Monde

La menace d'une catastrophe nucléaire est bien réelle en Russie

Nathalie Ouvaroff, mis à jour le 18.03.2011 à 14 h 55

Héritage du communisme et du servage, la culture de la sécurité et de la valeur de la vie humaine n'existent pas aujourd'hui en Russie.

Le sarcophage qui recouvre le réacteur numéro quatre de la centrale nucléaire ukrainienne de Tchernobyl / REUTERS/Gleb Garanich

Le sarcophage qui recouvre le réacteur numéro quatre de la centrale nucléaire ukrainienne de Tchernobyl / REUTERS/Gleb Garanich

La Russie est bien le pays des paradoxes. Ces ingénieurs maîtrisent la technologie pour construire des centrales nucléaires très sophistiquées équipées de réacteurs de troisième génération et font fonctionner dans le même temps coûte que coûte de vieux réacteurs dangereux datant de l’époque soviétique. Le danger est d'autant plus grand que le laxisme qui touche toutes les sphères d’activité dans le pays et le manque de personnel qualifié augmentent considérablement les risques d'erreurs humaines.

Vingt-cinq ans après la tragédie de Tchernobyl qui a fait plusieurs centaines de milliers de victimes, la catastrophe de la centrale de Fukushima au Japon a  relancé une fois de plus la polémique autour de l’énergie nucléaire et de la sécurité des centrales russes. Elle avait déjà resurgi l’été dernier tandis que deux centrales (Maïak en Sibérie et Sarov en Russie d’Europe) étaient entourées par les flammes de gigantesques incendies liés à la canicule.    

Devant l’inquiétude de la population, Vladimir Poutine  très présent dans les médias, a donné un mois à Rosatom (Agence fédérale russe pour l’énergie nucléaire) pour vérifier l’état des centrales nucléaires. «J’ai ordonné à l’Agence fédérale de vérifier l’état de toutes les centrales du pays bien qu’aucune d’entre elles ne se trouve dans des régions, ou  se  produisent des secousses sismiques», a-t-il déclaré.  

Un parc nucléaire vétuste

«En fait, toutes les centrales nucléaires sont dangereuses», lui a répondu sur la radio Echo de Moscou le professeur Vladimir Kouznetsov, membre du conseil de surveillance de Rosatom. Selon les écologistes, la Russie est dans une situation particulièrement délicate, conséquence de la politique du gouvernement qui privilégie depuis toujours le rendement à la sécurité. Le pays compte 31 réacteurs répartis en dix centrales qui produisent 15% de l’électricité consommée. L’objectif est d’augmenter régulièrement la production d’électricité d'origine nucléaire pour atteindre le chiffre de 50% à l’horizon 2025. Les Russes mettent ainsi en chantier de nouvelles centrales mais ne se résignent pas à fermer les anciennes qui compte tenu de leur vétusté présentent des risques considérables.

Le parc nucléaire russe s'est construit après la guerre dans la précipitation pour combler au plus vite le retard pris par rapport aux Etats-Unis. La centrale de Maïak construite dans la région de Tcheliabinsk en Sibérie en 1945 pour faire la première bombe atomique est encore en fonctionnement... Les autres centrales ont été bâties dans les années 60 sur le même modèle que celle de Tchernobyl. 

«Les centrales  russes  sont vétustes et dangereuses et la politique de notre gouvernement  qui consiste à utiliser les réacteurs au-delà de la durée nominale fixée à trente ans est irresponsable. Un réacteur nucléaire, c’est comme une voiture. Au bout d’un certain nombre d’années de fonctionnement, les problèmes sont plus fréquents», explique Vladimir Soloviak, co-président de l’association Ecodéfense et d’ajouter: «Notre Premier ministre se trompe, il n’y a pas besoin d’un tremblement de terre pour provoquer une catastrophe nucléaire, parfois une grosse vague de chaleur ou un vent violent suffisent. Les réacteurs nucléaires sont très vulnérables aux évènements climatiques extrêmes qui risquent de devenir plus fréquents avec le réchauffement de la planète.»

Ces inquiétudes ne sont pas partagées par le professeur Vladimir Volkov. Ce dernier estime que les centrales nucléaires russes sont même moins dangereuses que celles des autres pays! «Nous avons mis  au point un alliage qui prolonge sensiblement la longévité des réacteurs et testé un système “SPOTZO” (Système d’évacuation passive de la chaleur de la structure de confinement) qui permet d’éviter la fusion puis l’explosion du réacteur», confie-t-il.

Ceci dit, la Russie contemporaine manque encore cruellement d'une culture de la sécurité accordant un prix à la vie humaine. Certes, la situation s'est sans doute améliorée depuis la période soviétique. La transparence est plus grande. La «Verticale nucléaire» instaurée en 2004 par Vladimir Poutine et coiffée par Rosatom - l'agence fédérale de l’énergie atomique qui supervise toutes les activités du nucléaire civil et militaire - a quelque peu renforcé le contrôle des normes de sécurité et l’élaboration d’une règlementation en ligne avec les principes de l’AIEA. Reste que selon G. Adamtchik, membre du conseil de surveillance de Rosatom:

«Les pouvoirs du régulateur en matière de sécurité sans lesquels il vaut mieux ne pas développer l’énergie atomique ne sont pas à la hauteur des responsabilités de l’Agence.»

Nathalie Ouvaroff

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