France

Nucléaire: le débat figé par la peur du pire

Thomas Legrand, mis à jour le 17.03.2011 à 12 h 17

Quoi qu'en pensent les politiques aujourd'hui, la discussion aura bien lieu: faut-il ou non sortir du nucléaire?

La centrale française de Fessenheim, le 14 mars 2011. REUTERS/Vincent Kessler

La centrale française de Fessenheim, le 14 mars 2011. REUTERS/Vincent Kessler

L'aggravation de la situation au Japon, depuis mercredi, depuis que l'on parle d'une catastrophe qui peut être plus sérieuse que celle de Tchernobyl, fige le débat politique français sur le sujet.

La force des événements a stoppé net, et c'est bien naturel, le début de débat légitime qui s'installait dans le pays sur la politique nucléaire française. Nous en étions à ce moment-là à un quasi «circulez, il n'y a rien à voir». Le Président a bien dit qu'il tirerait toutes les conséquences des événements de Fukushima, ajoutant qu'il s'agit d'appliquer le désormais fameux concept, tiré du vocabulaire managérial, du «retour d'expérience» pour améliorer la sécurité de nos centrales nucléaires, des centres de recherches et des installations de retraitement.


Audition - commission crise nucléaire AN -... par EricBesson

L'idée d'un débat sur le maintien ou la sortie du nucléaire n'est pas encore mûre. La plupart des responsables politiques, de la majorité et de l'opposition, se contentent de dire, encore, de façon quasi automatique: «Impossible, nous, on a trop besoin du nucléaire en France.»

Mais déjà, quoiqu'ils en pensent, on sent bien que ce débat aura lieu. Et, en ces termes inimaginables il y a seulement trois jours: faut-il ou non sortir du nucléaire?

L'argument de la dépendance de la France à cette forme d'énergie décrit une réalité actuelle, mais n'implique pas pour autant qu'il ne sera jamais possible d'en sortir. Cet argument peut aussi servir à évaluer le délai de sortie, forcément long et compliqué dans un pays dont 20% de l'énergie totale et 78% de l'électricité consommée est nucléaire. Personne, même parmi les plus verts fluos des écologistes, ne prône un démantèlement brutal et rapide de la filière atomique. Mais nous n'en sommes pas là... Ce qui est envisagé, à ce stade... c'est de vérifier les centrales. Ouf!

Les défenseurs du nucléaire disent que le choix du nucléaire résulte d'un calcul avantage/risque positif pour la France. Et même en admettant que nos centrales sont plus sûres, en reconnaissant que nous ne nous trouvons pas sur une zone sismique importante, qu'il ne peut pas y avoir de tsunami sur nos côtes, le luxe de précaution que l'on prend pour sécuriser nos installations est la preuve ultime que le danger existe.

La spécificité du nucléaire

Alors, c'est vrai qu'il n'y a pas de vie sans danger, que le pari prométhéen de l'homme est l'un des moteurs du progrès. C'est vrai que, pour paraphraser Paul Virilio, l'invention du couteau c'est l'invention de ce qui permet de partager ou de trucider, l'invention de l'avion, c'est Icare ou Enola Gay.

Mais le risque nucléaire est d'une toute autre nature. Pas seulement d'une toute autre ampleur, d'une toute autre nature. Un couteau, un avion, une bombe traditionnelle peuvent être des objets dangereux pour ceux qui les utilisent et pour ceux contre lesquels ils sont utilisés.

L'arme nucléaire ou l'énergie nucléaire peut-être dangereuse pour les même, en beaucoup plus grand nombre, mais surtout (et c'est là une spécificité qui lui donne un caractère irrémédiable), le nucléaire peut nuire à la descendance des contemporains qui en usent, aux futures générations. C'est vrai pour les accidents nucléaires et c'est une éventualité pour les déchets nucléaires. La spécificité nucléaire vaut, partout ailleurs, des débats spécifiques. En France, non. L'arrogance et même la morgue dont font preuve ceux qui refusent d'avance ce débat, risquent de faire très mauvais effet dans quelques jours ou dans quelques semaines si le scénario du pire devait se réaliser au Japon. 

Thomas Legrand

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