La fin de l'antijudaïsme chrétien
Le pape lave les juifs de la vieille accusation de «peuple déicide». Cette infamie a été au centre de près de vingt siècles de persécutions antijuives.
- Benoît XVI à la grande synagogue de Rome. REUTERS/ Max Rossi -
Le pape Benoît XVI publie, mercredi 9 mars, le deuxième tome de son livre Jésus de Nazareth dans lequel il traite en particulier de la Passion et de la mort de Jésus-Christ. Non seulement il reprend le récit évangélique de cet événement central de la foi chrétienne, mais il en propose une relecture qui exonère explicitement les juifs de toute responsabilité dans la mort de Jésus. L’expression «les juifs», associée dans les Evangiles et les écrits des Pères de l’Eglise à la Passion du Christ, «n’indique en aucune manière le peuple d’Israël comme tel et elle a encore moins un caractère raciste», écrit le pape. Elle désigne certains «aristocrates du peuple», mais certainement pas l’ensemble des juifs. Salué chaleureusement par les organisations juives, ce texte de Benoît XVI s’inscrit dans la tradition réformatrice du concile Vatican II (1962-1965) qui avait solennellement rompu déjà avec la notion de «peuple déicide» appliquée pour désigner les juifs et avec l’antijudaïsme séculaire de l’Eglise.
Que de crimes commis dans l’histoire au nom de cet antisémitisme d’origine chrétienne avec lequel le pape veut en finir définitivement! «Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants!»: rapporté par l’évangéliste Matthieu (27, 21-25), ce cri des témoins de la mort de Jésus-Christ sur la croix a longtemps servi d’exutoire au ressentiment antijuif des premiers convertis à la nouvelle religion chrétienne. On en parlera comme d’un «serment du sang» nourrissant une vulgate aux conséquences tragiques. Dans sa première épître aux chrétiens de Thessalonique, l’apôtre Paul ajoute à propos du rôle de la populace juive de Jérusalem dans la mort de Jésus:
«Eux qui ont tué Jésus et les prophètes, ils ne plaisent pas à Dieu et ils sont ennemis de tous les hommes» (Thessaloniciens I- 2-15).
Ce sont ces textes, écrits bien après la mort du Christ, qui ont le plus directement inspiré l’antijudaïsme chrétien des origines. Ils s’inscrivent dans un contexte de violences et de stigmatisation né entre les juifs restés juifs et les premières communautés de disciples convertis à la nouvelle foi de Jésus, accusés d’avoir rompu avec la Loi juive, de vouloir se séparer, de s’ouvrir au monde païen, de chercher à le convertir. Ils ont donné naissance à toute une littérature dont les termes polémiques apparaissent aujourd’hui insoutenables, donnant du peuple d‘Israël une image tronquée, dégradante, haineuse. «L’enseignement du mépris» des juifs, que l’historien français Jules Isaac ira dénoncer, en 1961 à Rome, devant le pape Jean XXIII, repose sur deux piliers principaux: le peuple juif est «déicide», puisqu’il est collectivement responsable de la mort de Jésus. Et sa dispersion à travers le monde représente le châtiment perpétuel de ce crime.
Cet enseignement se confirme dans les écrits des premiers évêques et théologiens qu’on appelle aussi «Pères de l’Eglise». Un Grégoire de Nysse (vers 331-394) dénonce «les tueurs du Seigneur». Un Jérôme (vers 347-419) stigmatise «les serpents dont l’image est Judas et la prière un braiement d’âne». Un Jean Chrysostome (350-407) traite les synagogues de «lupanars» et n’a pas de mots assez crus pour vilipender «ces bandits perfides, destructeurs, débauchés, semblables au cochon, surpassant les bêtes sauvages en férocité, qui immolent leurs enfants au diable». Ces vénérés Pères de l’Eglise avaient la métaphore animale et la verve facile.
Cette violence verbale s’explique et n’est pas à sens unique. On est au IVe siècle et, depuis l’édit de Milan signé par l’empereur Constantin en 313, la liberté religieuse est tolérée dans tout l’Empire romain. Le christianisme est devenu la religion de l’empereur. Mais le judaïsme a survécu à la destruction du Temple de Jérusalem en l’an 70 après Jésus-Christ. Il s’est étendu loin de Jérusalem, continue de se répandre, et la controverse judéo-chrétienne prend un tour d’autant plus aigre que les rédacteurs du Talmud entretiennent aussi à leur façon la polémique avec les chrétiens.
Dès lors, l’antijudaïsme va se transmettre à travers les siècles, de génération en génération, avec les phases aigües des Croisades et de l'Inquisition. Avec la première croisade, à la fin du XIe siècle, un pas décisif est fait dans l’antijudaïsme actif: les juifs sont mis hors la loi de la société chrétienne. Ils vont avoir un quartier réservé: le ghetto. Ils seront marqués par le signe distinctif de la rouelle et du chapeau pointu, exclus des activités économiques normales et confinés dans le négoce. Cette ségrégation sociale se double d’une ségrégation psychologique qui prend la forme d’une présomption de culpabilité en cas de malheurs publics: guerres, épidémies, crises économiques. Les juifs sont crédités de «crimes» spécifiques: profanations d’hosties, meurtres rituels, empoisonnement des puits. «Ils ont tué Jésus», alors ils peuvent bien égorger les enfants ou répandre la peste noire!
Ils sont victimes de massacres, comme ceux qui ensanglantèrent l’Allemagne aux XIe et XIIe siècle, et de décrets d’expulsion: en Angleterre en 1290, dans la France de Philippe le Bel en 1306, dans l’Espagne des Rois catholiques en 1492. Le concile de Latran en 1215 adopte des mesures gravement ségrégationnistes et, tout naturellement, le juif est une victime privilégiée pour l’Inquisition. Les persécutions, les vexations, les exactions se poursuivront longtemps. Jusqu’en 1959, une prière pour les «juifs perfides» (du latin perfidis qui veut dire infidèle), supprimée par le pape Jean XXIII, fait partie de la liturgie catholique du vendredi saint qui commémore la Passion et la mort du Christ.
Il faudra près de vingt siècles, en effet, et combien de souffrances, pour que la distance se résorbe et que les deux voies, chrétienne et juive, se rapprochent. Depuis la Deuxième Guerre mondiale et la Shoah, les Eglises ont accepté de relire les fondements juifs de leur foi. A l’«enseignement du mépris» des juifs s’est substitué un «enseignement de l’estime». Dans la déclaration Nostra aetate (à notre époque), fondatrice du dialogue avec les religions non-chrétiennes, adoptée en 1965 à la fin du concile Vatican II, l’Eglise catholique condamne les stéréotypes antisémites, lave le peuple juif de la vieille accusation de «déicide», affirme que le peuple élu ne fut ni réprouvé, ni dépossédé de son alliance première avec Dieu.
Le 13 avril 1986 à Rome, un pape se rend pour la première fois dans la synagogue de la ville. Jean-Paul II y rappelle avec force que les juifs sont les «frères préférés et, en un sens, les frères aînés» des chrétiens. L’expression a fait fortune. Le 23 mars 2000, le même pape est à Jérusalem. Il visite les lieux de la mémoire juive et glisse, entre les fissures du Mur des lamentations, sous les caméras du monde entier, une émouvante supplication. Il fait acte de «repentance», demande le pardon du peuple d’Israël pour les siècles de persécutions menées par l’Eglise. C’est dans cet esprit de réconciliation et dans la conscience partagée que juifs et chrétiens ont beaucoup à apporter au monde aujourd’hui que le pape Benoît XVI vient à nouveau de rappeler que le peuple juif n’est pas ce «peuple déicide», comme le voulait l’infamante accusation dont il a été la victime dans un discours chrétien haineux et dépassé.
Henri Tincq
Mis à jour le 08/03/2011 à 15h14














































Alors l'analyse d'Alain Tincq ne fait que ressasser ce que nous savons tous depuis très longtemps. Les chrétiens et les Juifs ne se sont pas toujours bien entendus... well, tell me something new ! Il semble attribuer toutes les responsabilités aux chrétiens... mea culpa, mea maxima culpa, je tends l'autre joue. Moi, je vois surtout une rivalité entre ces deux écoles de pensée, chacune opérant dans les limites imposées par ces propres concepts. L'une est prosélyte, l'autre pas. Déjà, ça, ça fait une très grosse différence... partout ou deux religions ont essayé de cohabiter, elles sont au mieux arrivées à un status quo. Dans la majorité des cas, c'est le pogrom, l’apartheid ou la dhimitude. Rare sont les cas où tout le monde à vécu en bonne harmonie. Notons que dans la quasi totalité des cas, une religion est engendrée par une autre. Le B.A BA de l'histoire du monothéisme, c'est que la Chrétienté est la fille du Judaïsme, et l'Islam la fille des deux précédentes. Ça crée des liens.... et des conflits.
Le Judaïsme, tout comme l'Islam, malgré toutes les vicissitudes de l'histoire, a survécu et est aujourd'hui une religion puissante. J'aimerais par contre, qu'au lieu de fausses repentances motivées, à mon avis, par des soucis politiques à court termes, que l'église se penche sur la multitude de religions qu'elle a détruite définitivement. Je pense par exemple à la Gnose, les Cathares et bien d'autres. L’église pourrait aussi nous parler de son rôle dans l'esclavage et la colonisation, notamment en Amérique du sud.. Ceux qui on vu l'excellent " The Mission" de Roland Joffe comprendront de quoi je parle.
Pendant des siècles, l’Église a été une menace pour tout le monde, le changement, c'est qu'elle est aujourd'hui principalement une menace pour elle même.
Il aurait pu à l’occasion de son voyage en Terre Sainte, en mai 2009, faire preuve de la même initiative. Sa position aurait eu alors plus d’impact car, annoncée sur les lieux du symbole des trois religions, il aurait marqué de son sceau l'opinion juive mondiale et l’opinion israélienne en particulier.
L’Etat d’Israël attendait un geste fort de sa part, au moins au mémorial de la Shoa à Yad Vachem mais il reçut un pape muet qui avait alors déçu. Sa visite avait déchainé les passions et a eu les effets inverses à ceux escomptés.
http://www.slate.fr/story/5187/benoit-xvi-dans-lombre-de-jean-paul-ii
On apprend aussi que le futur Benoît XVI faisait partie des enrôlés d'office, comme beaucoup d'ailleurs et non des enrôlés volontaires, entre 1936 et 1939. Enfin, mais, pour cela, encore faut-il non seulement savoir compter, mais aussi vouloir vérifier avant d'écrire ou de parler, à tort et à travers, à moins que l'intention ne soit de salir et dénigrer, le futur " Panzerkardinal " est né en 1927 ce qui, pour ces gens là, fait forcément de lui le parfait prototype du petit nazillon, pur et dur à l'âge de 9 ans ou de 12 ans selon la date de son enrôlement d'office ! . En ce qui me concerne, je me demande si les personnes qui avancent systématiquement ce genre d'arguments et de reproches contre tous les Allemands qui étaient jeunes à cette époque et qui ont, bien malgré eux, intégrés d'office cette " association obligatoire ", n'ont pas, en définitive, une dent voire tout un râtelier contre l'Allemagne et les Allemands. Cette sorte de Stasi, - pardon - de quasi haine m'interpelle et je ne me l'explique pas. A moins que ce ne soit qu'une espèce de mauvaise foi ; enfin, mauvaise Foi, pour un Pape, quand même, soyons sérieux ! . Le plus amusant, c'est que souvent ces personnes sont les premières à trouver les meilleures excuses aux actuels délinquants mineurs ! J'y vois comme une toute petite contradiction, mais de taille quand même, quelque part. L'excuse de minorité va de soi pour les uns et pas du tout pour les autres ; comme quoi, il y a des mineurs plus égaux que d'autres. Allez comprendre. . Oui, décidemment, quand on veut tuer son chien, on dit qu'il est enragé. Aussi, Benoît XVI pourra faire tout ce qu'il pourra, de son mieux, tout comme ses frères et sœurs de galère dans les jeunesses hitlériennes, rien n'y fera. Voilà une génération qui doit payer la faute de ses parents et qui est suspecte, jugée, condamnée et exécutée quoi qu'elle fasse ! . Quand à la présomption d'innocence, n'en parlons même pas ! Pourtant, innocence et mineur, ça va à peu près ensemble, non ? Enfin, peut-être que ça devrait ? Mais manifestement pas pour tout le monde.
Mais personne, à ce que je sache, ne l'a obligé à réhabiliter l’évêque négationniste Richard Williamson qui prétend à la TV, je cite: «Je crois qu’il n’y a pas eu de chambres à gaz (…) Je pense que 200.000 à 300.000 Juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz». Mgr Williamson appartient à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, organisation catholique intégriste.
sinon juste pour information, le pape a été élu donc il représente bien tout les catholiques même s'il n'est pas sud américain ou africain comme la majorité d'entre eux et parler de son passé dans les jeunesses hitlériennes à une époque où c'était obligatoire et où la majorité de nos parents ou grand parents étaient tranquillement planqué chez eux, ca parait bien faible comme argument d'antisémitisme
Y a t'il eu un seul message de réjouissance? non seulement des donneurs de leçon.
Les Catholiques n'ont rien d'antisémites et alors que les français moyens collaboraient gentiment, beaucoup de prêtres ont planqué des juifs et sont morts pour ça.
Que dit l'église depuis des décennies? aimez vous les uns autres, bordel! mais à vous lire on voit que c'est pas gagné...
En choisissant ce type comme Pape, le Vatican ne fait rien pour redorer son blason. La papamobile trimbalait déjà pas mal de casseroles, pourquoi faut il qu'elle nous impose ce succédané de Torquemada alors que Dieu, en admettant qu'il existe, est soit disant tout amour et harmonie. On croirait que l'église fait tout ce qui est possible pour accélérer son déclin. La religion la moins en phase avec le monde !
Baptisé, communié et confirmé, je suis né dans le catholicisme. Je parle donc de ce que je connais. En partie élevé dans une famille très croyante qui a caché et adopté un jeune Juif qui avait échappé aux Nazis grâce à eux, je sais bien que les Catholiques on beaucoup aidé les juifs pendant la guerre. On ne le dit pas assez.
Mais, là, on parle du Pape. Heureusement on ne peut pas réduire les Catholiques à leur clergé. Je suis d'ailleurs embarrassé pour eux. Ils méritent bien mieux que ces vieux types d'un autre âge.
C’est le cri d’Abel s’élevant de la terre vers le Tout-Puissant.
10. Il dit: « Qu’as-tu fait ? La voix des sangs de ton frère clame vers moi de la glèbe. 11. Maintenant tu es honni plus que la glèbe dont la bouche a béé pour prendre les sangs de ton frère de ta main.
Abel n’a pas crié : il était mort. Ce sont « les sangs d'Abel», le sien et ceux de ses enfants qu’il n’aura jamais, qui ont clamé vers IHVH-Adonaï.
Professant fermement notre foi en Dieu, nous apportons notre voix à ce cri en utilisant les mots du Livre des Lamentations, qui sont pleins de sens pour les Juifs comme pour les Chrétiens Lm 3, 22-26
Irmeyahou Je guérirai vos reniements 21. Une voix dans les dénudations retentit, les pleurs, les supplications des Benéi Israël. Oui, ils ont tordu leur route, ils ont oublié IHVH-Adonaï, leur Elohîms. 22. Retournez, fils renégats, je guérirai vos reniements. « Nous voici, nous rappliquons vers toi, oui, toi, IHVH-Adonaï, notre Elohîms. 23. Ainsi, mensonge, les collines, la foule sur les monts. Ainsi, il est en IHVH-Adonaï, notre Elohîms, le salut d’Israël ! 24. Le blêmissement a dévoré le labeur de nos pères depuis notre jeunesse, leurs ovins et leurs bovins, leurs fils et leurs filles. 25. Nous coucherons dans notre blêmissement; il nous couvre, notre opprobre ! Oui, contre IHVH-Adonaï notre Elohîms, nous avons fauté, nous et nos pères, depuis notre jeunesse, et jusqu’à ce jour nous n’avons pas entendu la voix de IHVH-Adonaï, notre Elohîms. »
Il est sympathique le Pape, il cite un passage ou Jérémie demande au peuple d’Israël qui a renié l'Eternel de faire retour a IHVH-Adonaï. Le Pape ne parle pas de la faute des Chrétiens, mais de celle des Juifs. Notre panzer papa a une manière très personnelle de présenter ses excuses. Les Juifs de Jérusalem ne sont pas surement pas « murs » pour ces lamentations la.