blanc"
A l'inverse cet article nous montre l'envers d'une culture, qui bien que reposant sur une spiritualité, est façonné par une rigueur "voulue", "subie" ou bien "acceptée". Ce qui explique ces comportements , et là le point de vue de l'article est intéressant, est; une culture façonnée par la peur (police-sanction-Yakusa), et perpétuée par le rite (acte honnête récompensé)est-elle une société libre?
Mais bon, l'ignorance c'est la force
Avant d'ériger en vérité un article dépourvu de critiques et publications scientifiques, mais qui rassure sans doute ceux qui classent les hommes, il faut avoir soi-même un esprit critique, que malheureusement votre test ne peut montrer.
En parlant de mouton, j'aimerais connaître le nom de votre berger. Vous savez celui qui vous a "ouvert les yeux" sur l'inégalité des hommes entre eux ...
j'ai lu votre article sur l'honnêteté des japonais. J'ai été choqué par votre article car vous affirmez des choses fausses. Lorsqu'on rapporte un parapluie, il n'y a jamais eu de récompense comme vous l'affirmez sur cet article. C'est faux. Demandez à n'importe quel japonais ou bien à la police japonaise, je n'ai jamais entendu parler d'une telle récompense pour les objets trouvés. Je me demande si vous avez déjà vécu au Japon car vous affirmez qu'on peut percevoir 5 à 20% de la valeur d'un parapluie si le propriétaire vient le récupérer : mais vous avez vu ça où??!!!! Par contre, pour l'argent liquide, il est vrai qu'on peut percevoir une récompense del'ordre de 5%, mais sachez que la majorité des gens refusent cette récompense. Cet article donne l'impression que les japonais sont honnêtes seulement parcequ'ils sont motivés cette récompense et je puis vous affirmer que ce n'est pas du tout vrai. J'ai déjà laissé 10 000 yens dans une cabine téléphonique, et la personne après moi me la apporté de suite. J'ai déjà oublié un attaché caisse dans un taxi à Osaka avec du liquide à l'intérieur (environs 30 000 yens), je l'ai récupéré au lobby de mon hotel ou j'avais pris le taxi, avec tout l'argent à l'intérieur, ce sont des choses très courrantes au Japon et personne ne demande de récompense. Je puis vous affirmer que c'est vraiment par pur honnêteté et gentillesse que la plupart des gens agissent ainsi. Pardonnez moi mais je trouve votre article indécent et très offensant pour les japonais car il ne reflète en rien la mentalité des japonais. Par ailleurs vous affirmez que si quelqu'un garde un porte monnaie, il risque 10 ans de prison : d'où tenez vous une telle information???!!! ce n'est absolument pas vrai! Concernant la présence policière : n'avez vous jamais remarqué que dans les rues de Tokyo il y a nettement moins de policiers qu'en France?? Je suis perplexe de voir de telles affirmations. Je pense que vous n'avez jamais vécu au Japon. Il serait bien que vous rectifiez cet article car il ne reflète en rien la réalité de l'honneté des japonais. Et je suis tout à fait d'accord avec Cirimax, le Japon est un pays très imprégné de Bouddhisme. La notion de causalité que vous décrivez est appelée par les japonais "bachi". Si on fait quelque chose de mal, on va avoir un bachi "warui koto o suru to bachi ga ataru". c'est tout à fait vrai. Meilleures salutations.
Les japonais honnêtes. Lisez les news japonaises, il n'y a pas un jour sans des histoires d'escroquerie, d'arnaques en tout genre. Ce n'est pas parce qu'on n'étale pas le linge sale en publique que les problèmes n'existent pas. Plus honnêtes pour certaines choses oui (rendre un portefeuille trouvé) qui pour nous avec nos yeux d'occidentaux et nos critères d'occidentaux nous laissent croire que les japonais son hyper honnêtes. C'est la même chose pour ce mythe sur la politesse, la propreté etc....
J'adore l'histoire du parapluie. Dans THE pays où on se fait voler son parapluie fréquemment et où les parapluies ne valent rien (entre 1 et 5 euros pour la plupart). C'est tellement banal que ce n'est même plus considéré comme du vol mais comme un "emprunt". J'imagine bien le gars venir rendre un parapluie en plastic à 5 euros pour en retirer 5 à 20%. C'est pareil pour les vélos. Voilà pourquoi la "police présente en force" passe une bonne partie de son temps à faire des contrôles de vélos pour voir s'il ne s'agit pas d'un vélo volé. Voilà pourquoi si vous avez un parapluie de valeur, jamais il ne faut le laisser dans le panier à parapluie à part si vous êtes chez vous.
Quant aux policiers oui ils sont présents, mais ils sont plus là pour faire du lien social, de la police de proximité, on aime les utiliser pour nous indiquer le chemin quand on est perdu mais pour les délits et autres crimes ils sont beaucoup moins efficaces. Sans parler de la corruption et des bavures en tout genre de policiers mêlés eux mêmes à des délits. Au Japon on n'aime pas les dossiers qui fâchent, comme pour les séniors immortels (voir scandale de l'année dernière sur les personnes âgées)si toutes les plaintes et dépositions étaient vraiment prises en compte, si moins d'affaires étaient réglées "à l'amiable", les chiffres seraient bien plus élevés.
L'autre point commun du Japon et de la Corée du sud c'est leur politique d'immigration zéro, on en tirera les conclusions qu'on voudra, mais ça fait aucun doute qu'un peuple uni et uniforme réagit mieux en temps de crise.
De plus l'argument de la charité récompensée est un peu faible puisqu'on le retrouve tout autant dans la culture chrétienne qui à la différence de celle des yakuzas va même jusqu'à exporter sa charité.
Du coup je crains d'avoir à faire à une mode où il est de bon ton de faire l'éloge du japon et je reste sur ma faim en m'interrogeant sur les raisons de la persistance d'un contrôle social aussi fort.