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Automobiles de collection: la R5 et la BX deviennent tendance

Hugues Serraf, mis à jour le 23.04.2011 à 17 h 04

Un type qui roule en Renault 12 vert pomme, c’est plus sûrement un collectionneur ultra-branché qu’un malheureux qui n’a pas les moyens de changer d’auto.

Renault 5 / Joost J. Bakker IJmuiden via Flickr License CC by

Renault 5 / Joost J. Bakker IJmuiden via Flickr License CC by

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Le collectionneur de voitures «standard», c’est un pharmacien de province qui, fortune faite (il vient de céder son fonds de commerce, qui sera transformé en agence de la Société Générale), s’achète une veste en tweed et une Jaguar Type E modèle 1968 à 50.000 euros.

Enfin, ça c’était avant. Avant que les valeurs éternelles de la France chrétienne ne se retrouvent cul par dessus tête, qu’internet ne vienne bouleverser la hiérarchie de l’information et que les vélos puissent emprunter les sens interdits en toute légalité

Désormais, un collectionneur de voiture, c’est un type qui roule dans une R5 TL de 1979 à 1.500 euros, orange de préférence, parce que c’est la couleur de Casimir, son personnage de fiction préféré. Enfin, je caricature un poil, mais pas plus qu’avec le pharmacien, finalement et, là, personne n’a protesté… En tout cas, la caricature, si elle est faite sur le ton de la plaisanterie, ne semble pas déranger François-Xavier Basse, rédacteur en chef de Youngtimers, le magazine qui s’adresse aux fans de monstres gentils et d’autos anciennes mais pas trop.

«Il y a bien un côté un peu régressif dans cet engouement pour les voitures des années 70 à 90, qui sont celles dans lesquelles les trentenaires ont roulé enfant, admet cet ex-journaliste d’Autoplus, passé des essais de voitures neuves au panégyrique des vieux tromblons. Mais c’est une tendance forte et, surtout, c’est une passion accessible à tous».

Effectivement, rouler dans une voiture vintage qui coûte le prix d’un scooter et peut être réparée par le garagiste du coin, c’est tentant. Et si l’on ne sait pas vraiment combien de collectionneurs, parmi les 600.000 recensés par la Fédération Française de Véhicules d’Epoque, préfèrent investir dans une Golf première génération plutôt que dans une Aston Martin DB 2, le phénomène est suffisamment puissant pour que ce bimestriel confidentiel, lancé en mai 2010, soit devenu un mensuel vendu à plus de 25.000 exemplaires. Dans un contexte où la presse automobile broierait plutôt du noir, c’est suffisamment atypique pour qu’on le signale.

Mais qui sont donc vraiment ces amateurs de Renault Fuego, de Citroën BX, de Ford Granada et autres Honda Prelude 2G ? «Au-delà du phénomène générationnel, il n’y a pas de règle même si nous pensons qu’ils sont plus souvent provinciaux que parisiens, estime Basse. D’abord parce qu’il faut de la place pour entreposer ces voitures, le collectionneur étant par définition un accumulateur. Mais autrement, c’est un peu tout le monde, dans la mesure où le prix n’est pas une barrière».

De fait, le prix est si peu une barrière que même l’entretien courant est moins coûteux que celui d’une voiture récente bourrée d’électronique: «Il s’agit généralement de voitures banales et les pièces de deuxième main sont disponibles partout. La R5, par exemple, a été fabriquée à 5 millions d’exemplaires et vous ne chercherez pas longtemps une aile ou un rétro en excellent état». Les primes à la casse successives, pour autant, font beaucoup de tort au marché : non seulement parce qu’elles éliminent un tas de petits bijoux de la circulation, mais aussi parce que les démolisseurs sont tellement débordés qu’ils ne prennent plus le temps de prélever les organes en bon état lorsqu’ils font une compression à la César.

«Il y a d’autres aspects à ce phénomène, poursuit le journaliste. La voiture des années 70 à 90 est vécue différemment par ces collectionneurs, qui ne cherchent pas la performance ou la singularité technique mais juste le plaisir de rouler à l’ancienne, même si la demande s’oriente aussi sur des voitures sportives comme la BMW 528i, dans laquelle Mesrine a été abattu…»

Rouler «à l’ancienne», c’est bien sûr faire quelques concessions à la modernité, se passer de direction assistée ou de clim, mais ça ne semble pas rebuter l’acheteur d’une Ami 8  à 850 euros. Quoi, une Ami 8, cette horreur? Il y a des gens pour aimer ça? Apparemment oui, l’horreur étant quelque chose de relatif. Du coup, ce qui était considéré comme moche, voire grotesque, au moment de sa sortie ― de la Renault 14 à la Citroën Axel ― devient kitsch et désirable quelques décennies plus tard.

De quoi donner des espoirs à la Renault Vel Satis, l’espèce de chaise à porteurs dont la production s’est arrêtée après 62 000 exemplaires à peine, ou au Multipla de Fiat, avec son étrange museau de dauphin. «En tout cas, pour le moment, le marché favorise plutôt les françaises, constate encore Basse. C’est que dans les années 70, les constructeurs tricolores contrôlaient totalement le marché et leurs modèles profitent à fond de l’effet nostalgie».

Un effet nostalgie dont tout le monde n’est pas encore prévenu, sachez-le. Et lorsque vous vous garez en double-file le samedi soir, les chances de passer pour un ringard en Peugeot 205 restent fortes même si vous êtes ce qui se fait de mieux en termes de mobilité branchée…

Hugues Serraf

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