Monde

Faut-il aider le Japon?

Solène Cordier, mis à jour le 18.03.2011 à 10 h 31

Trois organisations françaises ont lancé des appels aux dons. Des voix s’élèvent contre ces collectes.

Collecte de la Croix Rouge vietnamienne, le 18 mars 2011 à Hanoi. REUTERS/Kham

Collecte de la Croix Rouge vietnamienne, le 18 mars 2011 à Hanoi. REUTERS/Kham

Depuis vendredi 11 mars, des images de désolation nous parviennent du Japon. Séismes, tsunami et alerte nucléaire menacent la troisième puissance économique mondiale. Mercredi 16 février, le dernier bilan provisoire des victimes s’élevait à 3.600 morts et 7.758 personnes étaient portées disparues, sur une population totale estimée en 2009 à 127.560.000 habitants (source Banque Mondiale). Des centaines de milliers de personnes ont dû quitter leurs logements, détruits ou menacés par des risques nucléaires.

Quelques heures seulement après l’annonce du tremblement de terre, suivi de plusieurs vagues dévastatrices, le Secours Populaire a lancé un appel aux dons, indiquant dans un communiqué:

«Le Secours populaire français a besoin d’argent pour agir et lance un appel à la générosité du public. Le Secours populaire français se réserve le droit d'utiliser les fonds collectés pour toutes les conséquences liées à la catastrophe.»

Le 15 mars en fin de journée, l’association avait reçu 57.197 euros de dons.

Deux jours après le séisme, la Croix Rouge française a elle aussi choisi d’appeler à la générosité, et la Fondation de France a annoncé l’ouverture d’un fonds de solidarité [PDF].

En revanche, les ONG dites urgentistes telles que Médecins sans Frontières n’ont fait aucune annonce, malgré la présence d’une dizaine de leurs membres sur place.

L’appel à la collecte sous le feu des critiques

Aux Etats-Unis, de nombreux articles s’interrogent sur la pertinence d’une solidarité pécuniaire (par exemple ici ou ici, ou encore ). Le New York Times a ouvert un espace de débat sur son site, où partisans et adversaires de l’aide confrontent leurs points de vue. On peut y lire par exemple sous la plume d’un chef d’une entreprise basée au Japon qu’«actuellement l’urgence est d’apporter le plus d’assistance et d’expertise pour reprendre le contrôle des centrales nucléaires».

La richesse du Japon constitue le principal argument de ceux qui refusent que les citoyens soient sollicités financièrement. D’accord pour une solidarité au niveau des Etats, disent-ils en substance, mais quel intérêt pour les ONG de se déployer sur le terrain?

A bien y regarder, le message délivré par les organisations humanitaires françaises ne rentre pas en contradiction avec cette vision. La Croix Rouge française sollicite ses donateurs uniquement dans une optique de partenariat avec la Croix Rouge Japonaise et la Fondation de France, fidèle à son fonctionnement habituel, attribuera les fonds recueillis à des projets portés par des associations japonaises, nous assure-t-on.

Seul le Secours populaire tient un discours un peu différent. Même si l’association compte intervenir avec la fondation Renata en guise de partenaire local, elle n’apparaît pas seulement comme un intermédiaire financier entre les Français et des organisations japonaises. «Nous sommes actuellement en train d’évaluer les besoins, explique Ismail Hassouneh, secrétaire national en charge de la solidarité mondiale. Au début, notre aide d’urgence sera apportée aux familles déplacées et aux personnes âgées qui se trouvent dans les foyers.»

Elan compassionnel

Plutôt que de s’étendre sur l’utilisation concrète des dons, les trois porte-parole des associations françaises ayant appelé aux dons préfèrent mettre l’accent sur l’élan de compassion très fort qui leur est parvenu. «Beaucoup de personnes et d’entreprises sont venues nous voir dès vendredi pour nous dire qu’ils voulaient aider mais ne savaient pas comment», affirme Francis Charhon, directeur général de la Fondation de France. Idem à la Croix Rouge, où le porte-parole Jean-François Riffaud insiste sur la solidarité intrinsèque des 186 sociétés de la Croix Rouge ou du Croissant Rouge. «Ce n’est pas parce qu’un Etat ne demande pas d’aide internationale que la Croix Rouge locale n’a pas besoin d’argent», détaille-t-il.

Car pour l’heure, le gouvernement japonais n’a pas fait d’annonce dans ce sens. Seul le maire de Koriyama, une petite localité située dans les environs de la centrale de Fukushisma, a indiqué publiquement le 16 mars: «J’aimerais lancer un appel au monde: nous avons besoin d’aide.»

Certes, l’étendue des dégâts au Japon justifie pleinement l’émotion ressentie à travers le monde. Mais l’action des ONG étrangères ne peut répondre à une seule logique compassionnelle au risque d’être taxée, sur un plus ou moins long terme, de stratégie de communication.

Solène Cordier

Article initialement publié sur le site Youphil.com, fondé par Jean-Marie Colombani, également cofondateur de Slate.

Solène Cordier
Solène Cordier (3 articles)
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