Dix premières leçons des événements japonais
La gestion des risques est le coeur de la politique.
- Une maison emportée par le tsunami dans une rivière à Kesennuma Adrees Latif / REUTERS -
1. Tout événement très improbable peut se réaliser dans la prochaine minute. Ainsi d’un tremblement de terre de magnitude 9.
2. Les événements les plus improbables sont des combinaisons d’événements improbables, reliés ou non par une causalité. Ainsi d’un tremblement de terre suivi d’un tsunami.
3. Les combinaisons d’événements maîtrisables peuvent ne pas l’être: Si A et B sont maîtrisables, cela ne veut pas dire nécessairement que A suivi de B le soit. Ainsi de la combinaison du tremblement de terre et du tsunami, dont l’impact simultané sur une centrale nucléaire n’avait pas été prévu: personne n’avait pensé qu’un tsunami pouvait interrompre les processus de refroidissement déclenchés automatiquement après un tremblement de terre. La combinaison des deux n’était donc pas maîtrisée.
4. Aucun problème ne doit être traité indépendamment de la chaîne d’événements improbables auquel il peut être associé et pouvant survenir dans des domaines différents. Ainsi, d’un tremblement de terre et d’un tsunami qui peuvent entraîner une crise financière accélératrice d’une panique, rendant encore plus difficile la maîtrise des conséquences du tremblement de terre. Pire encore s'il se révèle qu'un des réacteurs était alimenté au mox et qu'une partie de la région environnante est durablement inhabitable.
5. Le propre des médias est aujourd’hui de placer en tête les événements les plus improbables et les plus créateurs de catastrophes.
6. La mondialisation crée les conditions d’une hiérarchie unique des informations sur toute la planète; ainsi ce qui se passe au Japon est en tête des nouvelles données par tous les journaux écrits, toutes les chaînes de télévision et tous les sites internet du monde.
7. La mondialisation des informations permet à des turpitudes de se dérouler en toute impunité si elles ne sont pas en tête au hit parade des tragédies du jour; ainsi de ce qui se passe aujourd’hui en Côte d’Ivoire et en Libye, à l’ombre des événements japonais.
8. Le propre du politique doit être de préparer des réponses aux menaces représentées par des événements improbables déclencheurs de catastrophes. Ainsi de la sécurité nucléaire, qui doit être pensée comme un ensemble de réponses à toutes les chaînes d’événements improbables imaginables. Ces réponses passent par des mesures de prévention ou d'atténuation des conséquences. Ainsi des normes de constructions antisismiques ou des digues antitsunamis.
9. Le propre de la démocratie est de décider en toute transparence du degré de risque qu’une société est prête à courir, pour obtenir le bénéfice de l’innovation ou de l’audace.
10. La mondialisation des menaces et des réactions exige celle du politique. Il faut en particulier une mondialisation des normes et des processus de sécurité nucléaire. Et au-delà une mondialisation de la conception du risque.
Jacques Attali
Photo: Une maison emportée par le tsunami dans une rivière à Kesennuma Adrees Latif / Reuters
Mis à jour le 16/03/2011 à 12h33















































Le tremblement de terre est une composante manifeste du paysage japonais - quand enfin va-t-on aborder le pourquoi de la construction de centrales nucléaires dans des conditions à l'évidence si peu maîtrisées -? Pour le reste les petites leçons de Monsieur Attali, comme à l'accoutumée ne m'intéressent pas -
je ne sais pourquoi personne n'aborde ma question - mais il va falloir la poser - et demander aux japonais si le mot légèreté et irresponsabilité se traduisent dans leur langue - au-delà des clapotis
Il y a bien longtemps que le politique se mondialise; voyez par exemple le mouvement des ONG. Et je lis vos demandes incessantes pour des institutions et une gouvernance mondiale. J'y vois d'abord le rêve d'un technocrate.
Avant de vouloir gouverner le monde, comment avez-vous gouverné la France? Et l'Europe? Avez-vous sincèrement l'impression que vous êtes en phase tant avec les enjeux de notre monde que nos attentes de citoyens dans la manière d'être gouverné?
2) Le tsunami qui suit un tremblement de terre n'a rien d'un "événement improbable", bien au contraire.
3) Ce qui n'a pas été prévu c'est la hauteur de la vague : un mur de dix mètres de haut n'a pas suffi à protéger la centrale.
4) J'ai déjà lu dans ma région, un article où un fabricant de chocolats se désolait de ce que les Japonais n'auraient plus la tête à acheter ses chocolats.
5-6-7) Si on osait, on dirait que les media s'en sont donnés à coeur joie, en oubliant La Côte-d'Ivoire et la Libye, d'un coeur léger.
8-9)"Préparer des réponses aux menaces", "décider en toute transparence du risque", afin que la société se trouve protégée sans être paralysée, c'est l'honneur et la grandeur du politique.
10) "La mondialisation de la conception du risque", sûrement un but à atteindre.
De plus, le processus de refroidissement n'a certainement pas été déclenché par le tremblement de terre vu qu'il doit être présent en continu pour le fonctionnement de la centrale.
Je n'applaudis pas le créateur de slate pour ce genre d'approximation qui pourrissent le traitement de cette crise par les journalistes.
En complément pr creuser : lire Taleb (son Black Swan), Mandelbrot, Stiglitz, qqs pensées de Pascal etc.
A bientôt J.
Le nucléaire n'est sans doute pas une solution en soi, en revanche c'est un fardeau pour nos enfants qui devront s'occuper de gérer l’imprévisible, et de s'occuper de nos déchets radioactifs pendant plusieurs centaines d'années. Pour cela, les français auraient dû être consultés.
Mais dans notre démocratie vieillissante, nos représentants s'autorisent beaucoup de choses, en dépit des fondamentaux démocratiques, et ne seront jamais inquiétés d'aucune manière, par des décisions éventuellement malheureuses, ou aux conséquences catastrophiques. Le nucléaire est sans doute en effet un bon exemple de la loi du tout ou rien, soit tout va bien, soit c'est la catastrophe. Il me semble qu'il n'existe pas de situation intermédiaire, contrairement à ce que l'on tente de nous faire avaler à chaque incident nucléaire depuis Tchernobyl.
Et en ce qui concerne la mondialisation des normes et des processus (le point 10), je ne vois pas comment un accord mondial pourrait être trouvé à moins de décider que certains régimes n'ont pas droit au nucléaire ce qui me semble plus facile à dire au café du commerce qu'à l'ONU, même si c'est une évidence. Après tout Sarkozy a signé depuis son arrivée au pouvoir des accords de partenariat ou des protocoles avec la Libye de Kadhafi, la Tunisie de Ben Ali, l'Algérie et cherchait à coopérer avec le Caire. Saddam n'avait pas hésité à mettre le feu aux 1100 puits de pétrole Koweitien. Qui pense sérieusement qu'un Kadhfi acculé hésiterait un instant à utiliser le réacteur atomique français promis en 2007 pour une usine de désalinisation d'eau de mer pour faire chanter le Monde?
je me permets de vous rappeler que l'on ne peut probabiliser que des événements dont on a imaginé qu'ils pouvaient advenir. Tout le problème ici c'est que personne n'avait imaginé un tsunami provoquant une vague de 10m. Cet événement là n'était pas improbable comme vous le suggérez, mais carrément improbabilisable.
Et c'est toute la question, il ne s'agit pas de discussions démocratiques sur des avantages / bénéfices, Il s'agit tout simplement de l'inimaginable aussi bien en terme d'événements qui pourraient advenir que de leurs conséquences.
Vous semblez nous dire dans votre point 5) que tout ceci n'est qu'un épiphénomène, monté en épingle par les médias, et en tous cas bien moins important que ce qui se passe en Libye ou en Côte d'Ivoire. A l'heure ou j'écris, nous ne savons pas encore sur quoi va déboucher la situation au Japon mais même en espérant que cela ne termine pas par un quadruple Thernobyl, voire plus au regard des puissances des réacteurs livrés à eux-même. Combien de morts ?, combien de malades ?, pendant combien de génerations ? quel sera l'impact sur les autres territoires y compris le nôtre, sur la nourriture, sur l'eau, sur l'air, sur la faune, sur la flore ?
On comprend que les responsables de cette situation ici et là bas préfèreraient nous endormir avec les turpitudes de Kadhafi et éviter toute véritable discussion démocratique et remise en question des décisions qui ont été prise.
je constate aussi que dans vos 10 leçons, à aucun moment vous n'envisagez la sortie du nucléaire ... ne serait-ce pas la 1ère ?
Je vois partout des gens avec plein de bonnes intentions (qui ne serait pas contre le nucléaire et ses déchets radioactifs que l'on enterre au cas où les générations futures sauront quoi en faire ?), mais personne ne propose un plan précis pour VRAIMENT sortir du nucléaire.
Personne, à part quelques (très) motivés, n'est prêt à se passer de chauffage, de télé, d'internet etc. et les moyens écologiques (issus du solaire, du vent, de la force des vagues et/ou du courant etc.) ne peuvent pas remplacer le nucléaire.
On fait quoi ?
En analyse de risque, la probabilite de 2 evenements independants est egale au produit des probabilites pour chacun de ces evenements (2 evenements ayant chacun une chance sur 10000 de se produire ont une chance sur 100 millions de se produire en meme temps). Ce point justifie les points 1 a 4 de votre analyse.
Il est clair cependant que les 2 evenements ne sont pas independants puisque le tsunami etait la consequence du tremblement de terre. Il n'est donc pas pertinent de proceder comme vous le faites (analogie: lorsqu'on regarde les stress tests inadequats appliques aux banques (negocies par les banques?) et ce qui se passe en realite a savoir la crise des subprimes causent une crise de tous les marches actions, hedge funds, immobiliers, obligataires, liquidites, croissance, emploi... on comprend que le pire est presque certain)
Il est clair que le Japon en etait conscient puisque les sites de raffinage et petrochimiques sont situes a distance de la mer. Les besoins d'eau de refroidissement enormes requis par la technologie nucleaire ont conduit les decideurs a implanter des reacteurs dans des zones dangereuses. Il a ete decide de prendre le risque en connaissance de cause.
Bien sur, il est vrai qu'une telle conjonction d'evenements est peu probable chez nous, cependant, d'autres evenements sont possibles.
Ce qui me parait le plus grave et le plus difficile est le probleme suivant: - Comme une automobile, une centrale nucleaire vieillit, par exemple, les pieces mecaniques vieillissent et se fragilisent. Elles finissent par casser (fatigue) - Contrairement a une automobile, on ne peut changer toutes les pieces et la dureee de vie d'une centrale est forcement limitee
Dans les circonstances actuelles (et futures) d'endettement importants d'EDF et de l'Etat Francais, on a du mal a envisager un scenario dans lequel les decideurs decideraient d'arreter une centrale nucleaire du fait de sa vetuste puisque ce choix comprenant la construction d'une nouvelle centrale et le demantelement de l'ancienne couterait de nombreux milliards d'Euros pour traiter un risque dont la probabilite est mal maitrisee/connue (encore 5 minutes, Monsieur le Bourreau!).
La conclusion est que de telles decisions de fermeture ne pourront probablement etre prises qu'en cas de probleme tres grave. Le facteur de risque (probabilite) a considerer serait donc le ratio de probabilite entre un probleme tres grave et une catastrophe . Combien?(1 chance sur 10000 divisee par une chance sur 50000? soit 1 sur 5?)
Et si finalement, il etait presque certain qu'on ne fermera pas une centrale sans une catastrophe majeure et que donc, cette catastrophe est ineluctable? En consequence, probabilite d'une chance sur 19 pour les riverains de centrales d'etre atteints (19 sites)? Acceptable?
Apres tout, oui bien sur, puisqu'il y aurait moins de dommage que la 1ere Guerre Mondiale dans laquelle nous ont entraine nos dirigeants.
Le risque est un des facteurs les plus difficile a gerer. Cette gestion est rendue encore plus difficile par les conflits d'interets (voir Mediator, crise financiere,...). Une bonne gouvernance est essentielle et doit etre mise en place (pas par EDF SVP!)
Bien entendu, l'association d'un tremblement de terre et d'un tsunami était tout à fait prévisible, et pour les ingénieurs japonais qui ont la réputation d'être parmi les meilleurs du monde, et ont de nombreux succès à leur actif, cet échec est dramatique : l'erreur de conception est évidente et selon leur tradition l'ingénieur en chef devrait probablement se faire Hara-Kiri...(Seppuku)
La France est à juste titre fière de son histoire d'inspiratrice de la Liberté et de la Démocratie, mais elle en train d'inscrire dans son histoire ce qui restera, sauf surprise, deux pages d'échecs lamentables en Côte d'Ivoire et en Libye.
Je sais que je vais encore me faire traiter ici de chien pavlovien, anti-sarkozyste primaire, mais le général de Gaulle en 1940 et en 1962 ou Mr Jacques Chirac vis à vis de l'Irak, n'ont pas seulement eu la chance de gagner un pari, c'étaient tout simplement des hommes d'état qui savaient ce qu'ils avaient à faire et qui ont le courage de poser un geste qui les faisait entrer dans l'Histoire... Que font les présidents français, en cas d'échecs retentissants et répétés ?
La sûreté de fonctionnement (SdF pour les intimes) est une discipline déjà ancienne. Elle est utilisée tous les jours dans la conception de systèmes critiques et tend à minimiser les impacts d'évènements adverses. Malheureusement on ne sait raisonner qu'en termes de probabilités et on se retrouve toujours dans la panade quand il s'agit de prendre des décisions du type zéro x infini, typiques de la situation japonaise. Si risque = menace x vulnérabilité, que vaut risque si menace est infinitésimale (probabilité d'un séisme exceptionnel suivi d'un tsunami) et la vunérabilité énorme (probabilité de destruction suite à un tel évènement). Deux solutions sont alors possibles : 1) réduire la vulnérabilité ce qui a toujours un coût ou 2) ignorer la menace. Dans le cas présent : Perdu.
Sur les questions journalistiques, l'écran de fumée ou sa version moderne, le fumigène, ne datent pas d'hier !
Il y a quelques jours, je lisais un article dans ce même média venant d’un financier amalgamant “le printemps arabe” (c’est moi qui utilise cette expression reprise de Benoist Méchin que ici l’auteur incrimné n’emploie pas, mais dont les journalistes abusent) Japon et je ne sais plus quoi. Je me disais que lire les bon les bon livres n’est pas infamants mais ne pas les citer est honteux (ici Taleb; comme chez Attali, mais aussi Dupuis et Zajdenweber, son “Economie des extremes” est trop méconnu) et mal les interpreter est stupide. Il en est de meme avec la logique, surtout quand on en fait une fausse logique !