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Espoir à Fukushima (MàJ)

Jean-François Augereau, mis à jour le 21.03.2011 à 4 h 58

Les Japonais ont réussi à retrouver un certain contrôle de la situation. Mais la centrale a déjà rejeté dans l'atmosphère plus d'un dixième des matériaux radioactifs répandus en 1986 par les réacteurs de Tchernobyl.

Explosion vue par satellite à Fuskushima  / REUTERS

Explosion vue par satellite à Fuskushima / REUTERS

Prenant de grands risques à l'intérieur d'une zone fortement irradiée, les équipes d'intervention de Fukushima ont enregistré un nouveau succès, dimanche 20 mars, en rétablissant l'électricité dans le réacteur n° 2 de la centrale. Les ingénieurs espèrent rétablir le fonctionnement de la salle de contrôle, de l'électricité et du système de refroidissement dans le réacteur n° 1 relié au deuxième par un câble.

Les techniciens vont ensuite tenter la même opération pour les réacteurs n° 3 et 4. Le réacteur n° 3 a été arrosé pendant la moitié de la journée de samedi par des camions de pompiers, ce qui a permis de refroidir ses barres de combustible nucléaire surchauffées, a dit le gouvernement. Cette unité focalise les principales inquiétudes, car elle contient du MOX, un combustible instable à base de plutonium.

Chaque minute compte pour les opérateurs de la centrale de Fukushima-1 dont certains des réacteurs et des installations, dévastées par le séisme et le tsunami du 11 mars, menacent ruine. Tous n’ont qu’un objectif. Refroidir la centrale et refroidir encore. A n’importe quel prix et par n’importe quel moyen. Le réseau qui alimente les réacteurs en électricité étant défaillant et les diesels de secours qui devaient prendre le relais l’étant aussi, on fait au mieux, avec des personnels qui prennent de grands risques du fait du rejet de matières radioactives dans l’environnement.

Cœurs de réacteurs endommagés, piscines de stockages de combustibles bouillonnantes, circuit de refroidissement détruits ou fortement endommagés, courts-circuits nombreux, lignes d’alimentation électrique perdues et personnels courageux exposés à une radioactivité qui monte. Tel est le spectacle de fin du monde que présente le site de Fukushima. Comment croire alors que la situation puisse s’améliorer? Hier très pessimiste, Thierry Charles, directeur de la sûreté des installations de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (ISRN), a pourtant estimé «qu’il y [avait] une lueur d’espoir» et que l’on assistait «à une certaine reprise du contrôle de la situation».

 Les raisons de cet optimisme  tempéré? Le largage, mercredi 16 mars, depuis des hélicoptères, d’eau sur les piscines des  réacteurs N°3 et N°4 pour les refroidir. «Si on l’a fait, dit-il, on pourra le refaire».  L’arrivée ensuite des canons à eau qui pourront faire ruisseler l'eau dans les piscines et sur les enceintes de confinement. Le tirage annoncé de quelques lignes électriques pour alimenter des pompes et injecter de l’eau dans des circuits que l’on sait endommagés mais qui fonctionneraient quand même en mode dégradé. Et toujours l’injection dans des conditions sûrement difficiles d’eau de mer chargé en bore – La France va en fournir 95 tonnes – pour que les réacteurs restent sous-critiques et n’entrent pas en fusion.

Ainsi «on retrouve du temps», explique Thierry Charles. Mais pas de quoi pavoiser. Sur les trois réacteurs de la centrale de Fukushima qui étaient en fonctionnement au moment de l’accident, seuls deux, le N°1 et le N°3, seraient dans une situation stable. Le cœur du premier serait partiellement dénoyé mais refroidi par des injections d’eau de mer. Il serait endommagé à 70% et pourrait présenter des zones de fusion. Mais rien encore qui ressemble à ce magma brûlant d’infrastructures et de combustibles - le corium – dont tous les ingénieurs redoutent l’apparition en cas de dénoyage total de l’installation parce qu’il percerait la cuve et attaquerait ensuite les fondations du réacteur.

Pour le moment, l’enceinte de confinement qui l’abrite, aurait toujours son intégrité et la garderait au prix de dépressurisations volontaires malheureusement entachées du largage concomitant de quelques rejets de matières radioactives dans l’environnement. Le réacteur N°3 serait dans une situation analogue avec un cœur partiellement dénoyé mais avec une enceinte de confinement présentant quelques brèches. Reste le réacteur N°2 dont le cœur, un moment dénoyé, serait endommagé à 33%  et de nouveau sous eau. L’enceinte de confinement serait endommagée sans que son étanchéité soit vraiment remise en cause.

Les trois autres réacteurs de la centrale de Fukushima ne sont heureusement pas du tout dans le même état. Ils étaient tous à l’arrêt au moment de l’accident et, selon les informations dont on dispose, le cœur du N°4 aurait été déchargé avant les événements et ceux des réacteurs N°5 et N°6 probablement. Ce qui inquiète donc, ce sont moins ces trois machines que l’ensemble des piscines dans lesquelles est entreposé le combustible usé de chaque réacteur pour qu’il se refroidisse avant son transport vers d’autres lieux. L’équivalent d’une vingtaine de cœurs de réacteurs, usés ou en activité seraient ainsi présents sur le site, soit environ 2.000 tonnes de combustible. Problème: ces piscines sont dans la partie haute de ces réacteurs.

Du fait des incendies et des explosions relatives au largage de l’hydrogène produit par la réaction de l’eau sur les gaines de zircaloy du combustible, certaines sont à l’air libre, insuffisamment refroidies et pas totalement étanches. Deux d’entre elles seraient  même en ébullition: celles des réacteurs 3 et 4.  La première contiendrait l’équivalent d’un peu moins d’un cœur de réacteur et serait fissurée et la seconde, fortement dégradée, en abriterait deux et demi. Quant à celles des réacteurs N°1 et N°2, elles seraient dans un état stable, avec la moitié d’un pour la première et un peu plus d’un pour la seconde. A cela il faut ajouter les nombreux – 6.200 - assemblages de combustibles relativement froids qui attendent depuis longtemps dans la grande piscine de désactivation du site!

A laisser mijoter dangereusement tout cet ensemble on court bien évidemment des risques. Celui en particulier de polluer durablement l’environnement et de contaminer, outre les personnels de la centrale, les populations proches. Certes les rejets de matières radioactives,  accidentels ou volontaires, qui ont permis de faire baisser la pression dans les enceintes de confinement – l’une des trois barrières de protection de ces installations – n’ont concerné que les produits les plus «dispersables»: iode, tellure, krypton, césium. Mais si l’iode n’a qu’une demi-vie de 7 jours et disparaît au bout de dix de ces périodes, le césium ne le fait qu’au bout de 300 ans. Il reste donc à souhaiter que surchauffes, dénoyages et refroidissement soient rapidement maîtrisées pour éviter que des explosions accidentelles de vapeur ne larguent à leur tour dans l’atmosphère des éléments en plus grande quantité et plus dangereux.

Quoi qu’il en soit, on peut estimer, selon une projection présentée par Thierry Charles et par Martial Jorel, directeur de la sûreté à l’IRSN, que la centrale de Fukushima pourrait avoir rejeté entre le 11 et le 20 mars «l’équivalent en produits dispersables d’un dixième de ce qu’a relâché Tchernobyl». Pas vraiment de quoi se réjouir de ce chiffre plus faible même si, pour le moment, les vents soufflent vers le Pacifique et qu’une zone d’interdiction de 20 kilomètres  - avec une partie réglementée à 30 km – a été décidée par les autorités japonaises. Français et Américains qui, comme beaucoup, apportent leur aide à Tokyo, auraient préféré 60 à 80 km.

Jean-François Augereau

 

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