La catastrophe de Fukushima est aussi la nôtre
PAR SANDRINE BÉLIER - Elle doit nous faire réfléchir à notre engagement dans le nucléaire, et nous permettre de lancer enfin un vrai débat démocratique sur notre consommation d'énergie.
- Une des enceintes autour du réacteur N°1 de Fukushima Daiichi après l'explosion. TEPCO/REUTERS -
Le séisme suivi du tsunami, et maintenant les répliques sismiques ont profondément meurtri le Japon. Et le bilan humain s’alourdit d’heure en heure. Nous sommes bien évidemment tous solidaires dans la souffrance avec le peuple japonais. Chacun à notre façon, nous pouvons apporter notre soutien: l’urgence est bel et bien à la solidarité et à l’aide humanitaire. L’aide internationale s'organise pour participer aux opérations de secours et de recherches de disparus et chacun d’entre nous, au-delà des gouvernements et des institutions, peut aider la population nippone avec les associations déjà organisées.
A cette catastrophe naturelle, s’ajoute le drame nucléaire. La centrale de Fukushima a subi deux explosions; les centrales d'Onagowa et de Tokai sont également touchées. La menace est réelle et la peur exprimée par le peuple japonais sur Twitter est insupportable. Chaque heure qui passe se charge encore et encore d’un peu plus d’une angoisse que nous partageons à distance. Et ce drame-ci n'a rien de naturel. Ces événements ne sont pas le fruit d’une simple fatalité. Ils doivent nécessairement tous nous interroger.
Le débat a peut-être commencé dans l'urgence, mais il ne devra pas cesser. Il devra se poursuivre dans les semaines et les mois qui viennent.
De l'émotion à la raison
La raison, c'est de tirer les leçons de cette douloureuse réalité pour le futur. Plus de 200.000 habitants ont été déplacés, sur une zone de 20 kilomètres autour des centrales de Fukushima. C'est la preuve par l'absurde que la production nucléaire est un mode énergétique où le risque zéro est impossible, mais aussi que c’est le mode de production énergétique le plus dangereux et destructeur. Sur les 55 réacteurs nucléaires en fonctionnement au Japon, 11 ont été affectés par le séisme. Le Japon a misé sur le nucléaire comme principal mode de production d'électricité. Aujourd'hui, au moins 5,6 millions de foyers sont privés d’électricité…
Le choix du (presque) tout nucléaire est aussi le pari de la France depuis 40 ans. Nous avons le second parc de réacteurs nucléaires au monde, juste devant le Japon. Notre gouvernement est un des meilleurs VRP du nucléaire dans le monde. Alors la catastrophe nucléaire nippone est aussi un peu la nôtre, et elle doit nous conduire aujourd’hui à réfléchir et revenir à la raison.
Sortir de l’aveuglement et du déni
Qu’on cesse irrémédiablement de nous suriner avec d’hypothétiques mesures de sécurité qui nous protégerait contre tout danger! Dans le domaine de la sécurité, alors qu'ils étaient les mieux préparés au monde, le gouvernement japonais navigue à vue. Les équipes de sauvetage injectent de l'eau de mer avec du bore pour refroidir les réacteurs, une expérimentation d'urgence. Dans le même temps, le syndicat CGT d’AREVA La Hague, dans un communiqué, estime que les normes de sécurité et de sûreté doivent être renforcées… en France.
Et quelle impudence que celle du ministre de l’énergie Eric Besson dont la première déclaration a été d’affirmer que «La question nucléaire n'est qu'une petite partie, certainement pas la plus importante de ce drame qui a frappé le Japon». Monsieur Besson, laissez-moi vous rappeler à la décence humaniste et que les catastrophes ne se comparent pas, elles s’additionnent! Forcé par la réalité des événements, comme l’a été son ex-collègue MAM quelques mois plus tôt sur la situation tunisienne, il a rectifié 24 heures après, pour parler enfin d'«accident nucléaire grave» et ne plus écarter la possibilité d'une «Catastrophe» nucléaire.
Ces propos et cette attitude nous ramènent immanquablement en 1986, il y a tout juste 25 ans après la catastrophe de Tchernobyl, Alain Madelin, alors ministre de l'Industrie, nous affirmait: «Personne ne peut dire qu'à un moment donné la sécurité des Français a été menacée». Aujourd'hui, les certitudes des experts, les mensonges et les silences sont mis à mal, nos responsables politiques au gouvernement (mais pas seulement) se réfugient derrière l'argument de l'imprévisible catastrophe naturelle. Avec le nucléaire, on ne peut justement pas se permettre l'imprévisible tant les conséquences sont dramatiques.
Il faut en finir avec l’omerta. Il faut en finir avec la publicité mensongère. Il faut que les experts de la filière du nucléaire cessent de verrouiller le débat. Jouons cartes sur table, avec tous les éléments de nature à permettre au citoyen de se saisir du débat et d’exprimer en tout connaissance de cause si vivre avec la menace nucléaire vaut vraiment le «coût». Qui paie, qui va payer le traitement des sols irradiés et des déchets nucléaires? Qui paie et qui va payer la fin de vie des sites nucléaires et leur réhabilitation? Qui paie et qui va payer l’«imprévisible» catastrophe qui pourrait survenir suite à un «imprévisible» évènement déclencheur? A qui profite le développement du nucléaire aujourd’hui en France et en Europe? Au détriment de quel autre potentiel énergétique? Au détriment de quels autres investissements?
La relance du débat sur le nucléaire civil est une question démocratique. Il ne s'agit pas de se laisser enfermer dans un simple: «pour ou contre le nucléaire». Il faut instaurer le débat citoyen sur les enjeux énergétiques et les replacer sous l’angle du projet de société que nous voulons pour nos enfants et petits enfants. Sous l’angle de notre projet commun d’avenir. Sous l’angle de notre capacité à produire et consommer autrement. Sous l’angle de l’espoir par l’innovation, la relocalisation de la production énergétique, la relance de l’emploi dont sont porteurs les solutions d’efficacité énergétique et développement des énergies renouvelables. Pour sûrement ensemble renoncer à la peur du lendemain et à l’asservissement à quelques grandes multinationales plus préoccupées par leurs profits financiers que par le sort de l’humanité.
Je crois que les citoyens ont droit à un débat et une information fiable et transparente sur le nucléaire civil, tant sur les sommes investies, que sur les retombées sur l'environnement et la santé. Je crois que nous avons le droit de pouvoir mettre en balance les avantages et les inconvénients que présentent ce choix énergétiques que d’autres ont fait pour nous. Qui sait aujourd’hui que le 7 février dernier, l'autorité de Surveillance Nucléaire a souligné la gravité du manquement à la sûreté sur 34 réacteurs français, dont certaines sur les questions de refroidissement du cœur du réacteur?
La sécurité est un droit
L’exploitation nucléaire présente des dangers potentiels énormes. Personne ne peut le nier. Ce risque a été pris, il y a des années. Je crois qu’aujourd’hui par notre douloureuse prise de conscience, nous pouvons encore inverser le cours des choses, comme cela a été le cas en Suède, Belgique, Espagne et l'Allemagne... Fermons la plus vieille centrale nucléaire de France, Fesseinheim, située en zone sismique et décidons d’en faire un site d’expérimentation de démantèlement. Exigeons le débat public en France et en Europe. Mettons les pouvoirs publics face à leurs contradictions…
La catastrophe nucléaire de Fukushima doit nous inviter à initier le débat démocratique avec tous les citoyens européens dont le regard et les pensées sont aujourd’hui tournés vers les femmes, les enfants et les hommes du peuple japonais.
Sandrine Bélier
Lundi, j'ai demandé au Président de la Délégation pour les relations avec le Japon (dont je suis membre), de tenir une réunion extraordinaire afin d’établir et suivre avec le Parlement européen les moyens à mettre en œuvre pour aider du mieux possible la population nippone face à l’urgence humanitaire et pour la reconstruction. J’ai d’ores et déjà reçu le soutien de plusieurs eurodéputés de l’ADLE (avec la française Sylvie Goulard), de la SDE et du PPE.
Mis à jour le 15/03/2011 à 14h38














































Tant que les humains seront aussi prétentieux, ils se mettront en danger. La nature est la plus forte ; tant que chacun défendra ses intérêts tels qu'ils soient ambition, richesse ou pouvoir, on tendra à des scénarios catastrophes !
Je ne suis pas pro ou anti-nucléaire, je pense juste quelle a encore un peut de place en attendant que de meilleurs sources d'énergies et que les énergie renouvelables deviennent vraiment opérationnelles à grande échelle. Troquer un risque très visible contre un autre plus diffus mais plus importants ne me semble pas être la meilleurs solution...
Si on part du principe que l’utilisation des énergies fossiles empoisonne l’atmosphère et compromet l’avenir de la planète. Et comme, à ce jour, le technologies des énergies renouvelables sont encore balbutiantes, la seule solution est de faire des économies d’énergie.
Mais là, ce ne sont plus des classe 1+, A, B ou autre pour les appareils électroménagers. Ce ne sont plus des appareils « verts ». Ce ne sont plus des ampoules « à économies d’énergie ». Il s’agit tout simplement de diminuer notre consommation électrique de 85% (au moins, les centrales thermiques gaz, fioul n’étant pas bonnes pour la planète).
Donc il faut arrêter les chauffages électriques, la production d’eau chaude sanitaire, les réfrigérateurs et congélateurs, la télévision (bon, là, ce n’est pas trop grave), les ordinateurs (ouille ouille ouille), bref, tout ce qui fait notre environnement quotidien.
Si l'archipel entier du Japon devenait inhabitable pour quelques siècles, par suite de contamination nucléaire, à combien de millions de réfugiés japonais estimeriez vous la juste part de la France ? (au sens de la version complète de la célèbre phrase de Michel Rocard) Sachant que lorsque les troupes du colonel Kadhafi seront entrées dans Benghazi, et commenceront à massacrer la population, ceux-ci vont prendre des bateaux et venir demander asile dans le pays où un grand président et un généreux philosophe en chemise blanche (Mr BHL) ont reconnu leur gouvernement provisoire ?
Il y avait comme je l'indique une part de provocation dans mon message... Mais la situation ne s'améliore pas au Japon et d'après ce que j'ai pu lire, la catastrophe qui risque de se produire serait une première parce que ce que dans les accidents précédents, le cœur n'est jamais entièrement entré en fusion et surtout certains des quatre réacteurs japonais contiennent un combustible appelé Mox qui contient du Plutonium.
Cela expliquerait que les gens fuient à mille km au sud et que les pays occidentaux veulent évacuer leurs ressortissants
Chez Guillaume Durand (Antenne Deux)on a encore assisté à un superbe numéro de dénégation d'expert, et même la militante écologiste n'a pas osé ce mot de "MOX" Il y aurait il un mot d'ordre de silence pour ne pas affoler les populations ? Un monsieur a parlé de réfugiés japonais, serait-il un lecteur de Slate ?
L'argument du déplacement de population est lui aussi totalement irrecevable, l'existence et l'application de mesure de précaution en cas de risque d'accident (pour le moment la radioactivité n'est pas dangereux dans la zone) est un signe de maturité de la filière et de responsabilité des politiques japonnais.
Les anti nucléaires c'est éclairage à la bougie et enchainement d'arguments complètements débiles pour faire interdire tout ce qui pourrait nous séparer de l'âge de pierre.
De plus, demander de mieux étudier un sujet avant de parler et prétendre que vouloir sortir du nucléaire c'est s'éclairer à la bougie ou retourner à l'age de pierre c'est le comble de la mauvaise foi... renseignez vous aussi!
Le monde entier est pétrifié devant l'horreur des images que nous recevons : villes anéanties, tours de Tokyo qui se balancent (mais résistent), survivants manquant de tout , à la recherche de leurs proches, angoisse de millions de gens etc...
Les centrales nucléaires accidentées génèrent une grande crainte, et le pire peut arriver. Mais il n'est pas encore arrivé.
Mais Mme Bélier , oubliant les dizaines de milliers de morts à cause du tsunami, développent ses idées antinucléaires, alors qu'il n'y a pas encore un seul mort directement imputable au nucléaire. Bien au chaud dans les cette "douce France" qui n'est en rien menacée de ces horreurs
Quelle honte de manipuler l'opinion à des fins politiciennes, sur le dos de la souffrance humaine.
Mme Bélier, taisez-vous et partez au Japon secourir ce peuple. Vous êtes "députée écologiste" mais vous êtes inhumaine et avez le coeur sec.