Sondages Le Pen: le thermomètre qui enfièvre la politique française
La publication à deux jours d'intervalle de deux enquêtes-choc plaçant Marine Le Pen en première position relance encore le débat sur les sondages, récemment discutés au Sénat.
- Thermometer. Photo zoonabar via Flickr CC License by -
Samedi 5 mars, 13h22: l’Agence France Presse publie un «bulletin» annonçant «de sources concordantes» la parution imminente sur le site du Parisien d’un sondage Harris Interactive plaçant Marine Le Pen (23%) en tête du premier tour de l’élection présidentielle 2012, devant Martine Aubry et Nicolas Sarkozy à égalité (21%). Une façon rare et solennelle pour l'AFP de révéler une enquête d’opinion, qui reflète la tempête politique que celle-ci a créé tout le week-end, notamment sur le choix de ne «tester» que la première secrétaire du PS face à la candidate d'extrême droite et le Président «sortant» .
Interrogée par Slate.fr, la commission expliquait lundi matin que «les primaires socialistes n’ayant pas encore eu lieu, les instituts peuvent tester les candidats qu’ils veulent», mais Harris Interactive et Le Parisien ont finalement publié lundi soir un second sondage, l'un éliminant le PS (Le Pen 24%/Sarkozy 21%/Hollande 20%), l'autre le chef de l'Etat (Le Pen 24%/Strauss-Kahn 23/Sarkozy 21%).


En 1995, la commission des sondages avait imposé au Quotidien de Paris la publication d'une mise au point après la publication, six semaines avant l'élection, d'un sondage «confidentiel» titré «Le Pen passe Balladur?», dont les résultats n'avaient pas été «redressés» (le leader du FN terminera finalement 3,5 points derrière le Premier ministre).
Rien de tel en mars 2011: avant même le second sondage, la commission expliquait que l'enquête avait «fait l’objet d’un examen samedi après-midi» et n’avait «pas donné lieu à observations». Elle mérite pourtant un examen approfondi, d'autant qu'elle s'inscrit dans le débat ouvert par un rapport parlementaire et une proposition de loi adoptée au Sénat contre l'avis du gouvernement, mais avec le soutien de tous les groupes politiques.
Biais internet, marges d'erreur et redressement
L'article 2 de la loi sur les sondages du 19 août 1977 [PDF] impose au média qui publie le premier un sondage de l'accompagner des mentions explicatives ci-dessous, qui permettent d'en identifier les limites.
La première est la réalisation en ligne de l'enquête, moins coûteuse (deux fois moins, selon des éléments cités par le rapport parlementaire) que les enquêtes téléphoniques, mais affectée de «biais spécifiques», d'après la commission des sondages: cette technique attirerait des «répondants» plus motivés par l'idée de donner leur avis, et gonflerait donc les réponses «extrêmes». Pour contrer cette surreprésentation, Harris Interactive explique avoir mis en place pour ses panélistes des incentives (gratifications) sous forme de tirages au sort permettant de gagner des chèques bancaires, mais la proposition de loi sénatoriale entend interdire cette possibilité pour les panels politiques et électoraux.
La deuxième limite est la taille de l'échantillon, dont dépend la marge d'erreur du sondage. Celle-ci ne peut théoriquement pas être calculée pour la méthode «par quotas» utilisés dans les sondages français, où l’on constitue un échantillon jugé représentatif de la population, mais la proposition de loi parlementaire estime qu’on peut appliquer par analogie la marge d’erreur d'un sondage «aléatoire», à l'échantillon constitué par tirage au sort. Les tailles des échantillons des deux sondages (1.618 et 1.347 sondés) correspondent à une amplitude totale de résultats de quatre à cinq points. Soit, selon les configurations, 21 à 26,5% pour Le Pen, 18,5 à 23,5% pour Sarkozy et 17,5% à 25,5% pour le candidat socialiste. Et un ordre qui peut être chamboulé.
La troisième limite statistique porte sur le «redressement» des chiffres bruts sortis des ordinateurs de Harris Interactive. Pour déterminer la sincérité de leur échantillon, les sondeurs appliquent la technique dite de la «mémoire du vote» en demandant aux sondés leur vote au premier tour de l’élection précédente et en comparant avec le vrai score (10,5% pour le FN en 2007) pour «redresser» les résultats. Une technique qui peut se heurter à la mémoire fluctuante des sondés: «Certains ont tout bonnement oublié ce qu'ils ont voté auparavant. Plusieurs millions de personnes ont franchi plusieurs fois la ligne droite-gauche et répondent sur leurs votes passés en fonction de leur intention actuelle», expliquait Roland Cayrol, le fondateur de CSA, aux Echos en 2002. Le responsable de Harris Interactive, Jean-Daniel Levy, a néanmoins minoré cette question du redressement en affirmant à l’AFP que la correction avait été «extrêmement faible».
Des notices peu explicatives
Ces informations sur les biais des échantillons, les marges d’erreur ou les redressements sont très peu accessibles au grand public. La loi de 1977 impose aux instituts de déposer auprès de la commission, avant publication, une notice précisant la méthode de composition de l’échantillon, le texte intégral des questions, la proportion de non-répondants par question ou les «limites d’interprétation» des résultats publiés. Depuis une autre loi sur les sondages de 2002, tout citoyen peut consulter cette notice auprès de la commission, celle-ci ne les mettant pas à disposition en ligne.
Slate.fr s’est ainsi fait transmettre les «éléments communicables» de la notice du premier sondage, qui n’apportent que peu d’informations nouvelles par rapport à ceux publiés par Le Parisien ou Harris Interactive. On constate cependant un redressement très net de l'estimation d'abstention (4% d'abstention et 9% de votes blancs et nuls sur la notice, 35% d'abstention annoncés par Le Parisien) et des ajustements sur des catégories légèrement surreprésentées (les hommes, les plus de 35 ans, les CSP+) ou sous-représentées dans l’échantillon.

La proposition de loi votée par le Sénat entend imposer la publication des marges d’erreur dans le média qui a commandé le sondage et la publication des critères de redressement dans la notice à destination du grand public, qui serait disponible en ligne. Pas sûr cependant que ces contraintes fassent diminuer la fréquence des titres lapidaires de type «Marine Le Pen au second tour», alors que, dès 1995, la commission des sondages, traditionnellement policée, déplorait «la propension des organes de presse à titrer sur le classement des différents candidats dans les intentions de vote [...] comme s'il s'agissait des indications d'un chronomètre dans une course de chevaux ou une compétition sportive».
Jean-Marie Pottier
Mis à jour le 07/03/2011 à 23h42

















































Un sondage vous demande : "pour qui allez vous voter ?". Si vous votez Le Pen, il y a de forte chances pour que vous éludiez la question ou mentiez. Pour un pari, la question est différente :"qui pensez vous va gagner l'élection ?". Là vous avez d'autant moins de raisons de mentir, que 1) si votre réponse est juste vous allez gagner de l'argent 2) vous n'avez pas à dévoiler vos propres opinions politiques mais évaluer celles des autres. De plus, si vous êtes joueur (je ne le suis pas), vous évaluez vous même la marge d’erreur et le risque que vous associez à votre réponse. Donc, il y a déjà, dans votre choix, des donnés mathématiques sophistiquées. L'énoncé d'un pari est une probabilité mathématique. Le "booky" lui vous donne des "odds", par exemple 20 contre un, c'est à dire qu'il vous donnera 20 fois votre mise si le candidat sur lequel vous avez parié est élu. Ça ne veut pas dire que la probabilité est de une chance contre 20. Le booky doit gagner sa vie et faire un profit. Il ne redistribue pas la mise des perdant au gagnant, au passage il prend sa pincée..
Les paris sont beaucoup plus fiables. J'ai entendu parler d'un climatologue de Cambridge, qui a mis au point un modèle mathématique qui lui permet de prévoir le temps sur la base du nombre de tâches sur la surface du soleil. Ses projections font l'objet de paris "qui a raison, le Royal Institute of Meteorology, ou lui ?) Dans 85% des cas, c'est lui qui a raison et des gens se servent des "odds" sur ces paris pour semer, partir à la pêche en mer, ou prendre des décision liées à la météo. Dans ce cas précis, vous avez deux prédictions (sondages), et les paris servent à valider celle qui semble la plus fiable.
Allez voir ce lien pour comprendre sur quoi nos amis Britanniques parient. .
Le profile de Ben Page, boss de IPSOS MORI: http://alturl.com/kwa7p
Pour voir des paris politiques britanniques: http://alturl.com/zjks3
PS: ça serait bien si on pouvait insérer du code HTML sur Slate.fr ...
ils ont été passablement échaudés par Chirac après 2002 Sarkozy fait figure de MLP light, bien plus difficile à soutenir que Jaques "fracture sociale" Chirac et surtout, ils pourraient se reporter sur les legislatives ce qui n'etait pas le cas en 2002.
je ne franchirai pas le pas qui consiste à dire que MLP puisse passer, mais on aura pas un 80/20. MLP a encore quelques elections avant de prendre sa retraite et elle peut déjà s'installé comme une force politique dominante en France.
Quand on est au pouvoir et que l'on a des idées claires, on peut relever un pays en un an : en Amérique du Sud, des présidents comme Mr Lula (dans un passé récent) ou Mr Chávez ne sont pas des saints, mais donnent au moins l'impression de savoir où ils vont...
Ce qui m'a interpellé, c'est de voir que pour être représentatif de l'électorat français, un sondage doit comporter 44% de personnes de 50 ans et plus et 43% d'inactifs....