Monde

Libye: s'arrêter à Benghazi ou chasser Kadhafi

Daniel Vernet, mis à jour le 19.03.2011 à 21 h 36

Le vote de la résolution 1973 est un espoir pour la ville rebelle et les révolutions arabes. Mais Kadhafi tente sur le terrain de prendre rapidement pied à Benghazi et de sérieusement compliquer la tâche des aviations occidentales.

A Tobrouk, manifestation de joie, le 18 mars, après le votre de la résolution de

A Tobrouk, manifestation de joie, le 18 mars, après le votre de la résolution de l'ONU. REUTERS/Suhaib Salem

En dépit d'une annonce unilatérale de cessez-le-feu qui ne visait qu'à semer la confusion, les troupes de Kadhafi cherchaient à profiter du laps de temps avant les frappes aériennes françaises, anglaises et peut-être américaines pour entrer dans Benghazi, le fief de la rébellion. Samedi 19 mars au matin, des hommes de Kadhafi étaient dans les faubourgs de la ville qui par ailleurs subissaient des bombardements d'artillerie.

Une intervention militaire, autorisée le 17 mars par la résolution 1973 du Conseil de sécurité, pourrait débuter à l'issue du sommet de l'Union européenne-Ligue arabe-Union africaine qui doit se tenir samedi dans l'après-midi à Paris.

En annonçant la fin des combats puis en tentant de prendre pied dans Benghazi, le dictateur libyen espère pouvoir entamer des négociations et ainsi sauver son pouvoir. Même s’il doit céder du terrain dans l’est de la Libye, ce serait pour lui un succès. Il est toutefois peu probable qu’il y parvienne.

La grande majorité des Etats, y compris la Russie, lui a déjà dénié toute légitimité et réclamé son départ. La question est de savoir si la communauté internationale se contentera du gel de la situation. Sur ce point, la résolution du Conseil de sécurité est ambigüe. Elle autorise «toutes les mesures nécessaires» (sauf l’envoi de troupes au sol) afin de protéger les populations civiles, mais elle ne prévoit pas une intervention destinée à chasser Kadhafi.

La France, la Grande-Bretagne et les autres pays qui se sont déclarés prêts à participer à une opération aérienne, y compris le Qatar et les Emirats arabes unis, envisagent-ils de prendre ouvertement le parti du Conseil national libyen de transition? Et d’intervenir en Libye pour conforter à Benghazi des dirigeants hostiles à Kadhafi et à ses suppôts, voire pour aider ces dirigeants à s’installer à Tripoli? L’intervention prendrait alors une autre dimension. Sa justification ne serait plus humanitaire mais politique.

Les tyranneaux

Les arguments en faveur d’une telle décision ne manquent pas. Il est clair qu’en annonçant l’arrêt des combats, le régime Kadhafi cherche à éviter que des frappes n’affaiblissent son armée ou ne provoquent une débandade parmi les mercenaires qui la composent. Il cherche à gagner du temps et à renforcer le camp des Etats membres du Conseil de sécurité opposés à une intervention militaire. La Libye a officiellement déclaré qu’en tant que membre de l’ONU, elle se sentait liée par les décisions de l’organisation, raison pour laquelle elle décrétait un cessez-le-feu. Ne se laisseront tromper que ceux qui le veulent bien.

Ce n’est pas la première fois que le colonel Kadhafi essaie de retrouver une place dans la communauté des nations après avoir été mis au ban de celle-ci. Même les plus chauds partisans actuels d’une intervention musclée contre lui s’y sont naguère laissé prendre.

Les temps ont changé. Ce qui est en jeu autour de Benghazi, c’est non seulement le sort du mouvement populaire en Libye mais l’avenir des révolutions dans le monde arabe. Si Kadhafi parvient à faire la démonstration que les régimes autoritaires peuvent perdurer s’ils ont recours à la force, il redonnera du courage à tous les tyranneaux du Moyen-Orient et au-delà, dont le pouvoir est contesté dans la rue. S’il perd, les mouvements populaires garderont espoir.

Cette réflexion pèse lourd au moment où les dirigeants occidentaux doivent prendre la difficile décision d’entrer en guerre.

Daniel Vernet

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Journaliste
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