France

Le nucléaire, un débat urgent

Thomas Legrand, mis à jour le 16.03.2011 à 6 h 36

Il n'est pas indécent de poser la question du nucléaire en France. Notre pays est shooté au pétrole et à l'atome.

Lors d'une manifestation anti-nucléaire à Bern, en 2007. REUTERS/Pascal Lauener

Lors d'une manifestation anti-nucléaire à Bern, en 2007. REUTERS/Pascal Lauener

Il est assez surprenant d’entendre certains dire que ce débat sur le nucléaire est «indécent» alors qu’il a lieu partout ailleurs et que ceux qui veulent le susciter (c'est-à-dire les écologistes) ont passé ces dernières décennies à le réclamer dans l’indifférence générale.

Chez nous, si une idée est partagée par les partis de gouvernements de droite et de gauche, elle n’est tout simplement pas débattue. Le public français n’a jamais eu l’occasion d’assister à l’étalage des arguments scientifiques, qui sont beaucoup plus variés qu’on ne le croit généralement dans notre pays.
Les seuls mouvements de contestation vraiment populaires, les seuls moments de débat sur le sujet se sont déroulés localement, lors de l’installation d’une nouvelle centrale ou de projets de construction de centres de retraitement. On se souvient de Plogoff ou de La Hague.

Le problème, c’est que l’on ne peut pas dire qu’il s’agit d’un déni de démocratie puisque toutes les forces politiques représentées à l’Assemblée nationale (à part une poignée de Verts) sont favorables depuis le début au nucléaire. Des gaullistes aux communistes.

Aujourd’hui, les écologistes réclament un référendum sur le sujet... Ils ont raison de réclamer un débat national, mais un référendum, ça serait contre-productif parce que le débat sur le nucléaire doit être permanent, il ne doit pas être sanctionné par un vote couperet qui engagerait les politiques et leur permettraient d’opposer une légitimité populaire à de nouveaux arguments scientifiques qui se présenteraient et viendraient, dans un sens ou dans un autre, changer la donne.

En revanche, que ce thème soit l’un des thèmes phares de la campagne de 2012, ce serait utile et bienvenu! Chaque candidat à la présidentielle devra se prononcer sur la poursuite de l’expansion nucléaire en France ou sur une stratégie de sortie du nucléaire.

Notre rapport à la consommation

La France compte 58 réacteurs, 80% de notre production électrique provient du nucléaire. Le pétrole sera de plus en plus rare. Le débat est donc plus compliqué, ici, qu’ailleurs.

Nos arguments pro-nucléaires sont ceux d’un drogué: «On ne peut plus s’en passer.» L’argument suprême, c’est «l’indépendance énergétique»… mais là, il semble que l’on soit tombé dans une autre dépendance.

Nos sociétés se sont ainsi construites: nous sommes shootés au pétrole et au nucléaire. Ce qui fait que le débat sur le sujet, débat scientifique en premier lieu, est aussi un débat sur l’organisation de notre société, sur les raisons pour lesquelles nous sommes devenus toxicomanes: la consommation et la croissance.

Voilà pourquoi ouvrir un débat sur le nucléaire, au départ très technique –la fission, l’atome, est-ce que c’est dangereux?– c’est aussi, en réalité, se poser des questions beaucoup plus politiques et même philosophiques.

Et puis, tout simplement, si nous refusons ce débat, il nous sera imposé de l’extérieur. Les nuages radioactifs ne connaissent pas les frontières, même celles de Schengen. Il arrivera un jour où nos voisins (beaucoup moins shootés que nous), s’ils abandonnent le nucléaire, demanderont, fermement à la France de faire de même... Déjà l’Autriche, enclavée au cœur de l’Europe et très rétive au nucléaire, commence à s’adresser à ses partenaires en ce sens. Ce débat n’est pas indécent, il est urgent.

Thomas Legrand

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