Life

Votre chat peut-il être un voyeur?

Nina Montané, mis à jour le 27.03.2011 à 16 h 21

[L'EXPLICATION] Le chat continuera de vous regarder faire l’amour, même s’il ne comprend pas ce qui se passe.

i gots mah eye on yu / silas216 via Flickr CC License by

i gots mah eye on yu / silas216 via Flickr CC License by

Retrouvez tous nos articles de la rubrique L'explication ici

Toute personne qui a déjà eu un chat sait que l'animal ne rechigne pas à observer ses maîtres faire l'amour. Un regard qui peut s'avérer très gênant: un Italien a même traîné son matou devant la justice en février 2011, l'accusant de bloquer ses élans sexuels depuis quatre mois à force de l'observer dans sa chambre.

«Chassez ce voyeur de notre couche conjugale pour que je puisse accomplir mon devoir», a-t-il imploré devant le tribunal de l'Aidaa, l'association italienne des droits des animaux et de l'environnement. Le chat s'est vu interdire l'accès à la chambre pendant trois mois, le temps d'évaluer les performances du mari.

Au-delà de ce procès absurde — d'après le Petit Robert, un voyeur est «une personne qui cherche à assister, pour sa satisfaction et sans être vue, à une scène intime ou érotique», peut-on sérieusement envisager qu'un chat cherche une satisfaction en regardant des êtres humains faire l'amour? Et si non, pourquoi continue-t-il à vous observer si fixement alors que vous enlevez vos sous-vêtements?

Regarder n'est pas mater

En réalité, il semble peu probable que le matou soit un mateur, n'en déplaise à la page Facebook dédiée à ce sujet ou encore cette anecdote sur VDM. D'abord, un chat ne peut pas faire le rapprochement visuel entre un couple humain qui fait l'amour et l'acte de reproduction en soi, car son fonctionnement sexuel est trop différent. Chez le chat, la reproduction est régie par des phénomènes physiologiques: la femelle entre en chaleur quand l'environnement offre des conditions propices à l'élevage de ses futurs rejetons; le mâle, quand il sent les hormones qu'elle dégage, lui saute dessus pour s'accoupler. Il est difficile d'imaginer qu'il fasse le lien entre un coït humain et son propre coït.

En gros, le matou zieute ses maîtres copuler comme il les regarderait cuisiner ou faire la fête. Le chat ne réagit qu'à partir des interactions qu'il a avec les humains, par exemple quand on veut le caresser ou qu'on lui donne à manger. Or voir son maître bouger en cadence en faisant du bruit prouve juste qu'il est en activité, donc qu'un échange est possible. Le chat restera tranquille à regarder en attendant qu'on s'intéresse à lui. Lui prêter une autre intention ne peut être qu'une projection du comportement humain.

«A poil devant un chat», comme Derrida

En qualifiant son chat de «voyeur», l'Italien complexé calque une perversité humaine sur son animal. Il lui prête donc des intentions, soit un semblant de conscience — un débat difficile à trancher, depuis Aristote, puis Descartes ou encore Montaigne. Comme il s'agit d'un animal de compagnie, l'homme interprète les actions de son chat comme s'il était une petite personne.

Mais il semble improbable que le chat puisse conceptualiser la nudité. En revanche, il sent mieux l'odeur de son maître quand il est nu, car elle n'est pas parasitée par les différents autres parfums qui se déposent sur ses vêtements. Mais à part cela, rien ne dit qu'il fasse la différence entre une personne nue et une personne habillée.

Pourtant Jacques Derrida raconte sa gêne et ses interrogations quand il se retrouve «à poil devant un chat», dans L'animal que donc je suis. Le philosophe se demande si on peut seulement «dire que l'animal nous regarde»:

«Devant le chat qui me regarde nu, aurais-je honte comme une bête qui n'a plus le sens de sa nudité? Ou au contraire honte comme un homme qui garde le sens de la nudité? Qui suis-je alors? Qui est-ce que je suis? À qui le demander sinon à l'autre? Et peut-être au chat lui-même?»

Difficile d'obtenir des réponses directement auprès de l'animal, d'autant plus qu'il n'existe pas d'études sur le sujet. Le premier réflexe de Jacques Derrida sera tout de même de se rhabiller, dans un élan de pudeur.

Hormones en commun et tournantes félines

Ce qui pourrait être possible, en revanche, mais qui n'a pas été étudié scientifiquement, c'est que les chats reconnaissent les hormones dégagées pendant une relation sexuelle humaine, grâce à leur odorat très développé. En effet, la testostérone est présente chez les félins comme chez les humains. Mais en tous cas, cela ne va pas jusqu'à susciter chez le chat une quelconque excitation.

Devant d'autres chats qui se reproduisent, il est naturel que le mâle se mette à regarder l'accouplement -voire qu'il attende son tour. Quand deux félins s'accouplent, leurs congénères forment souvent un petit attroupement autour d'eux. C'est parti pour un gang bang: la femelle peut se faire saillir par une dizaine de mâles. Mais n'y voyez aucune intention partouzarde, cette fois-ci. Cette méthode vise juste à répandre leurs gènes et à voir leurs descendants se multiplier.

Nina Montané

L'explication remercie Amandine Roulet, ethologue et féliconsultante, Valérie Dramard, vétérinaire et comportementaliste, Sylvie Chantre et Dominique Pineau, tous deux comportementalistes. 

Vous vous posez une question sur l'actualité? Envoyez un mail à explication @ slate.fr.

Nina Montané
Nina Montané (5 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte