Culture

Nate Dogg, un doigt d'honneur dans une voix de velours

The Root, mis à jour le 20.03.2011 à 7 h 20

Il a posé sa voix sur de nombreux titres rentrés dans la légende du rap, où son ronronnement de baryton cachait souvent des paroles injurieuses.

Le rappeur Nate Dogg en 2003, REUTERS/Fred Prouser

Le rappeur Nate Dogg en 2003, REUTERS/Fred Prouser

Aucun artiste n’a jamais aussi joliment chanté des insanités que Nathanial Dwayne Hale, mieux connu sous le nom de Nate Dogg. Le hook man du hip-hop, décédé le 15 mars à 41 ans de causes inconnues, avait ce don étrange d’enrober les vulgarités et de rendre les menaces plaisantes à l’oreille.

À mille lieues du contenu grossier de la musique qui l’a rendu célèbre, Nate Dogg, fils de pasteur, débuta sa carrière de chanteur à l’église. Il abandonna l’école à l’âge de 16 ans pour s’engager dans la marine, et en 1991 forma le groupe 213 (référence à l’indicatif téléphonique de Long Beach, en Californie, où il habitait) avec les jeunes Snoop Dogg et Warren G. Warren fit écouter la cassette de démonstration du groupe débutant à son demi-frère Dr. Dre pendant une soirée, et c’est ainsi que fut lancée leur carrière de musiciens professionnels.

Voix du courant G-funk, sous-genre hip-hop dérivé de la culture des gangs lancé par Dr. Dre, Warren G et les autres membres du Dogg Pound, Nate Dogg fut le chanteur qui infusa une saveur R&B au mélange de rimes et de rythmes hard-core. Aussi agressif et cru que le reste de son équipe, Nate faisait avec le chant ce qu’ils faisaient avec le rap. Prenons par exemple son extrait sans doute le plus célèbre, sur «Ain't No Fun» (If the Homies Can't Have None) de Snoop Dogg: «When I met you last night baby … I had respect for ya lady/but now I take it all back.» [Quand je t’ai rencontrée hier soir bébé, j’te respectais Mademoiselle, mais aujourd’hui plus du tout].

Sur le papier (ou sur votre écran), ses mots semblent vils, misogynes et franchement crétins—et oui, au fond c’est ce qu’ils sont—mais quand Nate Dogg les chantait avec son ronronnement de baryton si caractéristique, beaucoup lui pardonnaient ses sentiments vulgaires parce qu’il était si coooool.

Il vous faut des preuves? Allez dans n’importe quelle boîte ou soirée où se trémoussent de jeunes blacks cultivés en pleine ascension de l’échelle sociale, et regardez leur réaction quand passe une chanson où l’on entend Nate. Mêmes les jeunes femmes les plus bourges s’abandonnent à chanter en chœur avec insouciance parce qu’évidemment, ça ne peut pas être d’elles qu’il parle.

C’est ça la bonne musique: elle est souvent capable de transcender la logique ou nos normes sociales habituelles, et nous permet de nous laisser aller. Pas besoin d’être misogyne ou d’être une femme qui se déteste pour aimer «Ain't No Fun,» tout comme il n’était pas obligatoire d’être un gangsta pour apprécier le mégahit de 1994 de Warren G et Nate Dogg «Regulate.» Dans cette chanson, Warren G joue le rôle de la victime sur le point de se faire dépouiller jusqu’à ce que son Don Juan de pote Nate Dogg n’intervienne, tous flingues dehors, et lui sauve la face. «I laid all them busters down/I let my gat explode/Now I'm switching my mind back into freak mode [J’ai fait se coucher ces bâtards/je les ai flingués grave/maintenant je retourne en mode je flippe]» chante Nate.

S’il n’a jamais connu le succès en solo de son homologue Snoop, ses interventions sur des tubes de Dogg Pound et d’anciens associés de Death Row comme Dr. Dre et Snoop—ainsi que d’artistes comme Ludacris, 50 Cent, Fabolous, Mos Def et Pharoahe Monch—ont fait de lui le roi incontestable du hip-hop hook. Le rap ne sera plus jamais le même.

Timmhotep Aku est journaliste free lance et critique culturel à Brooklyn, N.Y. Et il kiffe les filles bourges qui chantent du rap insultant.

Traduit par Bérengère Viennot

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