Life

Les adolescents ont-ils réellement besoin de neuf heures de sommeil?

Brian Palmer, mis à jour le 12.03.2011 à 9 h 10

Peut-être que oui, peut-être que non...

Festival de musique dans le New Jersey en 2009. REUTERS/Eric Thayer

Festival de musique dans le New Jersey en 2009. REUTERS/Eric Thayer

Selon la Fondation Nationale du Sommeil, les Américains ne dorment pas assez, entre autres parce qu'ils utilisent des appareils électroniques juste avant d'aller se coucher. Les adolescents sont ceux qui manquent le plus de sommeil, avec 7 heures et 26 minutes par nuit, quand ils sont supposés en dormir 9 heures et 15 minutes. Mais comment les scientifiques savent-ils précisément de combien d'heures de sommeil les adolescents ont besoin?

En les laissant tranquilles. Les scientifiques ne savent toujours pas avec certitude pourquoi nous dormons, ce qui rend très difficile la mise en place de recommandations concernant le temps de sommeil dont nous avons besoin. Mais dans une étude de 1980, Mary Carskadon, de Stanford, avait séquestré pendant plusieurs jours un groupe d'adolescents dans le laboratoire du sommeil de l'université, et les avait laissé dormir aussi longtemps qu'ils le souhaitaient, jusqu'à 10 heures maximum. Elle avait trouvé que les adolescents dormaient tout juste neuf heures, avec peu de variations interindividuelles. Cette étude dite «naturaliste» est sur quoi reposent principalement toutes les recommandations concernant le sommeil des adolescents.

Sommeil et diplômes

Les recommandations pour les adultes sont souvent fondées sur des enquêtes. Les chercheurs observent les corrélations entre les habitudes de sommeil auto-déclarées des individus et les schémas comportementaux à l'œuvre dans leurs vies quotidiennes. Les adolescents qui dorment moins de huit heures, par exemple, ont tendance à être moins bien diplômés. Les adultes qui dorment moins de sept heures déclarent souffrir de troubles de la mémoire et de la concentration.

Sinon, les recommandations pour adultes peuvent aussi être tirées d'études sur les performances cognitives. Des chercheurs privent de sommeil un groupe de participants, puis comparent leurs résultats à un exercice à celles d'un groupe de contrôle qui, lui, s'est bien reposé avant de le commencer. Les tests peuvent consister à garder une croix à l'intérieur d'un carré qui bouge sur un écran d'ordinateur et à l'aide d'une souris, appuyer sur une touche quand certaines lettres apparaissent à l'écran, ou se sortir d'un labyrinthe virtuel. D'autres enquêteurs préfèrent des tests mesurant la vitesse de réaction ou des simulateurs de conduite. Les résultats de ces études varient, mais suggèrent en général que les adultes dormant moins de six heures souffrent de troubles cognitifs.

Les études sur des nourrissons et des jeunes enfants sont plus problématiques, parce que les bébés ne peuvent être soumis à des tests cognitifs ou remplir des questionnaires. La recommandation selon laquelle les enfants dorment entre 12 et 18 heures se fonde sur l'association d'études sur le sommeil ininterrompu, comme l'expérience de Carskadon sur les adolescents, et des questionnaires parentaux concernant le sommeil de leur bébé et son caractère grognon une fois réveillé. Mais pour de nombreux chercheurs, cette moyenne des 12 à 18 heures est très théorique.

Approche différente

Une petite mais néanmoins bruyante minorité de chercheurs rejette en bloc ce genre d'approches, en disant qu'aucune d'entre elles n'a trait à la santé. Ce n'est pas parce que les adolescents dorment neuf heures quand on les laisse tranquilles que cela signifie que ce soit la meilleure chose pour eux, de même que laisser les gens manger autant qu'ils le veulent n'est pas une bonne idée pour leur santé.

Et arriver à se sortir d'un labyrinthe n'a rien à voir, disons, avec son équilibre cardiovasculaire à long terme. De plus, être un peu endormi à deux heures de l'après-midi n'est pas forcément contre-nature, ou mauvais pour vous, sauf si vous devez conduire de lourdes machines. (Les gorilles et les chimpanzés, dans leur habitat naturel, font souvent la sieste pendant la journée.) Pour ces sceptiques, la question importante consiste à savoir si une longue durée de sommeil améliore la longévité, ou si trop peu de sommeil la raccourcit. Des études menées par Daniel Kripke de l'Université de Californie - San Diego, par exemple, montrent que les adultes qui dorment entre 6 et 7 heures par nuit sont ceux qui vivent le plus longtemps, tandis que ceux qui dorment moins de 5 heures et plus de 8 heures meurent plus jeunes

Ces études sur la longévité sont assez controversées, parce qu'il n'est pas dit que le sommeil excessif soit la cause d'une santé déficiente, ou même un symptôme. Par exemple, les gens souffrant de dépression, d'obésité, ou de maladies cardiaques peuvent dormir plus longtemps que leur pairs en bonne santé. Mais une telle critique peut viser de nombreuses études sur le sommeil. Les adolescents qui dorment peu peuvent vivre dans un environnement familial chaotique qui sera, lui, la véritable cause de leurs médiocres résultats scolaires. Et une cyclothymie chronique peut engendrer des troubles du sommeil, plutôt que l'inverse.

Brian Palmer

Traduit par Peggy Sastre

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