Location d’autos entre particuliers: le Web ne respecte rien!

Place Vendôme à Paris. Charles Platiau / Reuters

Place Vendôme à Paris. Charles Platiau / Reuters

Votre auto traîne en pantoufles toute la sainte journée et ne sort que pour boire votre salaire chez Total? Mettez-la au boulot…

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A-t-on vraiment conscience du nombre de professions menacées d’obsolescence par l’arrivée d’Internet? D’accord, dans le contexte de la destruction créatrice schumpetérienne, ça ne devrait plus faire peur, mais on peut tout de même trouver que ça va vite…

Tenez, ça allait déjà assez mal pour les maisons de disques, les éditeurs de journaux, les diffuseurs de petites annonces classées, les commissaires priseurs, les patrons de chaînes de télé, les facteurs, les loueurs de DVD, etc., mais voici que le bitume se dérobe sous les pneus des loueurs de voitures!

Les loueurs de voitures? Il n’y sont pas déjà, sur Internet? Il doit y avoir erreur. Le Web, c’est forcément un plus pour eux, un booster formidable pour leur chiffre d’affaires… Pff… Alors là, c’est tout le contraire! Et c’est même quasiment la fin des haricots ou presque qui s’annonce pour les Hertz, Avis, Europcar et autres Ada. Ces mastodontes observent en effet avec inquiétude l’initiative d’un brave gars d’une trentaine de printemps qui, parce qu’il s’ennuyait ferme dans son bureau d’une grande société de transport, s’est un jour demandé s’il ne pouvait pas les orienter vers la même voie de garage que les dinosaures…

«Oui, enfin, je ne m’ennuyais pas tant que ça! se récrie Paulin Dementhon, c’est son nom. Mais j’ai toujours eu envie de créer ma propre entreprise. J’ai d’abord réfléchi à l’optimisation du covoiturage sur les smartphones, puis j’ai choisi de proposer aux particuliers de louer leur auto lorsqu’ils ne s’en servent pas en lançant Drivy.com il y a un an...»

Car c’est ça, son idée, à ce spécialiste de la logistique: une «voiture moyenne», ça roule une ou deux fois par semaine grand maximum, essentiellement pour aller faire les courses à Auchan et, le reste du temps, ça dort au parking et ça coûte de l’argent à son propriétaire. «En fait, ce n’est pas juste le Web qui rend le concept pertinent, précise Dementhon, mais plutôt l’évolution du rapport des gens à la voiture, qu’ils voient de plus en plus comme un outil plutôt que comme une extension de leur personnalité…»

Effectivement, le ver était dans le fruit bien avant Internet. Désormais, et le succès du financement automobile type LOA et LLD, qui fait de vous un locataire plutôt qu’un propriétaire, ou l’arrivée des modèles low cost en attestent: la voiture ne fait plus rêver le consommateur. Il ne l’identifie pas encore totalement à une bête machine à laver, puisqu’il visite encore le salon de l’auto alors qu’il ne va plus à celui des arts ménagers, mais presque.

Donc, avec Drivy[1], Paulin Dementhon et quelques acolytes mettent essentiellement en relation propriétaires et locataires dans les mêmes conditions qu’un loueur classique. «Ah non, pas dans les même conditions! corrige le jeune entrepreneur: Mieux! Car si les prix sont librement fixés par l’offreur, nous sommes bien moins chers (généralement 20 euros par jour). Et, surtout, les voitures sont disponibles en bas de chez vous alors que pour celles des loueurs professionnels, c’est soit les gares et aéroports, soit les zones industrielles au milieu de nulle part».

Et c’est vrai que ça à l’air de couler de source, cette affaire: je ne me sers pas de ma voiture un jour, une semaine ou un mois, bing, je la loue à un type qui en a besoin au même moment. Mais, une seconde, mon assureur, il ne va pas un peu faire la tête?

― Oui, ça ne va pas lui plaire, c’est sûr, mais on a contourné ce problème avec un accord avec une mutuelle qui assure les voitures pendant la location.

― Ah, et les gens à qui on loue la bagnole, ils ne vont pas la ramener toute crado et piquer des trucs dans la boîte à gants?

«On n’a pas encore eu ce genre de problème, mais c’est un peu comme les échanges d’appartements ou le couchsurfing: il faut se faire confiance un minimum. D’ailleurs, j’ai essayé de convaincre ma mère de mettre sa voiture sur le site mais elle n’avait pas envie d’en virer toutes ses petites affaires. Ce n’est donc pas pour tout le monde», admet Dementhon…

Bon, en ce début 2011, avec 500 voitures à peine en portefeuille, Drivy ne fait frémir les grands loueurs que parce qu’ils savent que les petits ruisseaux finissent souvent par faire les grandes rivières. Mais la tendance est là: «Les idées de ce genre naissent partout au même moment et c’est un signe qui ne trompe pas. Il y a deux sites en Allemagne, cinq aux Etats-Unis, un en Australie, tous créés ces derniers mois… Et on voit même des gens qui proposent leur voiture à la sauvage et sans assurance sur des sites d’annonces. Clairement, c’est mûr».

C’est tellement mûr, en fait, qu’un nourrisson comme Drivy a déjà son challenger local, Livop.fr, né il y a trois mois et équipé, lui, d’une «grosse centaine de voitures». «Ben oui, il faut bien commencer, justifie son fondateur Kieran Connolly, un Bordelais comme son nom ne l’indique pas. Mais ça va très vite et si nous sommes plusieurs sur le marché ça ira même encore plus vite. Ce genre de service, c’est l’avenir de la location de voiture. On va tout balayer!»

Hum, plutôt optimiste, le «start-upper»… On sait bien que sur le Web, un Facebook passe de 0 à 500 millions d’utilisateurs en moins de temps qu’il n’en faut à une Fiat 500 pour passer de 0 à 100 km/h, mais tout de même. «Oui, c’est vrai, je suis optimiste, mais je sais un peu de quoi je parle: mon métier d’avant Livop.fr, c’était de gérer des réseaux d’agences de location de voitures UCAR et Sixt…»

1 — NDLE: Voiturelib.com est devenu Drivy en janvier 2013, après la rédaction de cet article Retourner à l'article

 

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