Economie

Le séisme au Japon sera-t-il aussi une catastrophe économique?

Annie Lowrey, mis à jour le 30.09.2013 à 14 h 52

Les possibles conséquences du tsunami et du tremblement de terre pour l’économie japonaise.

Containers dans le port de Sendai, le 12 mars. REUTERS/Kyodo

Containers dans le port de Sendai, le 12 mars. REUTERS/Kyodo

Nul ne sait encore quel sera le bilan exact du tremblement de terre au Japon, et l’attention est, actuellement, entièrement concentrée sur la préservation de la vie humaine. Mais certains investisseurs et analystes commencent à se demander dans quelle mesure cet événement va affecter l’économie du Japon.

Une des inquiétudes exprimées dans les notes des investisseurs est que le tremblement de terre va rapprocher le pays d’une crise de sa dette. Les voyants du Japon sont déjà dans le rouge – bien davantage encore que ceux des Etats-Unis ou des autres pays développés. Les vingt années de récession qu’il vient de connaître ont entraîné une explosion de la dette publique. Cerise sur le gâteau, malgré un retour global de la croissance, son économie est en net repli. Si le gouvernement japonais devait tirer de nouveaux bons pour la reconstruction, cela pourrait fort bien, disent certains, accroître encore ses problèmes fiscaux, entraînant une hausse de son taux d’emprunt ou provoquer une cessation de paiement.

La question est de savoir si le tremblement de terre pourrait faire «basculer» le Japon sur le plan financier a affirmé Brendan Brown de Mutsubishi UFJ Security à Bloomberg. Un autre analyste a affirmé sur CNN Money que «le redressement économique du Japon s’essouffle et qu’une grande partie du coût de la reconstruction viendra s’ajouter à la dette déjà conséquente du gouvernement.» Mais il est trop tôt pour dire si une crise économique va suivre la crise humanitaire. Et les inquiétudes relatives à la capacité du Japon à rembourser sa dette en raison du tremblement de terre semblent déplacées.

La richesse, un atout à double tranchant

D’une manière générale, les tremblement de terre provoquent moins de dégâts –en termes de vies humaines et de dommages économiques– dans les pays riches et stables. Il suffit de comparer les deux tremblements de terre majeurs de l’année 2010: Celui de magnitude 7.0 près de Port-au-Prince, en Haïti et celui de magnitude 8.8 qui a frappé le Chili. À bien des égards, les deux tremblements de terre ne sont pas comparables : le tremblement de terre qui a frappé Haïti, bien que moins intense, s’est produit tout près d’une zone densément peuplée; celui du Chili, bien plus intense, a frappé en mer et affectée une zone bien moins peuplée. Mais si le premier à tué 316.000 personnes, le second en a tué 500, un chiffre clairement dû à la stabilité et à la richesse du Chili, avec des règles de construction plus strictes, une meilleure préparation des plans d’urgence, d’excellents hôpitaux et un gouvernement en état de marche

Ainsi le Japon devrait-il être à même de se remettre aussi rapidement, voire plus vite, de ce tremblement de terre que toute autre nation. Il est pourvu des codes de construction les plus stricts du monde, son économie est puissante – et plus un pays est grand, moins son PIB est susceptible d’être affecté par un événement isolé. Surtout, le pays est riche. D’un côté, cela signifie aussi que les entreprises, maisons et infrastructures sont donc nombreuses à pouvoir être endommagées. (Un tremblement de terre frappe votre jardin : s’il endommage votre potager, cela vous coûtera 20 dollars. S’il endommage le garage qui accueille votre Ferrari, cela peut vous coûter 200.000.) Mais cela veut également dire que le pays dispose d’amples ressources pour se reconstruire.

Pourtant, les analystes s’inquiètent de l’impact du tremblement de terre sur la situation fiscale du Japon. Cette inquiétude est légitime: les registres du Japon n’ont pas bonne mine. Sa dette publique correspond à 228% du PIB, comparés aux 144% de la dette grecque et aux 77% du Royaume-Uni. Surtout, les hommes et femmes politiques de ce pays se sont avérés incapable de prendre le problème de la dette à bras le corps malgré les avertissements nombreux des agences de notation.

En janvier, l’agence Standard and Poor’s a dégradé la note du Japon sur sa dette publique, affirmant que les hommes politiques japonais n’avaient manifestement pas de plan réel pour remettre l’économie du Japon dans le positif et s’inquiétaient que le montant de la dette « ne continue de grimper encore plus haut que cela avait été envisagé avant que la récession économique globale ne frappe le pays et ne cesse son ascension qu’au milieu des années 2020. »

La dette n'est pas le principal problème du pays

La question actuelle est celle de savoir si (et comment) le coût de la reconstruction aura un impact négatif sur la dette, au point de pousser les investisseurs à réévaluer les taux d’emprunt, précipitant ainsi une crise de la dette. A court terme, la reconstruction pourrait pourtant bénéficier à l’économie japonaise, comme l’ancien Secrétaire au trésor Larry Summers l’a indiqué ce vendredi sur CNBC.

Sur le long terme, il est difficile de croire que le tremblement de terre sera la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Pour l’année fiscale 2011, le pays pense emprunter 2 milliards de milliards de dollars. La dette publique s’élève déjà à 10 milliards de milliards. Si la reconstruction coûte 10 milliards, comme l’estiment certains spécialistes, voire 100 milliards, cela ne sera après tout qu’une toute petite goutte d’eau dans un très très grand vase.

Le problème de la dette japonaise est très sérieux – mais c’est un problème de long terme. Le tremblement de terre et ses coûts associés en matière de reconstruction laissent le Japon plus vulnérable à une crise fiscale. Mais ce sont le refus du gouvernement de faire baisser cette dette, les défis démographiques majeurs du pays, la croissance quasi-nulle de l’économie japonaise et son important fardeau fiscal qui demeurent, au fond, les principales menaces pesant sur l’archipel.

Annie Lowrey

Traduit par Antoine Bourguilleau

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