Monde

Séisme au Japon: les trois actes d'un plan de secours efficace

Jean-Yves Nau, mis à jour le 13.03.2011 à 10 h 54

Comme tout se joue dans les 48 premières heures, les plans de prévention sont primordiaux et particulièrement bien rodés dans l'archipel.

Sauveteurs à Tokyo, le 11 mars 2011. REUTERS/Kim Kyung-Hoon

Sauveteurs à Tokyo, le 11 mars 2011. REUTERS/Kim Kyung-Hoon

Ainsi, le Japon est depuis quelques heures confronté simultanément à deux catastrophes naturelles majeures: d’une part un tremblement de terre dit «vertical» de très forte magnitude suivi de nombreuses répliques et d’autre part, conséquence,  un tsunami  de grande amplitude (vagues d’une hauteur de dix mètres) et d’évolution rapide dans l’océan Pacifique.

Cette double catastrophe complique à l’évidence les opérations de sécurité civile auxquelles participent les forces armées. De ce point de vue, les autorités japonaises semblent, selon les spécialistes, avoir d’ores et déjà tiré les conséquences du tremblement de terre de Kobe de janvier 1995: magnitude de 7,2, près de 6.500 morts, plusieurs dizaines de milliers de blessés et des dégâts matériels évalués à près de 100 milliards d'euros.

Les secours civils avaient alors tardé à être mis en œuvre (la région de Kobe n’étant pas alors tenu pour être à fort risque sismique) et les militaires n’avaient pas alors été associés aux efforts collectifs. Plusieurs observateurs estiment que le nombre des victimes aurait vraisemblablement été moindre si un plus grand nombre de sauveteurs avait pu être mobilisés.

Il n’en reste pas moins vrai que le Japon, parce qu’il est particulièrement exposé aux risques de tremblements de terre, est l’un des pays qui (avec l’Etat de Californie) a le mieux développé une politique préventive concernant tant les règles de l’urbanisme «antisismique» que la formation de la population aux meilleurs conduites à tenir en cas de catastrophe.

Que faut-il ici, concrètement, savoir? L’ Ecole et Observatoire des Sciences de la Terre de Strasbourg nous l’explique qui  souligne que la préparation à un séisme majeur comporte trois volets.   

Avant. Il faut, comme pour d’autres catastrophes naturelles prévisibles,  effectuer des simulations de catastrophes avec des exercices d'évacuations auprès de la population. De tels exercices de simulations dans toutes les écoles japonaises et californiennes. Des simulations du même type ont maintenant lieu dans des établissements scolaires du sud de la France. De même, les principales unités de secours doivent être préparées à agir vite lors d'un séisme.

Ceci nécessite un entrainement spécifique afin d'être parfaitement au point le jour du séisme. Au Japon, il existe ainsi des simulations de séisme tous les ans, le jour anniversaire du tremblement de terre de 1923 qui avait fait plus de 120.000 victimes. Ces exercices de simulation impliquent autant la population dans son ensemble que les membres des organismes de secours. (NB : de tels exercices avaient en France été menés il y a peu — sur des échelles géographiques réduites et sans participation de la population — pour préparer au risque de pandémie grippale H1N1). 

Pendant.  L’urgence consiste alors à informer au mieux la population en diffusant aussi largement et aussi régulièrement que possible les consignes essentielles de sécurité à suivre en cas de séisme; à savoir:

  • Ecouter la radio pour connaître les consignes sanitaires d’urgence et les suivre.
  • Garder coûte que coûte son calme. Faire, le cas échéant, le bilan de ses blessure ou de celles dont sont victimes les membres de son entourage.
  • Couper l'eau, l'électricité, le gaz. Ne pas allumer de bougies. Ne pas fumer.
  • Ne pas abuser (si elles sont possibles) des communications téléphoniques et réserver ces communications aux messages hautement prioritaires.
  • Prendre garde de ne pas toucher aux fils électriques tombés à terre.
  • Etre porteur de souliers pour se protéger des vitres cassées et des bris de verre.
  • Prendre soin de s’éloigner  de tout ce qui peut s'effondrer.
  • Evacuer le plus rapidement possible les bâtiments en faisant attention à d'éventuelles autres secousses (tous les spécialistes ne sont pas d’accord sur ce point, en fonction notamment du caractère « antisismique » ou pas du bâtiment dans lequel on se trouve).
  • En cas d’évacuation, ne pas prendre les ascenseurs puis se  diriger vers les espaces libres (parcs, stades...). 
  • Concernant les risques de tsunami et de raz-de-marée la mesure à prendre est simple: s'éloigner au plus vite des zones côtières et, autant que faire se peut, en rester éloigné longtemps après la fin des répliques. C’est ainsi que la préfecture de Wakayama vient d’ordonner l'évacuation de 20.000 personnes en prévision de nouveaux raz-de-marée.

Après. C’est l’heure, cruciale, de la mise en place d’une entraide d'urgence et d’une organisation «post-catastrophe» collective complémentaires aux interventions de la sécurité civile ou des forces militaires. Toutes les données disponibles convergent: après un tremblement de terre, on ne peut sauver un grand nombre de vie qu’à la condition d'agir le plus rapidement possible, dans les 48 heures suivant le séisme; après 72 heures passées sous les décombres, les chances de survie sont minimes et ce même s’il existe toujours, dans chaque catastrophe, des cas «miraculeux».

C'est la raison pour laquelle il faut, bien en amont de telles catastrophes, établir (et régulièrement tester) des plans d'action rapides mobilisant  l’ensemble des moyens collectifs  disponibles et appropriés. Ces plans d’action doivent intégrer de multiples paramètres incluant les conséquences de perturbations majeures dans les transports, les moyens de communication et la fourniture d’énergie.

L’exemple aujourd’hui fourni par le Japon montre notamment l’importance qu’il convient d’accorder à la prévention des risques de fuites radioactives à partir des sites nucléaires. Les médias japonais rappellent que le gouvernement a décidé de déclarer une «situation d'urgence nucléaire» en cas de fuites radioactives ou de panne du système de refroidissement d'un réacteur.

Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique, l’activité des  quatre centrales nucléaires les plus proches de l'épicentre du séisme, survenu à 130 km à l'est du port septentrional de Sendai, a pu être automatiquement interrompue et ce  sans difficulté.

L’exemple fourni par le Japon démontre aussi que la formation méthodique d’une  population au risque de catastrophe naturelle à laquelle elle est exposée permet de prévenir l’émergence de phénomènes de panique ou de psychose collective.

Jean-Yves Nau

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Journaliste
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