Le nucléaire, un débat urgent
Il n'est pas indécent de poser la question du nucléaire en France. Notre pays est shooté au pétrole et à l'atome.
- Lors d'une manifestation anti-nucléaire à Bern, en 2007. REUTERS/Pascal Lauener -
Il est assez surprenant d’entendre certains dire que ce débat sur le nucléaire est «indécent» alors qu’il a lieu partout ailleurs et que ceux qui veulent le susciter (c'est-à-dire les écologistes) ont passé ces dernières décennies à le réclamer dans l’indifférence générale.
Chez nous, si une idée est partagée par les partis de gouvernements de droite et de gauche, elle n’est tout simplement pas débattue. Le public français n’a jamais eu l’occasion d’assister à l’étalage des arguments scientifiques, qui sont beaucoup plus variés qu’on ne le croit généralement dans notre pays.
Les seuls mouvements de contestation vraiment populaires, les seuls moments de débat sur le sujet se sont déroulés localement, lors de l’installation d’une nouvelle centrale ou de projets de construction de centres de retraitement. On se souvient de Plogoff ou de La Hague.
Le problème, c’est que l’on ne peut pas dire qu’il s’agit d’un déni de démocratie puisque toutes les forces politiques représentées à l’Assemblée nationale (à part une poignée de Verts) sont favorables depuis le début au nucléaire. Des gaullistes aux communistes.
Aujourd’hui, les écologistes réclament un référendum sur le sujet... Ils ont raison de réclamer un débat national, mais un référendum, ça serait contre-productif parce que le débat sur le nucléaire doit être permanent, il ne doit pas être sanctionné par un vote couperet qui engagerait les politiques et leur permettraient d’opposer une légitimité populaire à de nouveaux arguments scientifiques qui se présenteraient et viendraient, dans un sens ou dans un autre, changer la donne.
En revanche, que ce thème soit l’un des thèmes phares de la campagne de 2012, ce serait utile et bienvenu! Chaque candidat à la présidentielle devra se prononcer sur la poursuite de l’expansion nucléaire en France ou sur une stratégie de sortie du nucléaire.
Notre rapport à la consommation
La France compte 58 réacteurs, 80% de notre production électrique provient du nucléaire. Le pétrole sera de plus en plus rare. Le débat est donc plus compliqué, ici, qu’ailleurs.
Nos arguments pro-nucléaires sont ceux d’un drogué: «On ne peut plus s’en passer.» L’argument suprême, c’est «l’indépendance énergétique»… mais là, il semble que l’on soit tombé dans une autre dépendance.
Nos sociétés se sont ainsi construites: nous sommes shootés au pétrole et au nucléaire. Ce qui fait que le débat sur le sujet, débat scientifique en premier lieu, est aussi un débat sur l’organisation de notre société, sur les raisons pour lesquelles nous sommes devenus toxicomanes: la consommation et la croissance.
Voilà pourquoi ouvrir un débat sur le nucléaire, au départ très technique –la fission, l’atome, est-ce que c’est dangereux?– c’est aussi, en réalité, se poser des questions beaucoup plus politiques et même philosophiques.
Et puis, tout simplement, si nous refusons ce débat, il nous sera imposé de l’extérieur. Les nuages radioactifs ne connaissent pas les frontières, même celles de Schengen. Il arrivera un jour où nos voisins (beaucoup moins shootés que nous), s’ils abandonnent le nucléaire, demanderont, fermement à la France de faire de même... Déjà l’Autriche, enclavée au cœur de l’Europe et très rétive au nucléaire, commence à s’adresser à ses partenaires en ce sens. Ce débat n’est pas indécent, il est urgent.
Thomas Legrand
Mis à jour le 16/03/2011 à 6h36















































- EDF s'est lance dans une strategie de croissance externe (British Energy, Constellation (US)...) qui lui a deja coute plus de 20 milliards d'euros d'acquisition et necessite des investissements complementaires de plusieurs dizaines de milliards d'euros (nouvelles centrales aux US et au UK... si pas de moratoire...). - Cette strategie n'a ete possible que pour une seule raison: la decision d'etendre (a tort ou a raison) la duree de vie du parc nucleaire Francais au dela de 30 ans qui permet de ne pas remplacer les nombreuses centrales Francaises vieillissantes et degage donc les resources financieres necessaires et considerables (au detriment de l'Industrie Francaise (competitivite, emploi) et du consommateur qui auraient pu avoir ces dizaines de milliards d'euros sous forme de reduction du prix de l'electricite...ah folie des grandeurs!). - Il convient donc de se demander si la direction d'EDF ainsi que son principal actionnaire (l'Etat) peuvent gerer le risque securitaire, c'est a dire seront ou ne seront pas en mesure de prendre les mesures de securite couteuses (decider de la fermeture definitive d'une centrale compte tenu de son age) en particulier compte tenu de la nature virtuelle du risque et de la nature reelle, sonnante et trebuchante d'un compte d'exploitation (et des comptes degrades Etat/EDF)
Ma comprehension de l'espece humaine est que, sans un accident plus ou moins grave (comme au Japon?), il est tres improbable qu'une decision de fermeture d'une seule centrale (coutant des milliards d'euros en incluant la centrale de remplacement et les mesures de "decommissioning") soit jamais prise "a froid" par EDF et/ou le gouvernement. Et les centrales ne sont pas eternelles, c'est sur!
La prise de decision uniquement "a chaud" comporte bien sur un risque tres important: quelle amplitude de probleme ou desastre sera necessaire pour ne serait ce qu'une seule decision de fermeture?
Un debat doit avoir lieu et des decisions doivent etre prises afin d'evaluer la gouvernance actuelle et peut etre de l'ameliorer (au moins une separation des pouvoirs!).
Alors que faire?
Il y a 10 ans, j'aurais suggere une option consistant a donner la responsabilite securitaire a une instance Europeenne. Ceci ne me semble plus possible en considerant: - La puissance des lobbies (plus generalement la dictature du monde economique et financier sur le monde "democratique"): l'incapacite des instances Europeennes a imposer des regles au secteur financier (stress tests, separation des activites banque de financement/banque d'affaires) n'est pas de bonne augure! - Le manque de legitimite des instances Europeennes et la tentation irresistible pour nos gouvernements de les blamer et de renforcer les sentiments anti Europeens
Une autre option serait de renforcer l'independance d'Areva (et du CEA) En tout cas, ce n'est pas le moment de les faire entrer dans le giron d'EDF! (disclaimer: je n'ai aucun interet pour Areva, EDF,...)
Cf wikipedia: http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89nergie_en_Autriche
Oui, ce débat, aujourd'hui, est indécent. Ce qui ne signifie nullement qu'il ne soit pas nécessaire de prendre rendez vous pour le poser clairement. Je suis attéré par votre raisonnement: parler d'indécence et exprimer sa colère devant le détournement de la tragédie vécue par le Japon au profit d'un débat sur le nucléaire n'est pas équivalent à accepter le nucléaire. Ce debat est nécessaire, des arguments raisonnés doivent etre fournis et échangés. Or parler du nuclaire, aujourd'hui, c'est le faire dans un moment de peur, d'émotion, motivé par une tragédie et par un cataclysme naturel sans équivalent (un séisme évalué à 9 sur l'echelle de Richter et un tsunami, faut-il le rappeler). Autant dire que l'argument du débat est faussé des le début. Il n'y a pas débat quand les TV et internet montrent en boucle les explosions des réacteurs. Parler de débat, aujourd'hui, est malhonnete : à moins, bien sur, de reconnaitre qu'il ne s'agit pas d'échanger des arguments rationnels mais uniquement de décider de l'arrêt définitif des programmes nuclaires. Parler d'indécence, oui, mille fois oui.A moins de reconnaitre que du passé (c'est à dire cendredi 11 mars 2011)il faut faire table rase. Le Japon est dévasté. Des milliers de famille sont dévastés. des villes et des villages sont ravagées. les survivants peinent à se nourrir. Et l'assistance internationale qu'ils reçoivent est faible. tres faible. Pourquoi? parce que nous ne sommes pas touchés, émotionnellement. Parce que les médias nous parlent des risques que nous encourons, ici, chez nous!!! Le parti vert s'est créé en Allemagne sur le refus du nucléaire, et, compagnon de route de ce parti depuis plusieurs décennies, je soupçonne ce parti, en France également, de ne devoir son union (malgré les querelles de personnes et de courants) qu'a ce cheval de bataille: l'opposition au nucléaire. Indécence, oui. Profonde et révoltante. Prenons rendez vous pour un vrai débat, un débat politique, scientifique, social. Pas une lutte d'images. Et prenons le temps d'enterrer les cadavres et d'accompagner les survivants.
Mais la question en sous-tend obligatoirement une autre : quelle civilisation ou quels modes de vie accepterons-nous en échange. S’il y a choix, c’est aussi qu’on va laisser quelque-chose dans l’échange.
En ce qui concerne l’attitude de nos voisins, le jour où ils décideront d’arrêter (brutalement ?) leurs centrales nucléaires, ils devront aussi faire appel à d’autres sources d’approvisionnement. La première solution qui vient à l’esprit est d’acheter de l’énergie à ses voisins... ce qui n’est que déplacer le problème hors de son horizon géographique et politique (électoral).