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Mixbeat, Twitter sera la chute

Question mark, Exhibition of Jean-Michel Folon. Forte Belvedere, Firenze / Marco Bellucci via FlickrCC License by

Question mark, Exhibition of Jean-Michel Folon. Forte Belvedere, Firenze / Marco Bellucci via FlickrCC License by

Carl de Canada, alias @mixbeat, lanceur de rumeurs people sur le Net, semble désormais contraint à hurler dans le vide.

Carl de Canada l’avait promis: si cette Twitition atteignait les 999 signatures en 48 heures, il s’engageait à quitter le pays.

A l’heure où sont écrites ces lignes, il y en a 1.023 et Carl [email protected] sur Twitter— vit toujours en France: les derniers signataires sont arrivés trop tard.

Un succès pour un des twittos les plus haïs de la timeline francophone. Son exclusion temporaire, le 4 février 2011 par les utilisateurs du réseau social en est un excellent exemple.

A la suite de la révélation, par @Mixbeat, de la présumée identité du blogueur Maître Eolas, une campagne de report as spam (déclaration d’un utilisateur spammer à la modération de Twitter) détournée de sa vraie fonction avait entraîné la suspension de Carl de Canada pendant quelque jours.

Après des mois de provocation assumée et de gossips bidons, le Twitter francophone avait puni celui qu’il jugeait indésirable. Quel est donc le problème de Mixbeat? C’est un incompris.

Sa carrière internet, Carl de Canada,  48 ans 38 ans [le document dont je dispose, indiquant qu'il est né en 1961, est erroné selon Carl de Canada, qui affirme avoir «38 ans et non 48». NDA] , ne l’a pas entamée le 19 septembre 2008, date de son inscription sur Twitter. Avant @mixbeat, il y a eu mixbeat.com. D’abord un «blog foutraque», lancé en 1999, auquel il a ensuite greffé un forum de discussion en 2005.

Entre photos de jolies filles nues (hommage au photographe Roy Stuart) et tranches de vie de Carl, une rubrique du forum est le centre de toutes les attentions du tout Paris hipster-people-média: «Paris Ragots & Potins».

A l’intérieur: des fils de discussion sur les «Faits & Gestes» de célébrités captés lors de virées dans les nuits parisiennes.

Ma première rencontre avec Mixbeat date de cette époque, quand un sujet concernant la presse people avait été ouvert.

Beaucoup de bêtises y étaient écrites, quelques trucs vrais. Comme dans la plupart des fils de Ragots & Potins. Les auteurs: pas mal de gens du milieu qui venaient régler leurs comptes en s’imaginant protégés derrière leur clavier.

C’est d’ailleurs ce qui fera la force du Mixbeat période 2005-2007, dont on se passait l’adresse sous le manteau entre deux coupes lors des soirées presse: tout le monde pouvait y participer. Des employés de boîte de production, des proches de people —voire des people eux-mêmes, des journalistes, des anonymes...

Tout ce qui ne pouvait être sorti dans la presse, tous les bruits qui couraient dans le Paris nyctalope s’y retrouvaient forcément. Le tout noyé dans d’interminables discussions sur tout et rien, animées la plupart du temps par un Carl de Canada qui multipliait les pseudos.

A cette époque, Carl, de son vrai nom Carl Z., avait encore une certaine superbe. Proche de la mouvance du Syndicat du hype, il est, comme Thierry Théolier, passé professionnel dans l’art de s’incruster dans tous les pince-fesses mondains de Paris. Vernissages, soirées de lancement, fêtes jet-set, il parvient à entrer un peu partout sans invitation.

De ces soirées, il rentre les poches pleines de rumeurs qu’il publie sur Mixbeat.com. Beaucoup y croient, Carl de Canada s’impose. Le site vivote, balançant sur les préférences sexuelles de telle actrice, sur les pannes de tel acteur, sur les addictions de l’un, les cocufiages d’un autre...

Jusqu’à la création d’un fil de discussion accusant un jeune homme de pédophilie. Un inconnu au bataillon, qui travaille dans le cinéma. Mixbeat deviendra le lieu de l’affrontement entre les partisans et les adversaires du garçon mis en cause. Le débat, qui occupera la quasi-totalité des échanges sur le site, pousseront de nombreux fidèles à déserter le site.

Au même moment, un mystérieux front anti-Mixbeat se met en place. D'abord avec un blog, qui «stalkera» minutieusement l’activité du site, puis un forum de discussion. Qui est derrière? Le mystère demeure.

Beaucoup y voient l’œuvre des amis du jeune homme mis en cause. Ces anonymous avant l’heure vont mener une longue et minutieuse guerre à Carl de Canada en dénonçant ses supercheries (l’utilisation de plusieurs pseudonyme pour faire croire à un nombre important de mixbeateurs), en tapant au porte-monnaie (ils tenteront de le mettre en difficulté auprès de Google, de Décathlon, et de Ray Ban, avec qui Carl de Canada disait être en partenariat publicitaire) et en alertant les personnes étrillées sur le site.

Mais Carl de Canada résiste à ces assauts réguliers. Son site, malgré quelques coupures, reste en ligne. Il recevra d’ailleurs, pendant quelques temps, le soutien du riche homme d’affaire Omar Harfouch, avec qui les relations sembleront tumultueuses.

Même sans l’aide du Libanais, Mixbeat semble insubmersible. Si certaines personnalités mises en cause sur le site réglaient leurs différends directement avec Carl de Canada, beaucoup ont choisi la voie judiciaire.

Carl de Canada se croyait intouchable par la justice française grâce à certaines de des petites astuces. Dans la période faste, 2005-2007, il avait anonymisé le whois (l’endroit où est publiée l’identité du propriétaire d’un site) et disait héberger son site sur les îles Tuvalu pour décourager d’éventuels plaignants. L’administrateur du site était joignable par un numéro de téléphone étranger.

En 2008, Mixbeat migre sur le réseau social américain personnalisable Ning, dans l’espoir de compliquer la tâche de ceux qui voulaient le censurer ou engager des procédures à son encontre. Autant de petits obstacles qui en décourageaient beaucoup.

Problème pour Carl de Canada, il est un jour entré dans le viseur d’avocats plutôt tenaces. Celui de Marc Lévy, à qui Mixbeat avait prêté une relation avec Cécilia ex-Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2007, a réussi à obtenir une lourde condamnation à Versailles. Tout comme Maître Florence Watrin, bien connue de la presse people. Agissant au nom de Claire Chazal, elle est parvenue à convaincre les juges du tribunal de grande instance de Paris que Carl de Canada est associé à Mixbeat.com et qu’il y poste sous une multitude de pseudonymes. Mais grâce à Hadopi, les dégâts seront limités pour Carl de Canada.

Deux affaires parmi d’autres, dont celles qui l’oppose à treize journalistes d’i>Télé ou à Noémie Lenoir. En tout, Mixbeat a été la cible de trente-trois procès, dont quelques-uns se sont soldés par des non-lieu, selon les déclarations de Carl de Canada*, qui explique ne plus répondre aux assignations.

Selon lui, la police conseille aux plaignants de laisser tomber les poursuites. A juste titre. Car le bonhomme a beau être condamné, il ne peut pas payer les dommages et intérêts. «Qu'importe, je ne suis pas solvable. Je ne mets pas d'argent en jeu, vu que j'en n'ai pas», expliquait-il au Post.fr en 2009 dans une interview où il se définit comme un «hacker de l’information» qui veut «voir comment la rumeur se propage et comment elle est gérée par les médias».

Voilà, au fond, ce que serait le vrai but de Carl Z.: s’amuser et mettre un joyeux bordel dans le bruit médiatique. La coexistence de véritables informations et de ragots fantaisistes lui ont donné, au début, une vraie consistance qui l’a amené à être invité à un débat sur France Culture.

La structure du forum Mixbeat, sur lequel il exerçait un contrôle total, lui a permis d’entretenir un doute positif sur sa crédibilité en maîtrisant les messages négatifs.

Mais le passage sur Twitter, s’il lui apporte une nouvelle et plus grande visibilité, lui complique aussi la tâche. Au début, ceux qui ne connaissent pas le garçon le prennent au sérieux...

Très vite, ça se gâte: Carl de Canada n’a plus la main sur les discussions. Impossible d’autoalimenter et d’autoconfirmer ses infos bidons avec différents pseudonymes, comme il le faisait sur son forum (il a bien essayé avec d’autres comptes Twitter, sans succès).

Dès qu’il lance une rumeur, comme l’histoire de la grossesse de Carla Bruni, Twitter réplique, la démonte et en fait un meme («Vous l’avez lu ici en premier», une expression de @mixbeat, est devenue un running gag sur le réseau social).

Pareil quand il tente le quitte ou double en annonçant quelques minutes à l’avance le gagnant de la palme d’or de Cannes: il se plante et Twitter, en meute, se déchaîne sur cet anar de l’info qui, à vouloir toujours jouer plus gros, a fini par se décrédibiliser aux yeux de tout le monde.

Incapable de se résoudre à exister sans clapotis, Carl de Canada tente désormais une nouvelle approche pour apporter sa voix au bruit médiatique et ajouter au désordre général.

Approche dont on percevait les prémisses à la belle époque de mixbeat.com: celle de la provoc facile. Sur les homos, les noirs, les arabes, les juifs... Sans grand résultat. Peu à peu, celui qui a «hacké» l’info avec succès dans les 2000’s semble devoir se résigner à hurler dans le vide. Une peine beaucoup plus dure, pour Carl, qu’une condamnation à verser des dizaines de milliers d’euros de dommages et intérêts...

Christophe Carron

*Carl de Canada n’a pas souhaité répondre à ma demande d’entretien. Sa seule déclaration concerne une question précise sur le nombre de procédures dont il a fait l’objet. Retour à l'article

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