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Exposition aux radiations: comment savoir ce que vous risquez?

Brian Palmer, mis à jour le 15.03.2011 à 16 h 13

[L'EXPLICATION] Des milliers de particules radiocactives ont été lâchées dans l’atmosphère.

Dosimètre dans une rue de Tokyo, le 15 mars. REUTERS/Kyodo

Dosimètre dans une rue de Tokyo, le 15 mars. REUTERS/Kyodo

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Les autorités japonaises essayent à l’heure actuelle d’empêcher la fusion totale des trois réacteurs nucléaires endommagés lors du tsunami de vendredi dernier. Après avoir injecté de l’eau de mer dans les enceintes de confinement afin de refroidir les réacteurs, les ingénieurs ont volontairement relâché une partie de la vapeur radioactive dans l’air afin de faire baisser la pression, devenue dangereusement élevée. Des milliers de particules ont ainsi été lâchées dans l’atmosphère. Des hélicoptères en ont détectés jusqu’à 100 km des réacteurs. Comment savoir si les évacués ont été ou non exposés à des niveaux de radiations dangereux?

Par une analyse sanguine. Les employés des centrales nucléaires, les radiologues et les sauveteurs peuvent porter des badges ou des bagues leur indiquant le niveau de radioactivité de leur environnement. Les mesures a posteriori sont toutefois plus difficiles. L’une des techniques les plus employées consiste à passer une machine sur les vêtements du patient. L’air pénètre dans une chambre remplie d’oxygène (ou d’argon) et la machine détecte les réactions entre le gaz et les particules radioactives.

Une autre option est d’effectuer un prélèvement dans la bouche ou le nez du patient avant de réaliser une expérience similaire. Si l’une de ces deux méthodes permet de déceler une exposition aux radiations, un prélèvement sanguin est effectué. Une absorption de plus de 500 millisieverts peut faire baisser le nombre de globules blancs dans le sang.

Pour l’instant, il semble que personne au Japon n’ait encore reçu un tel taux de radiations. Jusqu’à maintenant, le niveau le plus élevé enregistré était de 106 msv. À titre de comparaison, les ouvriers de Tchernobyl avaient reçu plus de 5 000 msv… et nous parlons des survivants. Une dose de 500 msv est, en fait, assez bénigne. Le taux de globules blancs remonte généralement au bout de quelques jours et le risque accru de cancer mérite à peine d’être mentionné.

Pour un Américain moyen, le risque d’attraper un cancer à un moment ou l’autre de sa vie s’élève à un sur deux. Une exposition unique à une radioactivité de 500 msv fait grimper ce risque à environ un sur 1,9999.

Dans le cas malheureux où l’ouvrier d’une centrale nucléaire présenterait les signes d’une exposition importante aux radiations, le traitement dépendrait du type de particules impliquées. Le césium radioactif peut être traité à l’aide d’un agent de chélation, produit chimique qui s’accroche à la particule pour lui permettre d’être évacuée par l’urine. Les personnes inhalant une dose d’iode radioactif ne sont pas aussi chanceuses. Elles peuvent certes recevoir un traitement prophylactique sous forme de comprimés d’iodure de potassium, mais il n’y a pas de remède efficace après l’exposition. La victime doit attendre que son corps “traite” le produit contaminant.

Explication bonus : Lorsque les familles évacuées sont autorisées à rentrer chez elles, doivent-elles jeter tous leurs meubles et leurs vêtements?

Pas si leurs fenêtres étaient fermées. Une maison bien bâtie constitue un rempart très efficace contre un nuage radioactif. Si vous en voyez passer un au-dessus de votre maison aujourd’hui et que vos portes et fenêtres restent closes, sachez que l’augmentation de la radioactivité à l’intérieur restera sans conséquence sur votre santé. En revanche, quiconque ouvrirait ne serait-ce qu’un peu sa maison devrait faire analyser son habitation par un professionnel. En cas d’exposition importante, la décontamination (PDF) pourra impliquer de jeter vêtements et meubles, de nettoyer ou de poncer les murs, de retirer les planchers et de tout repeindre avec une peinture spéciale afin “d’enfermer” les particules radioactives encore présentes. Les maisons les plus contaminées seront condamnées.

C’est une autre histoire pour l’extérieur. Il y a de fortes chances que des particules radioactives soient présentes sur les toitures des maisons situées dans le voisinage immédiat de la centrale. Pour les habitants, mieux vaut toutefois attendre que la pluie les élimine plutôt que de se risquer à les laver soi-même avec le tuyau du jardin.

Explication bonus bonus : En dehors du problème nucléaire, le Japon est aussi jonché par une quantité phénoménale de décombres. Que faire de tous ces détritus?

Recycler ou incinérer tout ce qui est possible et enfouir le reste. Même lorsque tout va bien, la gestion des déchets est un vrai problème au Japon. Le pays a une densité de population dix fois supérieure à celle des États-Unis et souffre d’un manque cruel de place pour enfouir ses déchets. Les autorités locales ont publié une quantité étourdissante de consignes destinées à aider les habitants à déterminer quels déchets sont destinés à l’incinération (le Japon brûle plus de 80% de ses ordures), au recyclage ou à leurs précieux sites d’enfouissement. On ne sait pas encore bien pour l’instant si les équipes de nettoyage suivront les mêmes principes ou si le gouvernement simplifiera les règles afin d’accélérer la procédure. Aux États-Unis, les États élaborent des plans de gestion des déchets en cas de catastrophe.

La gestion des décombres après une catastrophe naturelle n’en est pas moins compliquée, même pour un pays comme les États-Unis, qui ne manque toutefois pas d’espace. L’ouragan Katrina a généré plus de 75 millions de mètres cubes (PDF) de décombres et les autorités locales et étatiques n’ont toujours pas fini de les détruire, incinérer, composter…

Elles sont parvenues à recycler une masse importante de décombres, de métaux et d’appareils électroniques, mais certains étaient trop difficiles à séparer des matières dangereuses ou simplement non recyclables. L’assouplissement des réglementations en matière d’enfouissement de décombres a suscité des controverses, les sites ne recevant habituellement pas une telle quantité de déchets. Plusieurs entrepreneurs ont même été surpris en train de déverser d’immenses quantités de débris sur des terrains abandonnés.

Brian Palmer

Traduit par Yann Champion

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