Je veux garder les commentaires anonymes
Le fait de publier sous son vrai nom dissuade certes certains dérapages mais n'est en rien la certitude d'un débat plus qualitatif.
- Manifestation à Madrid contre une loi qui menace de fermer les sites de partage de contenus, le 13 mars 2011. REUTERS/Sergio Perez -
Farhad Manjoo, mon confrère de Slate.com, a relancé le débat sur l'anonymat des commentaires dont il ne veut plus: «Si je gouvernais le Web [...], je forcerais tous les commentateurs à se connecter via Facebook, ou n'importe quel autre site tiers, et ils devraient révéler leur véritable identité pour pouvoir dire quelque chose sur un forum public.», écrit-il. Pour le chroniqueur techno du grand frère américain de Slate.fr, cela permettrait de réduire «de manière significative le nombre de trolls». Permets-moi Farhad de te troller: dans cette histoire, c'est toi le troll.
Depuis que Facebook permet de commenter sur les sites de presse avec son profil, la tentation est grande pour des journalistes comme Farhad Manjoo d'en finir définitivement avec les commentaires anonymes, source d'une grande déception dans la profession. (Même si la démarche est illusoire puisque tous les profils Facebook ne révèlent pas l'identité de la personne et qu'il est facile de créer un faux profil pour rester anonyme.)
Quand les commentaires se sont généralisés en-dessous des articles il y a quelques années, on était encore en pleine utopie du web 2.0 et nombre de journalistes pensaient que les commentaires allaient permettre d'améliorer leur métier, en plaçant le lecteur en situation de co-production: corriger, enrichir l'information. En pratique, à quelques exceptions près, les contributions des internautes se sont révélées très décevantes. L'article et les commentaires sont restées deux sphères hermétiques se regardant l'une l'autre avec hostilité: les journalistes méprisant des commentaires qu'ils ne lisent souvent pas, les commentateurs s'en prenant parfois avec virulence aux journalistes (et surtout aux modérateurs).
Les trolls n'ont pas besoin de pseudos
À qui est-ce la faute? Uniquement à l'anonymat comme le pense Farhad Manjoo?
Le fait de publier sous son vrai nom dissuade certes certains dérapages mais n'est en rien la certitude d'un débat plus qualitatif. Il suffit de regarder les pages Facebook des sites de presse où les internautes n'hésitent pas à se lâcher, forçant les modérateurs à supprimer de nombreux commentaires. Un exemple pris sur la page Facebook du monde.fr, en-dessous d'un article sur le licenciement de John Galliano:

Afficher son nom en public ne signifie pas qu'on devient instantanément visible. Le web est fait de nombreux recoins en «clair-obscur» comme l'a conceptualisé le sociologue Dominique Cardon. Dans ces espaces indépendants de leur page de profil ou de leur blog, les internautes «échangent le risque pris à s’exhiber contre l’assurance –toute relative– de rester protégés d’une recherche rapide». Les internautes n'hésitent ainsi pas à se livrer sur certaines pages, protégés par le relatif anonymat de ce paravent du «clair-obscur». Ici une discussion sur les exs:

Dans les commentaires des sites d'info, l'anonymat a la vertu d'arracher les internautes à leur éventuel devoir de réserve, de libérer la parole, de recueillir d'éventuels leaks. Le blog de l'ancien journaliste de Libération Jean-Dominique Merchet était devenu un lieu de débat très important d'une communauté militaire tenue au silence, dessinant un «embryon de kakisphère». Mais dépassé par le succès du blog dont il devait gérer la modération seul, Merchet avait fini par fermer les commentaires.
Gérer intelligemment les commentaires
Si les sites d'info ne parviennent pas à organiser une prise de parole intéressante sous leurs articles, c'est aussi parce qu'ils accordent généralement une visibilité équivalente à chaque commentaire, qu'il soit bon ou mauvais, laissant la modération non pas à la communauté mais à des professionnels qui ne peuvent souvent appuyer que sur 2 boutons: "valider" ou "refuser".
Les tentatives de gestion intelligente des commentaires se multiplient. Par exemple sur Reddit, un site de partage de liens où chaque commentaire est soumis au vote, faisant remonter les fils de discussion les plus pertinents et cachant les autres. L'internaute peut choisir d'afficher les commentaires les plus pertinents ou les plus récents, exactement comme sur le fil d'actualités de Facebook.

En France, Rue89 parie aussi sur la valorisation des meilleurs commentaires, mais le journaliste garde la prééminence sur l'internaute en faisant lui-même le choix des contributions les plus pertinentes.

La proposition de Farhad Manjoo est aussi rétrograde que celle du sénateur UMP Jean-Louis Masson qui proposait en mai 2010 d'en finir avec l'anonymat sur les blogs. Le sénateur avait subi un tir de barrage de toute la communauté Internet française, des patrons du web signant même un «appel pour la défense du droit à l'anonymat», pour ne pas «brider la liberté d'expression des internautes». Jean-Louis Masson, qui ne savait pas ce qu'était Twitter, a été vite classé dans le camp des ringards.
Facebook vs 4chan
Mais on sent que sa critique de l'anonymat revient par la porte de la modernité avec Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, qui tente d'imposer la transparence à ses 630 millions d'utilisateurs. «Vous n'avez qu'une seule identité. En avoir des différentes selon que vous soyez avec vos collègues ou vos amis, c'est bientôt fini. Avoir deux identités de vous même, c'est l'illustration d'un manque d'intégrité», déclarait-t-il, cité dans le livre The Facebook Effect. L'idée est que la démocratie libérale devrait s'accompagner d'une parfaite transparence. C'est ce que sous-entend Farhad Manjoo: «Dans tous les cas, à part les plus extrêmes –partout sauf sous les gouvernements répressifs– l'anonymat fait du tort aux communautés virtuelles.»
Cette question devrait occuper le débat sur Internet dans les années à venir. Christopher Poole, le créateur de 4chan, le forum le plus créatif du monde (où l'anonymat est la règle), a lancé ce combat idéologique le 13 mars lors d'une conférence à Austin aux Etats-Unis:
«Zuckerberg a tort quand il affirme que l'anonymat conduit à la lâcheté. L'anonymat, c'est l'authenticité. Il vous permet de partager d'une manière totalement brute et entière [...] Avec les sites où l'on doit s'inscrire obligatoirement, on perd l'innocence de la jeunesse. On ne peut plus faire autant d'erreurs que par le passé. [...] Nous croyons aux contenus plutôt qu'au créateur. Sur d'autres sites, ce qui compte c'est votre identité. Les gens sont jugés sur leur contribution. Sur 4chan, il y a une mutation créative»
Deux camps se dessinent donc: un web civilisé et policé où chacun doit assumer tous ses propos; contre un web sauvage et créatif où l'erreur est autorisée, vite oubliée et immédiatement modérée par la communauté, comme sur Wikipedia. Christopher Poole a déjà tracé la voie médiane entre ces deux conceptions en lançant canv.as, une sorte de 4chan en plus propre, sur lequel il faut s'inscrire avec son profil Facebook, mais sur lequel il est possible de poster en anonyme. La créativité des foules anonymes n'est ainsi pas (trop) bridée et les risques de dérapages sont évités puisque les internautes sont traçables facilement.
Anonymous
Mis à jour le 16/03/2011 à 19h35















































Farhad maîtrise généralement assez mal ces sujets, c'est pénible, tes articles (et ceux de Titiou) sont bien meilleurs. Vous devriez refourguer des versions anglaises à slate.com plutôt que l'inverse...
Enfin, pour les commentaires certains auteurs prennent le temps d'y répondre, ce qui donne envie de faire plus dans la qualité (dans un sens comme dans l'autre), d'autres lachent leur billet et retournent à leur occupations, ce qui est dommage dans certains cas.
C'est aussi une arme de trolling massif tres efficace sur les forums.
Sur cette page vous trouverez le login de comptes libres pour twitter, rue89, inrocks et atlantico.fr
http://intelligenceetfrustration.blogspot.com/2011/03/des-profils-collectifs-votre.html
C est bien pire que l'obligation de se connecter avec son facebook...
PS : ca marche ce profil collectif!
Par contre l'anonymat c'est une protection pour l'auteur du commentaire Queques exemples. -Mme Duschmol, pourquoi avez vous commentez sur slate pendant les heures de boulots ? -M. Duvent, vous avez écrit plus de 200 commentaires ce dernier mois, dans ces conditions nous ne pouvons prendre le risque de vous embaucher -M. Lejeune, vous avez écrit il y a 10 ans que vous kiffez nikez les flik, comment voulez vous que l'on vous nomme enseignant avec de tel propos. -Mme LaBelle, pourquois faites vous autant de commentaire futiles sur la mauvaise qualité des produits boreal
Je rapelle au lecteur qui n'a pas d'XP technique que : Slate peut via mon adresse IP savoir d'ou j'ai écrit ce commentaire et se proteger ainsi du double compte (et qu'il y a des algos très éfficaces pour bloquer le double compte), de plus slate peut via un juge savoir qui utilisait mon adresse IP à un moment t, c'est à dire m'identifier. Donc qu'en fait je ne suis pas anonyme et demeure responsable de mes propos.
En effet, dans "le monde réel", c'est pourtant l'anonymat qui est le standard (dans une démocratie). Deux inconnus se croisant dans la rue, dans un bar, à un concert, etc, peuvent parfaitement deviser respectivement sur la météo, le match de la veille et la qualité du groupe qui joue sans être obligés de décliner leur identité (ils ont même le droit de parler politique ou religion, c'est fou dites donc).
Et si l'un d'eux venait à avoir des propos illégaux ("dérapages" en langage journalistique), les forces de l'ordre peuvent être saisies pour traiter le problème et en particulier réaliser une enquête ayant pour but l'identification de la personne (oui, lorsque la police réalise un contrôle d'identité ce n'est pas une simple formalité, c'est une enquête de police strictement encadrée par la loi, qui fixe en particulier les cas où réaliser un tel contrôle est légal).
Pourquoi devrait-il en être autrement sur Internet ? La police à tout autant la possibilité de diligenter une enquête pour retrouver l'identité de l'auteur d'un commentaire. Il y a des traces tout aussi simples à exploiter qu'un morceau de plastique estampillé "carte d'identité".
Bien sûr, chaque site à le droit d'obliger à s'identifier pour accéder à tout ou partie de ses fonctionnalités (et pas seulement de manière déclarative, dans certains cas il peut très bien être demandé un justificatif – c'est le cas pour la remise d'un certificat numérique d'authentification en face-à-face par exemple)... comme on peut le faire pour un lieu privé dans la vie réelle quoi. Incroyable.
Non vraiment je ne comprends pas pourquoi ce qui est un élément constitutif d'un démocratie dans le monde réel devrait être foulé au pieds dès qu'il s'agit d'Internet...
(commentaire anonyme, je ne voit pas pourquoi, par exemple, mon employeur devrait connaitre mon opinion sur des sujets aussi divers que la politique, la religion, le sexe ou les crêpes au caramel au beurre salé via une simple recherche Google)
Je dirais même plus: en pratique, à quelques exceptions près, les articles de certains journalistes sont très décevants.
La dessus, on peut développer sur bien des aspects.
Personnellement, j'ai tendance à faire attention à la forme, même quand je commente de manière anonyme, même si je sais que dans le fonds, il est possible que 5 minutes plus tard, je reconnaisse m'être trompé sans pouvoir modifier mon texte. En même temps, je place assez souvent un lien vers mon propre site, et je considèrerais indécent de ma part de prendre ce service publicitaire sans contrepartie un minimum respectable (là j'ai du mal à soigner la formule...)
Mais ici, je ne place pas d'hyperlien ! :)
La meilleure manière de se débarrasser des trolls reste de loin la modération a priori : ça les calme très vite. Je la conseille fortement à tous les blogueurs et sites d'information pour des raisons légales : vous êtes responsable de tout ce qui est publié chez vous. Pour rappel, en 2008, Vittorio de Filippis, directeur du développement de Libération s'est retrouvé en garde à vue avec fouille au corps pour un commentaire diffamatoire laissé sur le site de Libé. Désagréable. La meilleure manière d'élever le débat, c'est de l'inscrire dans le cadre légal mais aussi de l'animer.
Ce débat n'est pas commencé qu'il me donne déjà des boutons...je suis plutôt conte le boycotte (idéologiquement parlant) mais ce sera l'exception qui confirme la règle :)
Adieu débat de "l'anonymat sur Internet".
Sur Slate.fr, sous mon ancien pseudo de Spiroute Zantafiotte, j'ai lancé des attaques très violentes sur toutes sortes de cibles. Ces cibles ne sont jamais innocentes. Comme Zorro, je ne m'attaque jamais aux faibles. Je ne me permets ce genre de violence verbale qu'envers des gens qui, à mes yeux, commettent, ou sont élogieux à l'égard de ceux qui commettent, des actes de barbarie, ou soutiennent des idéologies d'un autre âge. J'ai critiqué violemment Israël et ses partisans, et, très souvent, mes commentaires sur Slate.fr, moqueurs ou très acides, ont été passés à trappe.
J'ai aussi critiqué violemment, l'Islam intolérant, le Christianisme archaïque, les idéologie politiques sectaires etc... Aucun de mes commentaires, aussi violents aient ils été, n'ont jamais été refusés.
Slate.fr n'est pas un site d'information. C'est un très bon site d'opinion et d'analyse, le meilleur à mes yeux. Une bonne partie de ses "plumes" ne sont pas des journalistes. Ils sont politiciens, polémistes etc... la plupart ont un "agenda" politique ou d'influence. Si ils publient tous sous leur vrai nom, il me semble que, d'une certaine manière, certains d'entre eux aussi avancent masqués. Leurs raison pour écrire tel ou tel article est souvent politique, ou sert les intérêts d'un mouvement ou d'un projet.
Ayant travaillé pas mal de temps pour deux des plus grandes marques de l'information Anglo-Saxonne (Dow Jones et Bloomberg). J'ai été au cœur de la bête : le triangle "information, pouvoir, argent". Je connais toutes les magouilles et les coups tordus : j'ai été "mouillé" jusqu'au cou ! C'est pour ça que j'adore cet Internet qui bouleverse la donne.
Slate.fr c'est le site des gens de pouvoir, du centre gauche au centre droit. Quand on commente sur Slate.fr, on peut espérer être lu par des gens de pouvoir. On est lu par peu de gens, mais des gens qui comptent. En cette périodes pré présidentielles, le microcosme se positionne et Slate.fr est une des positions stratégique d'où lâchez ses salves, aussi bien pour des puissants comme Coppé et Attali que pour des gens ordinaires comme moi. C'est d'ailleurs le signe du succès du site.
Je me fiche que les autres commentateurs soit anonymes ou pas. Il y a de la place pour les deux. Je constate seulement que les meilleurs commentaires sont écrits par Peter Wright et Marianne Arnaud. Pas que je partage toujours leur avis, mais il est toujours intéressant. J'imagine que c'est leur vrai nom, eux ont choisi d'être publique.
Pour moi, les commentaires, surtout ceux des trolls, sont au moins aussi intéressants que l'article lui même. C'est la vox populi : bruts de décoffrages, mais ils parlent plus que la prose policée de l'article. Le troll ne cherche pas à se faire bien voir, il éructe. Mais, dans une démocratie, l’éructation fait partie du débat. Le FN, et les partis d’extrême gauche sont le refuge des trolls, c'est là que les partis "civilisés" doivent aussi aller pêcher des voix.
Alors, anonyme ou pas ? Je pense qu'il y a la place pour les deux. En vieux renard des médias, j'ai appris à d’abord me poser quelques questions : savoir qui écrivait, qui avait intérêt à ce que je lise l'article et qui payait celui qui l'écrivait. Ensuite, je lis l'article.
Moi, j'ai fait mon choix : je ne veux plus être anonyme, je veux être moi même... Pourquoi ? Parce que je n'ai pas honte de mes opinions. Je ne hais personne, et quand je critique qui que ce soit, je le fais en croyant au bien du plus grand nombre. Je n'ai pas peur du débat. Ma "personne numérique" doit refléter ce que je suis.