France

Les tribus de l'UMP donnent de la voix

Dominique Albertini, mis à jour le 15.03.2011 à 9 h 11

Les courants se font de plus en plus entendre au sein du parti majoritaire.

Hervé Novelli, Jean-François Copé et Marc-Philippe Daubresse. REUTERS/Benoit Tessier

Hervé Novelli, Jean-François Copé et Marc-Philippe Daubresse. REUTERS/Benoit Tessier

Il y a le feu au chêne UMP. Entre aventure droitiste et rébellion centriste, le parti présidentiel a de plus en plus de mal à parler d'une seule voix. L'approche de la présidentielle et la pression du Front national exacerbent les lignes de fracture internes, jamais complètement disparues depuis la création du parti en 2002. Cet attelage incertain survivrait-il à une défaite de Nicolas Sarkozy en 2012? Pas sûr. Radiographie d'une famille en crise. 

LES CENTRISTES

Carte d'identité

Certains ex-UDF, membres du Parti radical (associé à l'UMP), démocrates-chrétiens... ce sont les modérés de l'UMP. Ceux qu'agacent au plus haut point les incursions présidentielles sur le terrain du Front national –bien qu'aux régionales de 1998, certains UDF aient accepté d'être élus avec les voix du parti d'extrême droite. Leur credo: équité sociale, modération sur les questions de société. Sur les 320 députés UMP, 18 sont aussi membres du Parti radical, 17 du collectif des Parlementaires centristes.

Principaux représentants

Pierre Méhaignerie (député, vice-président du Conseil national de l'UMP), Marc-Philippe Daubresse (député, secrétaire général adjoint de l'UMP), Laurent Hénart (député), Jean-Pierre Raffarin (sénateur).

Avenir au sein de l'UMP

Incertain. La droitisation des débats à l'UMP n'a rien pour plaire à ces modérés, qui ont vu Matignon échapper à Jean-Louis Borloo, et la tête du groupe UMP à leur ami Jean Leonetti. La fronde contre le projet de déchéance de nationalité pour les assassins de policiers a étalé ce mécontentement au grand jour. Le Parti radical devrait prochainement reprendre son indépendance, au sein de la «Confédération des Centres» voulue par Jean-Louis Borloo. Un envol qui pourrait tenter d'autres centristes.

La phrase

«Si cette confédération se crée, le Parti Radical sera un allié indépendant, il ne sera plus intégré à l'UMP.»
Laurent Hénart sur France Info le 09/03

LES VILLEPINISTES

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Côté idées, ce petit club —entre 8 et 10 membres déclarés— se réclame du gaullisme social. Concrètement, il se définit avant tout par son attachement à la personne de Dominique de Villepin.

Principaux représentants

Jacques Le Guen, François Goulard, Jean-Pierre Grand (députés)

Avenir au sein de l'UMP

Lié au destin de leur leader. Si celui-ci décide de se présenter en 2012, il sera très difficile pour ses partisans de rester dans une UMP acquise à Nicolas Sarkozy. Ils rejoindraient alors le parti République Solidaire créé par l'ancien Premier ministre. Quelques partisans de plus et une alliance avec les troupes de François Bayrou et/ou Nicolas Dupont-Aignan permettraient la constitution d'un groupe indépendant. A moins que les tentatives de séduction de Nicolas Sarkozy —entrée de villepinistes au gouvernement, rencontres avec «DDV»— ne finissent par faire mouche.

La phrase

«J'ai toujours dit que je quitterai l'UMP le jour où Dominique de Villepin annoncera sa candidature.»
Jacques Le Guen à Slate le 10/03

LES LIBÉRAUX

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Beaucoup de ces promoteurs de la libre entreprise et de l'allègement des contraintes administratives sont passés par Démocratie Libérale, le parti d'Alain Madelin intégré à l'UMP en 2002. Ils se retrouvent aujourd'hui au sein du club «Les Réformateurs», qui compte une centaine d'adhérents parmi les députés —le noyau dur des libéraux se limitant sans doute à une cinquantaine.

Principaux représentants

Hervé Novelli (secrétaire général adjoint de l'UMP), Gérard Longuet (ministre de la Défense), Claude Goasguen, Yannick Paternotte (députés)

Avenir au sein de l'UMP

Avec les centristes, ils ont été les autres grands déçus du remaniement de novembre 2010. L'arrivée récente de Gérard Longuet au gouvernement et celle de Hervé Novelli comme secrétaire général adjoint de l'UMP ont calmé les esprits. Il aura tout de même fallu, selon les Echos, que ce dernier menace de créer un groupe dissident à l'Assemblée. La révolte ne gronde pas encore, mais les libéraux monnaieront cher leur soutien.  

La phrase

«Je verrai dans les temps qui viennent si le contrat est respecté. Dans le cas contraire, j'en tirerai les conséquences.»
Hervé Novelli au Figaro en novembre 2010

LES LÉGITIMISTES

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Issus de l'ex-RPR, ils sont le «canal historique» de l'UMP —et sa colonne vertébrale: chiraquiens sous Chirac, sarkozystes sous Sarkozy... demain copéistes? Les valeurs communes de ce vaste ensemble sont l'attachement à l'héritage gaulliste, un libéralisme assorti, à des degrés variables, de préoccupations sociales, et l'accent mis sur la sécurité. Mais derrière l'unité de façade de ce groupe, de vraies rivalités personnelles. 

Principaux représentants

François Fillon (Premier ministre), Alain Juppé (ministre des Affaires étrangères), Jean-François Copé (Secrétaire général de l'UMP),Christian Jacob (député, président du groupe UMP à l'Assemblée), Jean-Claude Gaudin (sénateur, président du groupe UMP au Sénat).

Avenir au sein de l'UMP

Avec Jean-François Copé à la tête du parti, Christian Jacob à celle des députés, François Fillon et Alain Juppé en hommes forts, les ex-RPR tiennent l'UMP. Ils n'ont pas intérêt à l'explosion d'un parti qui fédère autour d'eux les autres composantes de la droite. Mot d'ordre: tous derrière le Président. Ce qui ne doit pas masquer le potentiel de division dans cette famille où ne manquent pas les ambitions personnelles. Copé, Fillon, Juppé: autant de possibles recours en cas d'effondrement de Nicolas Sarkozy d'ici à la présidentielle. 

La phrase

«Toute autre candidature [que celle de Nicolas Sarkozy] serait une candidature de division qui ouvrirait un boulevard à la gauche»
François Fillon
 le 05/03

LES FAUCONS

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Ce sont les tenants de la ligne dure. Issus pour la plupart de régions où le FN atteint ses meilleurs niveaux, ils se sont regroupés au sein du collectif «La Droite Populaire». Lancé en avril 2010 —au lendemain de la raclée des régionales, celui-ci regroupe 44 députés désireux de «voir la droite revenir à ses fondamentaux»: patriotisme, sécurité, liberté d'entreprendre. Certains sont favorables à la peine de mort pour les crimes les plus graves, notamment les actes terroristes

Principaux représentants

Thierry Mariani (secrétaire d'Etat aux Transports), Eric Ciotti, Lionnel Luca, Jacques Myard, Eric Raoult, Christian Vanneste (députés).

Avenir au sein de l'UMP

Les «durs» de l'UMP semblent tenir la corde en ce moment, à en juger par la séquence laïcité/identité lancée par Nicolas Sarkozy. Mais la condamnation par l'UMP des propos de Chantal Brunel («après tout, remettons-les dans les bateaux!»), de même que le recul sur la déchéance de nationalité, les ont exaspérés. En défiant la consigne de vote, ces députés ont montré les limites de leur tolérance en matière d'arrangements internes. En cas de bérézina à la présidentielle, retrouvera-t-on certains d'entre eux sous les couleurs du Front national?

La phrase

«Des bobos salonards»
Jacques Myard le 08/03, à propos des modérés de l'UMP 

Dominique Albertini

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