L'arrachement
Nous nous excluons du monde par notre immobilisme.
- Three monkeys / Anderson Mancini via Flickr License CC by -
Que se passe-t-il quand tout avance autour de soi et qu'on s'efforce de rester immobile? On finit par être arraché, désarticulé, emporté par le courant, éparpillé en lambeaux flottants.
C'est ce qui menace aujourd'hui la France. Autour de nous, le monde change de plus en plus vite. Des jeunesses se libèrent de la peur. Des continents avancent à grands pas vers des richesses inattendues. Et nous sommes de plus en plus immobiles. De plus en plus enfoncés dans nos certitudes. De plus en plus convaincus que le monde a les yeux tournés vers nous, modèle idéal de leur avenir. De plus en plus centrés sur nos minuscules disputes et nos dérisoires scandales. De plus en plus persuadés que le meilleur de notre histoire est derrière nous et que nous n'avons rien de mieux à faire que de conserver ce mode de vie.
En conséquence, nous interprétons tout à l'aune de notre nombril. Nous pensons les révolutions méditerranéennes comme la volonté de ces peuples de nous imiter, alors qu'elles indiquent, tout au contraire, qu'ils commencent une marche vers un monde en changement, dont nous nous excluons par notre immobilisme.
De même, nous faisons de notre modèle de gouvernement l'idéal auquel tous les autres doivent aspirer et nous interprétons la crise de l'Europe comme la traduction de la volonté des autres pays européens d'atteindre notre niveau de vie et de leur incapacité à répliquer nos institutions.
Plus généralement, nous interprétons tous les mouvements du monde comme la volonté des autres de nous copier. Alors que rien n'est plus éloigné de l'esprit d'un habitant des pays émergents, d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique latine, que le confort rassis et autosatisfait dans lequel se complaisent les dirigeants européens, et français en particulier. Bien d'autres grandes puissances avant nous sont mortes d'un même aveuglement et pour avoir oublié que l'apologie du statu quo est le début de la fin.
On aurait pu attendre du dernier remaniement ministériel, comme des précédents, qu'il fût l'occasion d'inscrire la France dans ce mouvement. Mais non. On garde les mêmes, ou de plus chevronnés encore, pour gérer à l'ancienne des problèmes d'une ampleur inédite; et on nous explique que le seul risque que nous courons est d'être envahis par des peuples ignorants et envieux.
Cela ne nous mènera nulle part, sinon à des tensions croissantes entre le monde et nous. Quant à notre modèle social, qui privilégie les fortunes héritées au détriment des richesses créées, il aggravera brutalement la situation des plus pauvres.
Pour toutes ces raisons, nous sommes à la veille d'un arrachement politique, historique, économique et social. Nous devons comprendre d'urgence que le monde va changer de plus en plus vite; que nous ne sommes pas les détenteurs éternels d'une rente, qui nous aurait été accordée pour nos mérites ou par les vertus du Saint-Esprit; que notre capacité de mouvement est beaucoup plus importante que nos racines; que nous ne sommes pas destinés à rester éternellement une grande puissance ni à attirer longtemps les élites du monde.
Il est urgent de regarder l'horizon et non plus l'arbre, sur la rive, auquel nous pouvons, pour un bref instant encore, nous attacher.
Jacques Attali
Photo: Three monkeys / Anderson Mancini via Flickr License CC by
Chronique également parue dans L'Express.
Mis à jour le 12/03/2011 à 11h02
















































Permettez cette entame un peu datée pour en souligner la déférence.
Vous lire est un plaisir masochiste. Vous avez raison et sa fait mal. Voilà le stimulus
Je ne compléterai qu'un point sur le (non)renouvellement des élites politiques.
Les personnes que vous appelez de vos voeux, de type quadra et ayant la conscience du monde tel qu'il existe (plus que sa simple connaissance ou compréhension) en dehors du courant de pensée autocentré que vous décrivez, n'existent tout simplement pas.
Pour des raisons professionnelles, je suis conduit (modestement) à cotoyer les personnes qui vivent le mouvement de ce monde et j'ai de plus en plus de difficultés à rebasculer vers les modes de raisonnement qui semblent satisfaire nos concitoyens.
Nos sommes engagés dans la poursuite (vaine) d'un contrôle du monde par le biais d'un glacis (surtout rien ne bouge) alors que le seul mode de contrôle soutenable est la conscience profonde de son mode de fonctionnement pour pouvoir réellement agir sur lui.
Nous en sommes loins, ce qui est grave, nous nous éloignons, ce qui est pire.
Cordialement,
L'argument que vous développez du risque de décadence de la France si elle rechigne à s'adapter aux évolutions du monde est l'argument No1 qui convainc beaucoup de citoyens informés d'apporter leurs voix à la droite classique ou au centre. Il a le mérite d'être un argument rationnel et logique, et donc en tant que tel, il s'agit du premier argument à laquelle la gauche (celle qui promeut la résistance aux forces du marché) se doit de répondre aujourd'hui.
Tout d'abord il s'agit de définir de quelle évolution du monde on parle. Comme le sous-entend si bien E. Le Boucher dans son article aujourd'hui ("La défaite des politiques face aux marchés"), on peut considérer que le point essentiel de l'évolution du monde aujourd'hui est l'accroissement du pouvoir du marché mondialisé sur le politique.
Pour moi, la première faiblesse de votre argument se trouve dans une question : A qui profite une politique adaptant la société française à cette évolution mondiale où les forces du marché mondialisé prennent le pas sur le politique? Elle profite évidemment à ceux qui profitent du marché, ie principalement à la classe des détenteurs du capital ! Et donc il n'y a rien de plus normal à ce que cette classe, si puissante et influente dans les sphères de pouvoir, répètent à n'en plus finir cet argument et persuadent beaucoup de monde. Elles y ont intérêt.
Par contre, les petits salariés de la base ont-ils le même intérêt ? Démanteler les acquis sociaux sous prétexte d'adaptation à l'évolution du monde est-il dans leur intérêt ? Doivent-ils croire à la théorie du ruissellement ? Je pense que toutes ces questions ébranlent les certitudes de votre article et nous amènent à nous questionner si l'intérêt général n'est pas plutôt dans une forme de résistance devant cette "évolution" du monde que constitue l'humiliation croissante des forces démocratiques et politiques par le marché mondialisé.
Mais que dit cet article que ne dit déjà les journaux les moins informés : ça va mal. Bien et après ? Toute la France est en attente du tournant de 2012, convaincu (et avec raison) qu'elle s'est trompée en 2007 (vous-même peut-être également). La France a une histoire qui illustre qu'elle s'est relevée de bien pire et à l'extérieur les exemples sont nombreux de situations impossibles : les révolutions arabes, nous ne les espérions plus. Avec la motivation, comme dans le sport, nous rebondirons, c'est notre identité. La solution est politique, il nous faut donc attendre.
Presque tous ceux qui savent (y compris l'auteur de l'article avec ses hyper-guerres) ont exprimé à maintes occasions, l'abîme qui attend ceux qui courent les yeux bandés.
Quant aux français; ils ont la mémoire de leur longue histoire; ils sont autosuffisants pour leur alimentation; autosuffisants pour l'énergie, notamment grâce au nucléaire; autosuffisants pour les transports, notamment grâce au réseau ferré; le taux de natalité assure le renouvellement des générations (contrairement à bien d'autres), nous possédons le second domaine maritime mondial (avec ses ressources), et le pays est beau et divers! En d'autres termes le monde peut s'écrouler, (crise des énergies fossiles...) nous nous resterons, confortables!
Quant à la politique! Nous avons inventé l'idée de nation depuis 1000 ans quand un de nos Rois a affranchi tous les citoyens en français; nous avons proclamé les droits universels de l'Homme et du citoyen, nous avons écrit des encyclopédies et des traités scientifiques, nous sommes aux fondements de la connaissance philosophique et scientifique unverselle. Nous sommes à l'initiative de l'Union Européenne; nous sommes ceux qui défendent une Europe puissance; nous avons eu un général De Gaulle qui a eu la vision d'une Europe de l'Atlantique à l'Oural. Nous avons une arme nucléaire qui sanctuarise notre territoire, et nous avons une âme de guerrier, prête à faire couler le sang impur de nos ennemis, sans larmes inutiles, sans spectacle et sans syndrome post-traumatique!
A l'occasion, nous avons dominé le monde avec notre empire colonial. Nos corsaires ont régné sur les mers, on s'est battu cent ans avec les anglais....Puis quand on en a eu assez, après une mauvaise humeur exprimée dans des guerres coloniales, tous les enfants de la France sont revenus à la mère patrie (contrairement aux anglo-saxons qui ont trahis leur souveraine britannique). On a semé un peu de désordre aussi, tous les conquérants l'on fait...et même les rois africains qui vendaient leurs sujets comme esclaves...
Aujourd'hui ceux de nos anciennes colonies aspirent à être accueillis par notre nation; et on intègre (pas si mal), à notre choix et notre rythme!
Là, on se repose un peu...on prend le temps de la réflexion et de la connaissance...nous sélectionnons et formons toujours les meilleurs, loin des classements chinois asservis au mirage anglo-saxon et sa culture de masse...et on sera bientôt de retour..plus fort que jamais, à la tête d'une Europe de nouveau (virtuellement) conquérante.
Si la France est dans cet état lamentable, c'est bien sûr suite à des décennies de gestion par le couple d'inénarrables "comiques troupiers" : nos "Laurel et Hardy"...Je veux bien sûr parler du couple UMP-PS.
Vous nous appelez donc clairement à voter soit un peu plus à droite, ou un peu plus à gauche...Mais comme vous, ma décision n'est pas encore prise...
En lisant les commentaires que votre article a suscité, je suis dépité, d'y voir l'énième confirmation de l'auto-castration de mes compatriotes. Ce que veulent les français, c'est le risque zéro, la semaine des quatre jeudis, la retraite à 40 ans, le 18ème mois et l'emploi à vie. Notre société, c'est le Front Populaire permanent.
Alors je suis parti, vers d'autres latitudes... je reviens de temps en temps... en vacance. Je suis devenu un étranger dans mon propre pays...
Ça me mine...
Voyagez donc à l'étranger...et revenez quand vous serez fatigué des autres...
Si vous vous santez étranger dans votre propre pays, pensez à une thérapie (féminine ?)...
Ah ! Comme on peut comprendre ce point de vue, lorsqu'on a quitté la France pour aller s'établir ailleurs, où ne règne pas l'esprit français d'immobilisme et de caste.
Dans le lieu du monde où je me trouve, de jeunes Français débarquent par milliers. Ils fuient la France comme Stéphane, comme moi.
Ils y reviendront peut-être dans quelques années en vacance, en parfait étranger ...
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Deuxièmement, le discours "tout va mal, il faut aller de l'avant et non rester assis sur nos lauriers" me parait un peu simpliste et facile. Je ne vois pas en qui la France irait plus mal aujourd'hui que dans les dernières décennies. Mais OK admettons, tout va très mal madame la marquise. Mais que faut-il donc faire et dans quelle direction avancer ?? Pas l'ombre d'un début de piste dans cet article !
Enfin, ne croyez-vous pas que le singe qui descend de son arbre pour aller trop loin explorer l'horizon rencontre souvent des circonstances qui lui font regretter l'arbre sur lequel il n'était pas si mal dans le fond ?
Poussant le vice, car je suis quand même un peu d'accord, je dirais que notre drame est un drame profond de morale, de savoir fondamentalement ce qui est bon, et comment le savoir. Et là, nous sommes perdus ! Qu'est que la valeur pour une nation : un salaire en association culturelle subventionnée vaut-il un salaire en industrie de pointe ?
Autre point : si nous sommes si immobiles, n'est-ce pas parce que la structure est trop lourde, trop complexe ? Le mal n'est-il pas de nos collectivités et Etat alignant les compétences sans création fondamentale de valeur ? Et n'es-tu pas, toi aussi, Jacques, participé largement à ce mouvement dès 81 ? Un peu facile ensuite de casser le modèle !
Et enfin, sur ce point, tu conclus en revenant au symptôme bien français, du chien de meute au regard fixé sur son piqueux. Pourquoi attendre d'un gouvernement qu'il donne le la, alors que le mal est fondamentalement culturel, enraciné dans les mentalités forgées dans la pensée unique à la française, un Education Nationale dogmatique, une communauté journalo-médiatique subventionnée ?
Allez, that's all folks for 2day,
J'avais compris, d'après vos dires, que la crise bancaire était de votre avis la faute des "pauvres"! Quelle ineptie et quelle provocation!
L'immobilisme de la France serait dû, d'après vous, à ces français qui veulent que rien ne changent mais vous ne précisez pas qui sont-ils? Sont-ils vos amis ou bien ceux qui n'ont plus d'espoir pour eux et/ou pour leurs enfants et qui ne peuvent que souhaiter un profond changement et le départ de ceux qui captent les richesses. Le désespoir pourrait mener à des révolutions donc il faut réapprendre à partager et nul doute que c'est fort difficile difficile pour ceux qui facturent à l'heure plus que ce que gagne un smicard par mois.
Un peu de sincérité Monsieur Attali, un peu d'objectivité et un peu de réalisme. comme vous dites tout et son contraire vous prétendez avoir toujours raison, mais vous êtes dépassé par un système que vous avez largement alimenté au même titre que certains "pseudo philosophes" et certains "pseudo économistes" dit "bling-bling".
Respectez les français et sortez de vos clichés issus de vos discussions de salons de luxe entre personnes "d'un certain monde" comme le faisait les "boyards (Боярин)" par le passé. Utilisez l'intelligence que vous affichez à être constructif pour le bien des plus démunis et arrêtez de vouloir donner des leçons en enfonçant des portes ouvertes, c'est plus néfaste qu'autre chose.
Francois Mittérand disait, je crois, que vous aviez un nombre incalculable d'idées mais qu'il fallait savoir choisir qu'elle était la bonne. Aujourd'hui, personne ne semble malheureusement apte à faire le tri nécessaire.
De grâce, parlez moins et agissez plus pour la défense des plus démunis.
Jean
Vous voudriez nous signifier que les 26 années cumulées des présidences de Mitterand et Chirac nous auraient plongés dans le formol ? Mais peut-être que ""l'élite"" politico-économico-médiatique, pourrait commencer par balayer devant sa porte, non ? Les mêmes têtes depuis 30-40 ans dans tous ces domaines hypercentralisés, quelle belle exception française ce non renouvellement qui étouffe tout changement dans l'oeuf, pour qui la France s'arrête au centre de Paris (ou à Neuilly, ne soyons pas snob !), et vas-y que je te refile les postes aux copains et aux rejetons. Avec en plus ce culot monstre, après avoir fabriqué chaque mois le prêt à penser au fameux "club du siècle", de faire culpabiliser les honnêtes gens sur les unes de la presse et des journaux télévisés du style "les salaires ne doivent pas augmenter", "ce n'est pas la faute des traders", "la France des privilèges" (pour parler des smicards)...
Ce lavage de cerveau a marché un temps, plus maintenant.
Ce sont les erudits et les conseillers de tout poil comme vous, qui participent à l'immobilisme du pays.
Les politiques d'aujourd'hui ne sont pas crédibles face au monde de la finance.
Des politiques incapables d'évoquer clairement le problème du chomage, et d'envisager des solutions si ce n'est en magouillant les chiffres de pole emploi.
Des politiques menées à tres court termes uniquement dans un but électoraliste.
Et oui, c'est au gouvernement et a lui seul a prendre les décisions pour donner du travail aux jeunes, et permettre aux plus agés de vivre dignement après 60ans.
Je crois personnellement qu'il est temps de mettre tout le monde au boulot coute que coute, et qu'il faut dans le même temps changer les règles en limitant les revenus des plus riches. Les cotisations comblerons les déficits, le travail occupera les jeunes qui aurons moins de temps pour creer de l'insécurité.
Les gens d'en bas crèvent à petit feu, mais quand ils se réveillerons, la réaction en chaine sera difficile à maitriser.
Peut être bien à tous ceux qui on profité de la mondialisation qui sont seulement le 1% de milliardaires qui contrôle le 42 % de la richesse national au État Unis et dans en Europe dans des proportions aussi inégalitaire.
Faire peur au gens n'a jamais porté le bonheurs au peuples mais plutôt le contraire, un argument bien utiliser par les dictateurs de tous bords.